Pourquoi visiter le quartier du temple Indrayani à Bhaktapur ?
Un sanctuaire protecteur aux portes de la cité
Le temple Indrayani, également connu sous le nom d’Indrayani Pith, occupe une position stratégique à l’un des anciens accès de Bhaktapur, marquant la limite nord-ouest de la ville sacrée. Il fait partie intégrante d’un cercle de huit sanctuaires dédiés aux Astamatrika, les huit déesses-mères qui, selon la tradition, protègent la cité des forces maléfiques. Cette fonction de gardienne tutélaire confère au lieu une dimension spirituelle particulière, car il représente un point de contact entre l’espace urbain civilisé et le monde extérieur, participant ainsi à l’intégrité rituelle de Bhaktapur.
Une atmosphère unique sous un arbre vénérable
Ce qui distingue immédiatement le temple Indrayani est son caractère de sanctuaire à ciel ouvert, construit autour d’un vénérable pipal aux branches noueuses. Contrairement à de nombreux temples de la vallée, l’espace surélevé ne contient aucune icône ni représentation divine, mais est simplement gardé par une paire de lions de pierre qui veillent sur le lieu. Cette sobriété architecturale, loin d’appauvrir l’expérience, crée une atmosphère particulièrement propice au recueillement et à la méditation, où le divin semble émaner directement de la nature elle-même.
Un lieu de traditions rituelles profondes
La déesse Indrayani, connue sous le nom Newari de Lunti Ajima, est vénérée comme une divinité d’une grande puissance cosmique et tantrique. Sa popularité auprès des communautés de basse caste, liée à une légende où elle aurait nourri ses enfants affamés de viande de porc, témoigne de la persistance de traditions pré-hindoues intégrées dans le tissu religieux local. Le sanctuaire s’anime particulièrement le samedi, jour de sacrifices animaux, et pendant les grandes fêtes comme Navaratri et Dashain, où les fidèles affluent pour honorer cette manifestation de la Déesse Mère.
Un havre de paix pour l’observation des oiseaux
Au-delà de sa dimension sacrée, le temple Indrayani offre un spectacle naturel remarquable pour les amateurs d’ornithologie. Le vieil arbre qui abrite le sanctuaire accueille pendant la saison de reproduction des colonies d’aigrettes garzettes qui construisent leurs nids dans ses branches. Ce contraste saisissant entre la ferveur religieuse et la vie sauvage qui s’épanouit au cœur même du lieu saint crée une expérience de visite unique, où l’on peut observer le cycle immuable de la nature se dérouler en parfaite harmonie avec les pratiques dévotionnelles séculaires.
Comment visiter le quartier du temple Indrayani à Bhaktapur ?
Localisation et accès au sanctuaire
Le temple Indrayani est situé à l’une des entrées nord-ouest de la vieille ville de Bhaktapur, à proximité immédiate de la place Durbar. En empruntant les ruelles pavées qui partent du centre historique, il suffit de suivre la pente montante pour apercevoir le sanctuaire sur la droite, facilement reconnaissable à son imposant arbre pipal. Pour vous y rendre depuis Katmandou, les mêmes options que pour Bhaktapur s’offrent à vous : bus réguliers depuis Ratna Park (environ 45 minutes) ou taxi (30 à 45 minutes, 800-1000 NPR).
Horaires d’ouverture et tarifs d’entrée
Le temple Indrayani présente la particularité d’être accessible 24 heures sur 24, tous les jours de la semaine. Il n’y a pas de fermeture, ce qui permet de le visiter à toute heure selon vos préférences. Aucune information spécifique concernant un droit d’entrée n’est disponible, ce qui suggère que l’accès est soit libre et gratuit, soit inclus dans le billet général d’entrée à Bhaktapur (1500 NPR pour les visiteurs étrangers). Il est conseillé de se munir de son billet de la place Durbar lors de la visite.
Quand visiter et que voir sur place
Les périodes les plus propices pour apprécier pleinement l’atmosphère du temple sont les festivals de Navarat et Dashain, lorsque de nombreux fidèles s’y rassemblent pour des cérémonies religieuses. Le sanctuaire en plein air, construit autour du vénérable pipal et gardé par des lions de pierre, ne contient aucune icône mais dégage une puissante aura spirituelle. Pendant la saison de reproduction, ne manquez pas d’observer les colonies d’aigrettes garzettes qui construisent leurs nids dans les branches de l’arbre, offrant un spectacle naturel remarquable.
