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Ephèse, de l’ancienne cité grecque à la cité romaine

Pourquoi visiter l’ancienne cité d’Ephèse ?

Un témoignage exceptionnel de la vie urbaine antique

Éphèse est l’une des cités gréco-romaines les mieux préservées au monde, offrant un panorama complet de l’architecture et de l’organisation urbaine d’une métropole antique. Ses rues, ses monuments publics et ses maisons privées illustrent avec une rare intensité le quotidien, la grandeur et la complexité sociale d’une ville qui fut l’un des principaux ports de la Méditerranée orientale pendant des siècles.

Des monuments et des chefs-d’œuvre architecturaux

Le site abrite des édifices mondialement célèbres, dont la bibliothèque de Celsus, façade emblématique soigneusement reconstruite, et le théâtre colossal pouvant accueillir 25 000 spectateurs. Les vestiges du temple d’Artémis (l’une des Sept Merveilles du monde), bien que moins imposants aujourd’hui, rappellent le statut religieux majeur de la cité. Les maisons en terrasse (Yamaç Evleri), avec leurs mosaïques et fresques luxueuses, témoignent du raffinement des élites.

Un centre historique du christianisme primitif

Éphèse occupe une place cruciale dans l’histoire chrétienne. Selon la tradition, la Vierge Marie y aurait passé ses dernières années, et l’apôtre Jean y aurait écrit son Évangile. La basilique Saint-Jean à proximité et l’église de la Vierge Marie (premier église dédiée à Marie) en font un lieu de pèlerinage important. Les visiteurs marchent sur les traces des premiers chrétiens et de conciles œcuméniques qui s’y tinrent.

Une immersion dans la stratification des civilisations

Le site révèle les couches successives des civilisations qui l’ont habité : fondation légendaire par des Amazones, cité grecque ionienne, prospérité sous les Romains, et transformation à l’époque byzantine. Cette stratification, visible dans l’évolution des bâtiments et des cultes, offre une leçon d’histoire tangible sur les dynamiques culturelles et politiques de l’Anatolie antique, faisant d’Éphèse bien plus qu’une simple collection de ruines.

Comment visiter l’ancienne cité d’Ephèse ?

Localisation et accès au site archéologique

Éphèse est située près de la ville actuelle de Selçuk, dans la province d’Izmir, en Turquie. Le site principal est à environ 3 km du centre de Selçuk. Les visiteurs peuvent y accéder en voiture (parkings payants aux entrées), en taxi depuis Selçuk, ou en dolmuş (minibus) depuis la gare routière de Selçuk. Depuis les villes balnéaires comme Kuşadası (à 20 km), de nombreux taxis et excursions organisées font le trajet. L’entrée principale se fait par la porte de Magnésie, et une sortie secondaire est située près de la maison de la Vierge Marie.

Horaires d’ouverture et tarifs d’entrée

Le site est ouvert tous les jours, avec des horaires variant selon la saison. En général, il ouvre à 8h00 et ferme entre 17h00 et 19h30 (plus tard en été). Les maisons en terrasse (Yamaç Evleri) ont des horaires séparés et un billet d’entrée supplémentaire. Le billet d’entrée principal coûte environ 700 livres turques (2024), et un billet combiné incluant les maisons en terrasse, la basilique Saint-Jean et le musée d’Éphèse à Selçuk est disponible. Les tarifs sont sujets à changement, il est prudent de vérifier sur le site officiel.

Organisation de la visite et points incontournables

Une visite complète nécessite au moins 3 à 4 heures. Le parcours classique suit la rue de Marbre depuis la porte de Magnésie, passant par l’Odéon, la bibliothèque de Celsus, le grand théâtre, et les latrines publiques. La visite des maisons en terrasse est vivement recommandée pour leurs fresques et mosaïques. Il est conseillé de commencer tôt le matin pour éviter la chaleur et la foule, et de prévoir de l’eau, un chapeau et des chaussures de marche robustes.

