Pourquoi visiter le Fort Rouge à New Delhi ?
Un témoin architectural de l’apogée moghole
Érigé au XVIIe siècle par l’empereur Shah Jahan, le même qui fit construire le Taj Mahal, le Fort Rouge est un chef-d’œuvre de l’architecture moghole. Son nom provient de l’impressionnante enceinte de grès rouge qui s’étend sur plus de deux kilomètres. En pénétrant à l’intérieur par la majestueuse porte de Lahore, on découvre un monde qui contrastait volontairement avec l’agitation de la ville : un complexe palatial de pavillons de marbre, de salles d’audience et de jardins luxuriants. Des bâtiments comme le Diwan-i-Khas (salle des audiences privées), où se trouvait le célèbre trône du Paon, témoignent du faste et de la sophistication artistique de la cour impériale à son zénith.
Un symbole politique et national puissant
Au-delà de sa splendeur architecturale, le Fort Rouge est un lieu chargé d’une immense signification politique. Il fut le siège du pouvoir moghol pendant près de 200 ans, avant de devenir une base militaire pour les Britanniques après la révolte des Cipayes de 1857. Son importance symbolique a été réaffirmée au moment de l’indépendance de l’Inde en 1947, lorsque le premier ministre Jawaharlal Nehru y hissa le drapeau national. Aujourd’hui, c’est depuis ses remparts que le Premier ministre indien s’adresse à la nation chaque année pour le jour de l’Indépendance, le 15 août. Visiter le Fort Rouge, c’est donc marcher sur les lieux qui ont vu se jouer les moments-clés de l’histoire du pays.
Une immersion dans l’histoire de Delhi
Le fort est inextricablement lié à la vieille ville de Delhi, dont il est l’un des pôles majeurs. Sa position stratégique sur les rives de la rivière Yamuna et son imposante présence offrent une perspective unique sur le développement urbain de la capitale. En explorant ses salles aujourd’hui partiellement vidées de leurs trésors, on peut imaginer la vie fastueuse qui s’y déroulait, mais aussi comprendre les pillages et les transformations qu’il a subis. Le son et lumière qui s’y tient le soir fait revivre de manière poignante ces siècles d’histoire, des grandeurs mogholes aux luttes pour la liberté.
Une plongée dans l’histoire
Enfin, la visite du Fort Rouge est une expérience sensorielle qui marque les esprits. Franchir ses lourdes portes, c’est quitter le chaos bruyant et coloré du Vieux Delhi pour entrer dans un espace qui, malgré la foule des visiteurs, dégage une atmosphère solennelle et mélancolique. C’est un lieu qui invite à la contemplation de la gloire passée et du temps qui passe. Se trouver dans ce site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, c’est ressentir le poids de l’histoire et comprendre pourquoi ce monument n’est pas seulement une relique, mais un symbole toujours vivant de la souveraineté et de l’identité indienne.
Comment visiter le fort rouge à New Delhi ?
Accès et planification
Le Fort Rouge (Lal Qila) est situé dans le Vieux Delhi, en bordure de la rivière Yamuna. Le moyen le plus pratique pour s’y rendre est le métro de Delhi, via la station Lal Qila (ligne violette) qui dépose les visiteurs à proximité immédiate de l’entrée principale. Le fort est ouvert du mardi au dimanche, de 9h30 à 18h00. Il est fermé les lundis. Les frais d’entrée pour les étrangers sont sensiblement plus élevés que pour les ressortissants indiens. Il est fortement conseillé d’arriver tôt le matin pour éviter les longues files d’attente et la chaleur de la journée, surtout d’avril à septembre.
Déroulement de la visite
La visite commence par l’imposante porte de Lahore, l’entrée principale, qui mène à un marché couvert animé, le Chatta Chowk. En poursuivant, on accède au cœur du complexe par la porte de Delhi. Le parcours principal suit un axe menant aux édifices majeurs : le Diwan-i-Am (hall des audiences publiques) où l’empereur rendait la justice, le Diwan-i-Khas (hall des audiences privées) où se trouvait le légendaire trône du Paon, et les jardins et pavillons des appartements privés, comme le Rang Mahal. Les bâtiments, principalement en grès rouge et marbre, illustrent le faste de l’architecture moghole. Prévoyez au moins 2 à 3 heures pour une exploration complète.
Points d’intérêt majeurs
Parmi les éléments à ne pas manquer, le Musée archéologique situé dans le hall des audiences publiques présente des artefacts de la période moghole. Les vues depuis les remparts offrent une perspective unique sur le Vieux Delhi et la Jama Masjid. Le spectacle son et lumière (en hindi et en anglais) qui a lieu en soirée est une manière captivante de revivre l’histoire du fort. Bien que certains palais aient perdu leur décoration d’origine, leur architecture et leur agencement spatial restent impressionnants et permettent d’imaginer la splendeur passée de la cour impériale.