Recommandations pratiques pour la visite
Prévoyez de l’argent liquide en petites coupures pour d’éventuelles offrandes si vous souhaitez participer aux rituels locaux. Le temple étant un lieu de culte actif, il est recommandé d’adopter une tenue vestimentaire respectueuse et de se déchausser avant d’accéder aux espaces sacrés. La visite peut être combinée avec celle de la place Durbar de Bhaktapur, accessible à pied en quelques minutes. Pour une expérience plus paisible, les premières heures du matin sont idéales avant l’affluence des pèlerins et des touristes.
Bhaktapur, les rues et le temple Indrayani
Vendredi 10 novembre. Avec la belle lumière de cette fin d’après-midi, impossible de résister à l’envie de revenir en arrière. Cette ville de Bhaktapur est réellement de toute beauté.
L’architecture et l’organisation de la ville révèlent tout l’art newar de la planification. Revenir sur mes pas pour retourner dans le quartier des potiers, c’est une fois encore admirer ce sens inouï de l’organisation newari : un quartier qui s’articule autour d’une place centrale avec un puits ou une source et des autels religieux attitrés à chaque corporation.
En un sens, ce quartier des potiers résume à lui seul l’architecture de la ville… Ici, tout est régi par les dieux.
À deux pas de là, je ne peux résister non plus à retourner admirer l’exceptionnelle place Taumadhi. Des piles de briques et de pierres rappellent encore le terrible séisme de 2015. Mais une armée de petites mains s’emploie chaque jour à en effacer les stigmates.
Une fois sur la place centrale, je ne peux que rester ébahi devant tant de beauté. Les deux temples de Nyatapola et de Bhairava se répondent dans le bel éclat de lumière du soleil couchant.
À cette heure-ci, la foule est moins dense pour grimper les marches du temple de Nyatapola. Les faces des lutteurs malla sont baignées d’une belle lumière blonde.
Du coup, je profite de cet instant pour demander à Pierre une petite photo-souvenir. Quel bonheur d’être ici.
Pour mes derniers pas dans les rues de Bhaktapur, j’ai envie de rendre hommage à toutes ces femmes si courageuses. Je les trouve tellement formidables, si souriantes et si accueillantes.
Et si travailleuses aussi. Comme toutes ces femmes au nord de la place Taumadhi qui profitent du soleil pour faire sécher la moisson de millet et la passer au tamis.
Plus loin dans la ville, ce sont les femmes qui portent les briques sur les différents chantiers de reconstruction de la ville. Combien pèsent ces hottes qu’elles supportent à la seule force de leur front et de leur dos ? Ici, cela ne semble choquer personne. Qui imaginerait une femme faire un tel travail en Europe ?
Le temps de remonter les flancs du temple de Dattatraya et d’admirer au passage drapeaux de prières, mantras et mandalas, et je retourne vers Durbar Square.
En chemin, des femmes me souhaitent la bienvenue et me sourient quand je veux les photographier. « Namaste ! Namaste ! » C’est un vrai bonheur d’être ici.
À deux pas du quartier des potiers, au détour d’une rue, je rencontre encore une femme occupée à tamiser la récolte de millet.
Je profite de la belle lumière du soir pour faire de beaux clichés. J’ai une chance inouïe.
Enfin, nous quittons le centre-ville de Bhaktapur. À la sortie de Durbar Square, à droite, se dresse le temple Indrayani flanqué de lutteurs mallas et d’éléphants.
Du temple vénéré par les adeptes de Ganesh, il ne reste que la terrasse et la rangée d’animaux qui encadrent l’escalier principal. La pagode a été soufflée par le tremblement de terre.
Il est tard. Il est grand temps de retourner prendre le bus du retour pour Katmandou. L’arrêt se trouve derrière le grand bassin de Siddha Pokhari, déjà mentionné au VIIe siècle par un voyageur chinois… C’est ici que l’on se poste pour attendre le bus, mais ces derniers sont véritablement bondés. Impossible de pénétrer à l’intérieur. Ok, on se rabat sur un taxi qui au bout d’une longue négociation finit par accepter de nous ramener à Thamal pour 600 roupies.
Enfin, après une grosse demi-heure de route, nous voici enfin revenus à notre point de départ. Ratna Park apparaît depuis le sommet du pont qui l’enjambe. Il est grand temps de regagner notre hôtel. Demain matin, nous devons prendre un avion à sept heures pour Lukla où commence notre trek pour l’Everest. L’aventure continue.