Conseils pratiques :

Pour éviter les longues files, surtout en haute saison (avril-octobre), achetez votre billet en ligne à l’avance si possible. Un guide officiel ou un audioguide (disponible à l’entrée) est très utile pour comprendre l’histoire des monuments. La photographie est autorisée, sauf dans le musée des maisons en terrasse où elle est parfois interdite. 

 

Ephèse, de l'ancienne cité grecque à la cité romaine

Vendredi 18 mai. Éphèse. Cité mythique parmi toutes les cités de la Grèce et de la Rome antique. Le véritable but de mon petit périple en Turquie. Enfin, m’y voilà. Aujourd’hui, le site archéologique d’Éphèse, un des plus prestigieux du monde, abrite d’imposantes ruines, mais il faut imaginer là l’une des plus brillantes et des plus prospères cités de l’Antiquité. C’est par la porte de Magnésie qui donne directement sur l’agora (1er siècle av. J.-C.) et les bains Varius (1er siècle apr. J.-C.) que je commence mon exploration. Ou plutôt, mon voyage dans le temps.

Car c’est ici, autour de cette magnifique avenue, la rue des Courètes, qui partait de la place Domitien pour descendre jusqu’à la bibliothèque de Celsus, que la cité a été fondée environ 1.000 ans avant J.-C. par une poignée de colons venus d’Attique. On y a même trouvé une tombe mycénienne datant du XIVe siècle avant J.-C. Dès l’époque archaïque, Éphèse, grâce à son port placé au débouché des routes d’Asie, se révèle un centre économique et commercial de premier ordre.

500 ans avant notre ère, la cité, déjà très riche, passe sous la domination de rois asiatiques : le célèbre Crésus tout d’abord, puis en 547 av. J.-C., les Perses. La ville décline et cède aux mœurs orientales… Et c’est donc avec joie que les Ephésiens apprennent les victoires des Macédoniens (leurs ancêtres grecs) sur les Perses, puis les conquêtes du jeune Alexandre le Grand qui redonne à la ville toute sa grandeur passée.

Ici, au centre de l’Odéon, à deux pas de l’agora grecque, on peut imaginer les réunions fiévreuses du conseil municipal à l’annonce des victoires d’Alexandre sur l’empereur Darius. Du coup, la période macédonienne se solde par un bouleversement total de la cité. Et pour cause, Lysimaque, maître des lieux après la mort d’Alexandre, empereur d’une grande partie de l’Anatolie, décide de déplacer la ville à 2.500 m de là, entre les monts Pion et Coressos pour bénéficier d’un accès plus large à la mer.

Grâce à ses nouvelles installations portuaires, la ville prend très vite un nouvel essor. Éphèse renoue avec la prospérité. On construit ce magnifique Odéon, sorte de petit théâtre à l’origine couvert par un toit en bois, et présentant 23 rangées de gradins, qui pouvait contenir jusqu’à 1.400 personnes.

L’opulence règne. Et s’accroît encore sous la domination romaine. Ces derniers héritent de la ville avec le royaume de Pergame en 133. Très vite, Éphèse devient la capitale de la province sénatoriale d’Asie. La cité compte alors quelque 200.000 habitants, ce qui en fait la troisième plus grande ville du monde occidental après Rome et Alexandrie.

À partir du règne d’Auguste (31 av. J.-C. à 14 apr. J.-C.), la ville devient célèbre dans tout l’empire, Grec tout d’abord, puis Romain, pour la beauté de ses monuments, le faste de ses fêtes, la richesse et le nombre de ses banques, au premier rang desquels se trouvait le temple d’Artémis, une des sept merveilles du monde.

Là, au milieu de la rue des Courètes, il faut donc imaginer le faste des bâtiments qui l’entourait, bordée de portiques et de statues, sans oublier bien sûr la basilique, construite au 1er siècle au nord de l’agora.

