Pourquoi visiter l’ancienne agora de Smyrne à Izmir ?
Un témoignage archéologique majeur de l’époque romaine
L’ancienne agora de Smyrne est l’un des rares exemples bien préservés d’une place publique romaine en Anatolie, datant principalement du IIe siècle après J.-C., reconstruite après un séisme sous le règne de Marc Aurèle. Ses ruines imposantes, dont la basilique et les colonnades, illustrent l’importance de Smyrne en tant que centre commercial, politique et social majeur de l’Asie Mineure romaine. Ce site offre une fenêtre tangible sur l’urbanisme et l’architecture civique de l’Empire.
Un lien direct avec l’histoire multicouche d’Izmir
Située au cœur de la ville moderne, l’agora symbolise la continuité historique d’Izmir, depuis la Smyrne antique jusqu’à la métropole actuelle. Elle témoigne des diverses couches culturelles – grecque, romaine, byzantine et ottomane – qui ont façonné la région. Les découvertes faites sur place, comme des inscriptions et des sculptures, aident à retracer les évolutions sociales et religieuses à travers les siècles.
Un cadre de visite accessible et évocateur
Contrairement à de nombreux sites archéologiques turcs isolés, l’agora de Smyrne est intégrée au tissu urbain, offrant un contraste saisissant entre les colonnes antiques et les immeubles environnants. Sa visite, qui nécessite une à deux heures, est à la fois une pause culturelle et un voyage dans le temps. Les visiteurs peuvent y voir des éléments remarquables comme les tunnels souterrains et les restes de la stoa, évoquant l’animation passée de ce lieu.
Une clé de compréhension de la région égéenne
La visite de l’agora complète parfaitement la découverte d’autres sites antiques majeurs de la région, tels qu’Éphèse ou Pergame, en illustrant la vie urbaine quotidienne plutôt que les grands sanctuaires ou théâtres. Elle met en lumière le rôle de carrefour de Smyrne dans les réseaux commerciaux antiques. Pour tout visiteur intéressé par l’histoire ancienne, c’est une étape essentielle pour saisir la richesse et la complexité du patrimoine anatolien.
Comment visiter l’ancienne agora de Smyrne à Izmir ?
Localisation et accès au site
L’ancienne agora de Smyrne est située dans le district de Konak, au cœur d’Izmir, à l’adresse Tarık Sari Bey Mahallesi. Elle est entourée par le bazar historique (Kemeraltı) et le quartier moderne. L’accès est aisé grâce aux transports en commun : la station de métro la plus proche est « Çankaya » (ligne M1), et de nombreuses lignes de bus et de dolmuş (minibus collectifs) desservent la zone. Les visiteurs peuvent également marcher depuis la place Konak et sa célèbre tour horloge en quelques minutes.
Horaires d’ouverture et tarifs d’entrée
Le site archéologique est généralement ouvert tous les jours, avec des horaires variant selon la saison. En haute saison (avril à octobre), il est souvent accessible de 8h30 à 19h30, tandis qu’en basse saison (novembre à mars), la fermeture peut intervenir vers 17h30. Il est prudent de vérifier les horaires exacts avant la visite. Le prix d’entrée est modique, avoisinant les 50 livres turques (environ 1,5 €), avec des tarifs réduits pour les étudiants et les groupes. L’achat de billets se fait sur place.
Organisation de la visite
Une visite complète nécessite environ une à deux heures. Le parcours, partiellement ombragé, serpente entre les vestiges de la basilique romaine, les colonnades reconstituées et les tunnels souterrains. Des panneaux explicatifs en turc et en anglais jalonnent le site. Il est recommandé de porter des chaussures confortables pour arpenter les sols irréguliers et de prévoir de l’eau, surtout en été. Un petit musée en plein air présente des sculptures et inscriptions découvertes lors des fouilles.
Conseils pratiques :
Pour contextualiser les ruines, la lecture préalable d’un guide sur l’histoire de Smyrne ou le recours à un audioguide est utile. La visite peut facilement être combinée avec la découverte du bazar de Kemeraltı, du musée archéologique d’Izmir et de l’ascenseur historique (Asansör) situé à proximité. Évitez les heures les plus chaudes de la journée pour profiter pleinement du site.
Agora de Smyrne, au centre de la cité antique
Jeudi 17 mai. À l’extrémité de la longue enfilade de colonnes, un petit escalier permet de descendre dans les entrailles de l’ancienne ville romaine. Toute une série de voûtes se succèdent dans un axe nord-sud, comme dans l’axe est-ouest.
Sans que j’y prête vraiment attention, je viens en fait de pénétrer dans les entrailles de ce qui était autrefois l’immense basilique qui fermait la place de l’Agora. Pour bien m’en assurer, il me suffit de jeter un regard sur la plaque de marbre qui surmonte la petite fontaine qui alimente encore le chemin voûté : Smyrna. Je suis bel et bien dans la ville qui a vu la naissance d’Homère.
Au-dessus de ma tête, il me suffit de relever les yeux pour apercevoir la colonnade qui a été restaurée dans le courant des années 60 quand le site fut dégagé et fouillé par les archéologues.
Retour dans les entrailles de la basilique. Pour y accéder autrefois, il fallait emprunter un escalier monumental depuis l’Agora.
Aujourd’hui, une partie des voûtes a pour toit le ciel bleu de Turquie. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Il s’agissait autrefois d’un des plus importants centres de la vie civique de la cité antique. Pas de religion dans une basilique romaine, mais un lieu servait à la fois de cour de justice, de bourse du commerce et de réunion.
