Bhaktapur, Durbar Square et ses temples
Vendredi 10 novembre. Nous voici enfin parvenus à Durbar Square, la place la plus étendue de l’ancienne Bhaktapur. Bonne nouvelle, malgré l’écroulement de quelques temples, elle semble en bien meilleur état que Katmandou et Patan. Au premier coup d’œil, on comprend pourquoi Bhaktapur fut longtemps la rivale des deux premières cités de la vallée avec ses temples, ses merveilleuses demeures et ses nombreux quartiers d’artisans.
Immédiatement sur la gauche, impossible de passer à côté des deux immenses stèles du XVIIIe siècle encadrant l’entrée d’une école. Ces statues représentent Durga et Bhairava avec des colliers de têtes de mort autour du cou… Pas glop ! Durga a 18 bras… et Bhairava n’en a que 12. Ces statues encadraient autrefois l’entrée du Basantapur Durbar, un palais magnifique aujourd’hui détruit. Pour la petite histoire, elles plurent tellement au monarque de l’époque qu’il fit couper les mains des deux artistes qui les réalisèrent pour éviter qu’ils n’en sculptent d’autres aussi belles… Pas glop du tout !
Dans le prolongement s’étendent sur toute la longueur le Royal Palace et ses incroyables décorations sculptées sur bois. Toute la mythologie hindoue y est représentée. Un vrai régal pour les yeux. Témoins de l’ancienne domination de Bhaktapur sur ses deux rivales jusqu’au XVIIIe siècle et la conquête ghorka en 1769. Depuis ce temps, Bhaktapur a toujours conservé son indépendance, une autarcie économique et culturelle, jusque dans la langue puisqu’ici on parle « newari » et très peu népalais.
Ici, plus que partout au Népal, tout est régi par les dieux. Il est vrai aussi que dès sa conception, au IXe siècle, Bhaktapur sut s’entourer d’un triangle magique formé par les trois temples de Ganesh élevés à l’extérieur de la ville qui sont censés la protéger.
À gauche, toujours dans le prolongement du palais royal, voici l’entrée du musée des peintures et des Thangpa. Mais j’y reviendrai plus tard.
Face au palais royal, les stigmates du tremblement de terre de 2015 sont encore vraiment visibles. Certains temples se sont littéralement écroulés et les pierres qui les constituaient rassemblées à leur pied pour les reconstruire à l’identique.
Toujours le long du palais royal, juste après le musée, il faut passer la porte d’or, chef-d’œuvre de l’orfèvrerie népalaise représentant une déesse à quatre têtes, pour accéder à la cour du temple de Taleju. Mais seulement à la cour, car il est formellement interdit de pénétrer à l’intérieur si nous ne sommes pas hindous… Ce qui est notre cas. Deux magnifiques statues gardent l’une des entrées du temple. Photos prises à l’arrache… Il est interdit de photographier à l’intérieur.
Du coup, on se rabat vers le bassin royal entouré de cobras sacrés. Le canal qui l’alimentait, long de 10 km, desservait au passage 63 fontaines.
Au milieu du grand bassin et à son extrémité se dressent deux magnifiques cobras à tête de bronze.
À travers les portes entrouvertes du temple de Taleju, on peut distinguer la cour réservée à la Kumari, la déesse de Bhaktapur.
Dans le prolongement du palais royal et du temple de Taleju se dresse le fameux palais aux 55 fenêtres. Toutes finement sculptées et encastrées dans la brique. Au deuxième étage, une dentelle de bois forme une galerie de 55 fenêtres juxtaposées. Pas de verre ici… La vitre n’est apparue au Népal qu’au XXe siècle. Les treillis de bois qui ornent les fenêtres sont encore en usage dans de nombreuses maisons.
Devant le palais aux 55 fenêtres se dresse Chyasilym Mandap, un ancien temple construit au XVIIIe siècle et détruit par le tremblement de terre de 1934. Reconstruit grâce à l’intervention de l’ancien chancelier allemand Helmut Khol d’après une photo prise en 1866 par un photographe français, Gustave Le Bon, il a été plus ou moins épargné par le nouveau séisme d’avril 2015.
Deux garudas en gardent toujours l’entrée. Ironie du sort, si le séisme de 2015 l’a relativement épargné, sa reconstruction dans les années 90 n’y est sans doute pas étrangère… Du fer avait ainsi été utilisé pour sa consolidation, et ce, en opposition aux rites d’usage qui veulent que celui-ci soit interdit dans un temple.
Toujours est-il que le Chyasilym Mandap a été épargné par le séisme de 2015. On peut toujours s’y adosser à ses piliers (d’origine car retrouvés dans la maison du chef de la ville au moment du tremblement de terre de 1934 qui les avait dérobés…). Depuis la terrasse du temple, on a une vue d’ensemble sur tous les monuments de Durbar Square.
Au fond à gauche, dans la cour située dans le prolongement du palais royal s’élève le temple de Fasidega, facilement reconnaissable à la rangée d’animaux qui encadrent ses escaliers.