Cette basilique comportait une nef et deux ailes, séparées les unes des autres par deux rangées de colonnes. Pas d’église dans cette basilique. Cette construction majestueuse abritait l’administration romaine et le centre des affaires de la cité.

Allée des Courètes. Me voici donc sur la principale artère de la cité antique d’Éphèse. Il faut alors fermer les yeux et imaginer le faste et le luxe des bâtiments qui entouraient autrefois cette avenue dallée de marbre.

On peut ainsi y voir le fameux monument de Memmius qui empruntait à l’origine l’aspect d’un arc de triomphe. Il fut érigé au 1er siècle en l’honneur de Memmius, le petit-fils de Sylla. Sa partie supérieure présente des hauts-reliefs représentant de jeunes Romains en toge.

De l’autre côté de la place qui fait suite à la porte d’Héraclès, se dresse le temple de Domitien.

Dans le prolongement, et avant d’accéder au temple, on découvre de nombreuses ruines qui font l’objet d’une restauration en cours.

Durant l’Antiquité, la domination de Rome signifiait la construction de monuments à la gloire de ses maîtres. C’est ainsi que fut édifié le temple de Domitien, entre 81 et 96 apr. J.-C. Il n’en reste pas grand-chose aujourd’hui, hormis le podium sur lequel il s’élevait (50 m sur 100) témoignant de sa démesure.

Aujourd’hui, deux immenses colonnes ont été relevées par les restaurateurs, et par la taille de celles-ci, on peut imaginer l’extraordinaire bâtiment que ce temple de Domitien devait être à l’époque.

Dans son prolongement, on peut voir la base de la terrasse qui supportait l’agora supérieure.

Enfin le Prytanée était autrefois un édifice abritant les Prytanes, qui n’étaient autres que des magistrats chargés de convoquer l’Assemblée et d’en rédiger l’ordre du jour. Huit colonnes s’élevaient sur sa façade, dont deux aujourd’hui ont été remontées avec leur entablement.
À l’intérieur s’ouvrait une vaste salle au centre de laquelle brûlait perpétuellement sur un autel le feu sacré de la ville : l’hestia. Les magistrats étaient chargés de veiller sur lui, jour et nuit. C’est ici que les ambassades étrangères et les hôtes de marque étaient reçus.

Me revoici en plein milieu de la rue des Courètes. Les Champs Elysées de la cité antique d’Éphèse en quelque sorte. Autour de cette avenue s’articulait toute la vie de la cité. Elle faisait le lien entre la ville haute et la ville basse, bordée de portiques aux sols ornés de mosaïques. La rue tire son nom du collège des neuf prêtres de l’Arthémis éphésienne qui présidaient à l’organisation des festivités en son honneur.

Tout au long de son parcours, la rue était bordée de boutiques ou d’édifices publics. Comme dans nos villes modernes en quelque sorte. Sur des socles se dressaient des statues conservant la mémoire des bienfaiteurs de la ville.
Des rues perpendiculaires desservaient les autres quartiers d’habitation qui s’étendaient sur les pentes des monts Pion et Coressos. La rue des Courètes aboutissait à une porte monumentale dont une partie a été relevée par les restaurateurs. Il s’agissait de la porte d’Héraclès. On y voit le célèbre héros revêtu de la peau du lion de Némée.

Tout le long de la rue, des ruines rappellent la splendeur des édifices qui bordaient alors l’avenue. Des chapiteaux posés sur des socles attirent l’œil par les inscriptions en grec qui sont taillées dans la pierre.

Plus loin, dans le prolongement, voici le nymphée de Trajan, une fontaine monumentale élevée en l’honneur de l’empereur du même nom au début du IIe siècle. Aujourd’hui, on le distingue par son fronton monumental posé sur quatre colonnes, mais il faut surtout imaginer un bassin entouré sur trois côtés d’une colonnade haute de 12 mètres et ornée de statues, dont celle de l’empereur Trajan.

À gauche de la rue des Courètes, s’étendant parallèlement à l’avenue, on peut découvrir une extraordinaire voie qui a conservé son sol en mosaïque.