Le bâtiment était divisé dans sa longueur par trois rangs de colonnes et se terminait par une cour où on rendait la justice.
Aujourd’hui, on peut encore voir très distinctement les canaux qui irriguaient le bâtiment public en eau, canal qui fonctionne encore ! Mais il faut aussi imaginer le sol de la basilique, son dallage de marbre qui subsiste encore ici et là.
La basilique de Smyrne était un bâtiment de 160 m de long pour 35 m de large, à trois nefs, et ouvrant sur la place de l’Agora. Le soubassement du bâtiment était composé de quatre nefs, et donnait, au nord, sur une rue qui longeait le bâtiment.
La nef nord abritait 28 boutiques recouvertes par une voûte en berceau, toutes accessibles depuis la rue. Quatre de ces 28 boutiques donnaient accès à une nef contiguë, au sud, elle aussi couverte par une voûte en berceau. De cette nef sud, on pouvait accéder par quatre portes à une longue salle à deux nefs de largeur égale.
Les travaux les plus récents ont mis au jour des centaines de graffiti couvrant la moitié de l’étage semi-enterré de la basilique. Cet ensemble de graffiti, l’un des plus importants dans l’antiquité après Pompéi, est en cours de restauration. Mais là, impossible de pénétrer dans ces lieux qui font toujours l’objet de fouilles.
Après la visite des entrailles de la basilique, me voici de nouveau à l’air libre et au milieu des ruines de l’Agora. Dégagée en grande partie entre 1932 et 1942, cette place a été débarrassée de ses dernières constructions au début des années 1990. Cette vaste esplanade rectangulaire, alors le centre de la cité antique, au temps des Grecs comme au temps des Romains, était alors bordée de chaque côté d’un portique monumental.
L’Agora était alors le centre politique de la cité, centre de la vie publique et commerciale. Sous les portiques étaient aménagés de vastes espaces souterrains qui abritaient boutiques et entrepôts. Ce sont les espaces voûtés que j’ai présentés dans la page précédente.
Aujourd’hui, peut-être en attente d’une hypothétique reconstitution, des rangées de colonnes de marbre appartenant aux divers monuments de la place attendent au milieu de l’Agora d’être relevées.
Smyrne est à sa première apogée durant la période ionienne. Ravagée par les Perses, c’est Alexandre le Grand qui lui redonne ses lettres de noblesse en ordonnant sa restauration, travaux poursuivis par Antigone le Borgne puis Lysimaque.
Smyrne occupe aussi une place importante dans l’histoire chrétienne car elle fait partie des sept églises d’Asie, institue Polycarpe, le premier évêque de la ville et vit naître une des sept églises originelles de la chrétienté.
Devenue byzantine puis ottomane, Smyrne fut la cité la plus riche de l’Empire ottoman. Les communautés levantines, juives, grecques et arméniennes y côtoient alors les Turcs. De ce riche passé ottoman, l’agora de Smyrne en conserve ces tombes musulmanes que l’on peut voir à droite de l’entrée du site.
Face à elles, des rangées de morceaux de chapiteaux sont impeccablement rangées sur la pelouse centrale. Une ou deux colonnes ont été relevées afin de pouvoir y lire quelques inscriptions grecques et romaines.
Les archéologues ont trouvé tellement de vestiges lors des différentes campagnes de fouilles qu’ils n’ont eu d’autres solutions que de ranger ces ruines par colonnes et morceaux de chapiteaux.
À voir tous ces vestiges impeccablement alignés et rangés, on pourrait penser que les rassembler ne serait qu’un simple jeu d’enfant. Mais quelque chose me dit qu’il n’en est rien, et qu’il faudra sans doute des centaines d’années avant que de refaire naître ici les contours de la grande Agora de Smyrne.
Ici et là, sur des colonnes et des chapiteaux, des inscriptions romaines et byzantines rappellent un pan de l’histoire de la cité, d’une famille le plus souvent…
Après la domination perse, puis grecque, on raconte que Smyrne était alors la plus belle des cités ioniennes. Son agora est aujourd’hui l’unique témoignage de la reconstruction entreprise par Marc-Aurèle après le terrible séisme de 178. Sa loyauté à Rome valut à la ville de Smyrne d’être surnommée « la fidèle ».
C’est ici, dans ce joyau de l’empire romain que fut fondée l’une des plus vieilles communautés chrétiennes, sans doute par Paul lui-même. Une communauté qui connut son premier martyr, en 155, en la personne de Polycarpe, son premier évêque, et depuis lors saint patron de la ville.
Profitant du déclin d’Éphèse dont le port était ensablé, Smyrne dès lors prit le dessus sur sa rivale et prospéra… Et forcément attira les convoitises des premiers Arabes, qui, dès le VIIe siècle, vinrent en faire le siège… Sans succès. Et ce n’est qu’en 1076 que la ville tomba entre les mains des musulmans, des Turcs en l’occurrence.
Une occupation très brève puisque 20 ans plus tard, la ville revint dans le giron de l’empire byzantin, appuyé par les armées des premiers Croisés. Jusqu’à sa conquête définitive par le sultan de Constantinople, elle fut tour à tour sous la domination des Byzantins, des Francs, des Gênois, des Ottomans, des chevaliers de Rhodes et de Tamerlan.
De ces multiples occupations, la ville conserva son cosmopolitisme. Au XVIIe siècle, et jusqu’à la fin de l’empire Ottoman, Smyrne était alors la ville la plus marchande de tout le Levant. De nombreux étrangers et non musulmans y vivaient faisant de cette ville la cité la plus occidentalisée de tout l’empire Ottoman.