Ici, le temps semble s’être définitivement arrêté et on peut facilement imaginer les Romains vêtus de leur toge blanche marcher tranquillement le long de cette rue prestigieuse. Étourdissant.

De l’autre côté de la rue, impossible de passer à côté du temple d’Hadrien dont le porche a été relevé. Celui-ci est d’une grande élégance, tout comme l’arche qui relie les deux colonnes centrales. Il fut dédié à l’empereur Hadrien qui ordonna la reconstruction des remparts du port, endommagés par un séisme, et qui séjourna à Éphèse en 123.

L’édifice fit l’objet d’une restauration au IV siècle sous le règne de Théodose. Sur la frise intérieure du vestibule, on peut ainsi voir des reliefs représentant l’empereur en la compagnie d’Athéna et d’Arthémis.

Dans le prolongement encore, les thermes de Scholastikia. Ces établissements datent du 1er siècle et furent eux aussi restaurés au IVe siècle grâce à une riche Ephésienne, Scholastikia.

Je poursuis ma descente de la rue des Courètes. À droite, avant d’atteindre la grande bibliothèque d’Éphèse s’étendent d’immenses ruines, témoins des multiples habitations que comptait la cité durant l’Antiquité. 200.000 personnes qu’il fallait bien abriter quelque part.

Mon guide m’emmène voir de multiples maisons où l’on peut encore découvrir des panneaux de mosaïques, des cours, des salons, des salles de réception et autres peintures murales.

On se balade ainsi au milieu des rues où séjournèrent d’illustres personnages. Parmi elles, bien sûr, Saint Paul qui y séjourna trois ans, entre 55 et 57. Il fonda à Éphèse la première communauté chrétienne, composée d’abord d’une douzaine de fidèles qu’il baptisa par imposition des mains.

À deux pas de là, il existe un lieu public qui avait toute son importance au temps de la Rome antique : les latrines. Les banquettes en marbre percées de trous sont disposées en quadrilatère autour d’un atrium. Une rigole où coulait de l’eau était creusée au pied des gens, une autre sous la banquette servait à l’évacuation.
Pourquoi un lieu si important ? Parce que les latrines étaient également un endroit convivial, un lieu de rencontres et d’échanges, où on faisait des affaires et où on pouvait discuter à loisir avec son voisin.

Mon guide me conduit sur un pan de mur… La bibliothèque d’Éphèse apparaît enfin. Majestueuse. Imposante. D’une beauté sans pareille.

Enfin me voici devant l’une des ruines antiques les plus célèbres du monde : la grande bibliothèque d’Éphèse, connue sous le nom de bibliothèque de Celsus.

Petite photo-souvenir et je me plonge immédiatement dans l’histoire. Et quelle histoire ! À l’origine, la construction de cet édifice fut entreprise en 117 par Gaius Julius Aquila pour servir de monument funéraire à son père, Celsus, alors proconsul de la province d’Asie, entre 105 et 107.

Alors pourquoi une bibliothèque, et non pas un tombeau funéraire ? Parce que dans l’Antiquité, les nécropoles se trouvaient toujours à l’extérieur des murs de la cité. Du coup, il fallut que Gaius Julius Aquila trouvât un stratagème pour faire accepter aux Ephésiens la présence de cette tombe.

Il décida alors de faire enterrer son père dans un sarcophage de marbre (retrouvé en 1904 lors d’une campagne de fouilles) et transforma le bâtiment en bibliothèque ! Aussi simple et ingénieux que ça. Un véritable tour de passe-passe historique qui fit rapidement la réputation d’Ephèse dans le monde antique.

Et pour cause, la bibliothèque d’Éphèse devint la troisième plus grande bibliothèque du monde, derrière celles d’Alexandrie et de Pergame. On raconte même que Marc-Antoine, alors maître de l’Orient après la mort de César offrit à sa maîtresse Cléopâtre de nombreux ouvrages de la bibliothèque d’Éphèse pour garnir celle d’Alexandrie.

Aujourd’hui, les ruines de la bibliothèque que l’on voit sont le fruit d’une restauration longue de huit ans entreprise par une équipe autrichienne dans les années 70. Car la bibliothèque fut incendiée par les Goths en 263 apr. J.-C. Tout ce qu’elle renfermait fut détruit, les ouvrages qu’elle abritait ayant servi de combustible pour la détruire… Devant la façade en ruines, les Éphésiens installèrent des plaques de marbre pour construire un bassin de fontaine.

En cadrant les portes, quatre niches ont été aménagées pour abriter des statues, allégories évoquant tout autant la destination du lieu que les qualités du défunt : sagesse, science, intelligence et vertu.

Les quatre statues présentes aujourd’hui dans les niches ne sont que des copies. Les originaux se trouvent au musée de Vienne, en Autriche.

Mais pour se rendre compte de la beauté du bâtiment, il faut encore relever la tête. La façade à deux étages est rythmée par des colonnes à chapiteaux corinthiens soutenant des architraves richement décorées.

La bibliothèque de Celsus abritait quelque 12.000 rouleaux, conservés dans des placards en bois encastrés dans les murs, ce qui explique qu’elle ait été détruite par un incendie.

Icône emblématique et fierté de la cité au IIe siècle apr. J.-C., ce bâtiment l’est encore de nos jours puisqu’il figure sur certains billets de banque turcs.

Une volée de marche conduit à la cour qui précède l’édifice. Au rez-de-chaussée de sa façade s’ouvrent trois portes monumentales auxquelles répondent les fenêtres de l’étage.

À l’intérieur, la salle de lecture occupait toute la hauteur de l’édifice. Des galeries en bois couraient à l’étage, permettant d’accéder aux rayonnages situés aux niveaux supérieurs.

Aujourd’hui, de cette grande salle de lecture, des rayonnages et des galeries, il ne reste rien. Et la bibliothèque de Celsus, désormais reconstituée, n’est qu’une coquille vide. Ou plutôt, une façade d’apparat qui permet aux visiteurs d’imaginer l’extraordinaire bâtiment qui était construit ici.

Depuis le socle de la bibliothèque, on se rend compte de l’extraordinaire travail réalisé par les restaurateurs pour relever cet édifice si prestigieux. Quel travail titanesque a-t-il fallu pour reconstituer, pierre par pierre, la façade monumentale de la bibliothèque !

Pour la petite histoire, il faut savoir que le caveau funéraire de Celsus fut placé en dessous de la niche centrale de la salle de lecture. Son sarcophage était orné de bas-reliefs représentant Eros, le tout décoré de guirlandes et de rosettes. Les fouilles entreprises en 1904, au cours desquelles le sarcophage fut ouvert, livrèrent le squelette de Celsius enfermé dans un second sarcophage en plomb placé à l’intérieur du premier.

La bibliothèque de Celsus fut donc l’une des plus importantes de son temps. Son fondateur, Julieus Aquila, avait légué une importante somme d’argent destinée à l’entretien du bâtiment et à l’achat de nouveaux manuscrits.

À l’intérieur de la salle, les rouleaux étaient rangés dans des étagères, elles-mêmes placées dans des niches réparties sur trois niveaux.

Cet ingénieux système protégeait les ouvrages de l’humidité, un couloir d’un mètre de largeur percé derrière les niches assurait ainsi la circulation de l’air.

Deux galeries en forme de fer à cheval longeaient trois des côtés de la salle principale, permettant d’atteindre les rouleaux des étages supérieurs. Un bibliothécaire donnait les volumes aux lecteurs.

Devant la façade en ruines, les Éphésiens installèrent des plaques de marbre sur lesquelles on trouve de nombreuses inscriptions en grec. Quant à pouvoir les lire, ceci est une tout autre histoire.

Dernière partie de ma visite : l’agora commerciale et le grand théâtre gréco-romain. Pour l’agora, impossible de la manquer. Elle se trouve immédiatement dans le prolongement de la bibliothèque. Pour y accéder, il suffit de passer la porte monumentale qui sépare les deux sites. Cette porte de Mazeus et de Mithridate fut édifiée par deux esclaves affranchis par l’empereur Auguste. Elle se présente comme un arc de triomphe dont l’ouverture centrale est flanquée de deux passages latéraux.

Dans le prolongement, voici l’agora commerciale. Proche du port, elle était le centre des affaires de la cité. On y vendait nourriture et produits artisanaux locaux ou étrangers.

Ce vaste quadrilatère de 110 mètres de côté était bordé d’un portique. Aujourd’hui, on peut y voir de nombreuses colonnes qui ont été relevées par les restaurateurs. Sous ce portique se trouvaient des boutiques ouvertes sur la place.

En arrière des boutiques, des galeries voûtées étaient utilisées comme entrepôts. Depuis la rue de marbre, on peut apercevoir l’agora dans son ensemble, ainsi que les ruines d’un temple dédié à Sérapis.

Je quitte l’agora pour pénétrer dans les entrailles du grand théâtre grec, adossé à la pente du mont Pion.

Cet emplacement fut choisi par Lysimaque, lors du développement de la ville au IIIe siècle av. J.-C. Dans son état actuel, il remonte au 1er et IIe siècle de notre ère et emprunte ainsi le plan d’un théâtre romain. D’où la confusion toujours possible.

Cavea, orchestra et mur de scène sont encore bien visibles. Le mur, justement, était haut de 18 mètres et présentait trois étages, le tout orné de colonnes et de niches dans lesquelles des statues prenaient place.

Trois portes donnant sur la scène permettaient le passage des comédiens. Au centre du mur, la porte royale ; côté cour, la porte de la ville, empruntée par les personnages principaux, et côté jardin, la porte de l’étranger, réservée aux rôles secondaires.

La cavea où prenaient place les spectateurs représentait un demi-cercle de 15 m de diamètre. Elle était divisée en trois secteurs par deux promenoirs et pouvait accueillir 24.000 personnes.

Les spectateurs entraient par des tunnels aménagés de part et d’autre de l’orchestra, ou encore par la partie haute de la cavea. Puis il fallait gagner sa place par douze escaliers très raides.

C’est dans ce cadre somptueux, assis sur un parement de marbre aujourd’hui disparu, que les spectateurs assistaient aux spectacles et aux fêtes maintes fois vantés par les auteurs antiques. L’endroit servait également de réunion pour les citoyens de la ville.

Depuis le sommet du théâtre, adossé au mont Pion, on pouvait voir l’extraordinaire voie Arcadiane qui menait directement au port de la ville. C’est cette voie que les voyageurs découvraient pour la première fois, sitôt débarqués. Elle mesurait 530 m de long, était bordée de portiques et de boutiques, et bénéficiait d’un éclairage public, privilège qu’elle ne partageait qu’avec Rome et Antioche.

Retour sur la scène du théâtre où se produisaient les comédiens. Tous les auteurs antiques rapportent la qualité exceptionnelle de l’acoustique du théâtre.

Depuis la scène, des tunnels permettaient aux comédiens de rentrer ou de sortir sans être vus du public.

Retour à l’air libre. La visite s’achève. Pour regagner la sortie, j’emprunte la partie dégagée de la rue de Marbre, qui tirent son nom des larges dalles de marbre qui la recouvraient. Elles furent posées au Ve siècle lors de la réfection de la chaussée.
Cette rue était bordée de part et d’autre d’un portique offrant son ombre aux promeneurs. Le soubassement était décoré de bas-reliefs représentant des gladiateurs. À la moitié de la voie, on peut encore voir un buste féminin, un cœur et un pied sculptés à même le dallage… Il indiquait sans doute la présence du lupanar tout proche.

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