Conseils pratiques :
Emportez de l’eau et protégez-vous du soleil. Une tenue vestimentaire respectueuse est de mise. La foule peut être dense, surtout le week-end et les jours fériés. Il est interdit d’apporter des drones, de grands sacs à dos et de la nourriture. La visite peut être combinée avec celle de la mosquée Jama Masjid, toute proche, pour une immersion complète dans le Vieux Delhi. Enfin, soyez vigilant avec vos effets personnels dans la foule.
Fort rouge, des murailles aux pavillons de l'empereur
Jeudi 27 avril. Pas de temps à perdre pour cette première journée en Inde. Difficile à croire qu’il y a quelques heures de ça, j’étais encore en France. Ici, la vie est bouillonnante. New Delhi dépasse au bas mot les 16 millions d’habitants. Plus calme, Old Delhi, la vieille ville, en compte quand même quelques millions. La plupart sont musulmans et vénèrent encore l’histoire de la domination moghole qui se traduisit par quelques-unes des plus belles merveilles architecturales du pays. Parmi elle, le Fort rouge par lequel on entre par Lahore Gate, à l’extrémité est de Chandni Chowk.
C’est à une centaine de mètres de cette porte que Sonu, mon guide, me laisse. Je dois donc remonter à pied la longue avenue qui mène à Lahore Gate. Au pied des murailles rouges de Red Fort, je comprends aussitôt l’importance de cette forteresse. Les tours de guêt et les remparts se succèdent sans discontinuer. Les arbres monumentaux se disputent les sommets avec les chemins de garde.
Dissimulée derrière ses hauts remparts, la Qila est une immense forteresse en pierre rouge, une couleur qui la rend encore plus impressionnante. L’empereur moghol Shah Jahan la fit construire vers 1640. Son fils, Aurangzeb, qui l’emprisonna à Agra y ajouta la chicane de la porte Lahore pour cacher la vue du palais aux autres habitants de la ville.
Durant la colonisation, le fort fut occupé par les Britanniques. C’est ici que tous leurs officiers, ainsi que leur famille, furent exécutés lors de la révolte des Cipayes, en 1857.
Enfin, voici l’impressionnante porte de Lahore. On peut imaginer le faste qui devait se dérouler ici quand l’empereur moghol pénétrait dans son palais.
Passé la porte de Lahore, il faut alors traverser une longue galerie peuplée de boutiques d’artisanat. Il s’agit de Chatta Chowk. Chowk = marché. Chouette alors, j’ai appris un mot en hindou !
Passée cette galerie, une immense porte monumentale se dresse encore devant moi. Il s’agit de la porte qui abrite le Swatantrata Sangram, autant dire le musée des combattants de l’Indépendance.
Comme la précédente, cette immense porte est en grès rouge. Le ton est donné pour la visite du Red Fort.
Impasse encore sur l’Indian War Museum (aucun intérêt). La cour donne par contre le Diwan-i-Am, le hall des audiences publiques, ses colonnades et ses arcades de grès rouge.
Au fond, dans le marbre du dais, il faut être très attentif pour apercevoir les pierres précieuses incrustées dans le panneau représentant Orphée jouant de la flûte.
Au milieu des immenses jardins du Fort rouge de l’empereur moghol se dressent une multitude de pavillons, édifices blancs en grande partie dépouillés de leurs pierres précieuses incrustées dans la pierre (volées bien entendu…).
Je commence par celui qui me fait immédiatement face : l’extraordinaire Diwan-i-Khas. Le plus spectaculaire avec ses quatre petites tourelles qui dominent les quatre angles du bâtiment.
Ce pavillon n’était autre que le hall des audiences privées. Il était le lieu où l’empereur moghol recevait les courtisans et les invités de l’État. On l’appelait aussi Shah Mahal.
Le pavillon se compose d’une cour centrale rectangulaire, entourée d’une série d’arcs. Les parties inférieures des colonnes sont incrustées avec des motifs floraux, tandis que les parties supérieures sont peintes et dorées. Le plafond, qui était à l’origine incrusté d’argent et d’or, a été dépouillé par les crises financières successives de l’empire. L’intérieur a été complètement pillé suite à la rébellion indienne de 1857.
Dans le prolongement du Diwan-i-Khas se trouve la mosquée de la Perle, Moti Masjid, aux trois dômes, tout en marbre blanc.
Toujours plus à gauche, côté fleuve, voici le Khas Mahal, autrement dit, l’ancien appartement de l’empereur moghol. Côté gauche, on peut apercevoir la représentation de la balance de la justice, influence occidentale oblige.
L’intérieur est décoré avec un marbre blanc sculpté peint avec des décorations florales colorées. Le plafond était également partiellement doré.
La tour à l’est du Khas Mahal s’appelle la tour octogonale (Muthamman Burj). L’empereur s’adressait à ses sujets chaque matin dans une cérémonie appelée Jharokha Darshan.
En revenant vers le centre de l’immense jardin du Fort rouge, impossible de passer à côté du Rang Mahal, pavillon à colonnes planté au milieu d’un grand bassin en marbre.
Le pavillon Rang Mahal abritait autrefois une partie du harem impérial et était connu comme le Palais de la Distinction pendant la règle de Shah Jahan. L’intérieur du bâtiment était autrefois richement peint et décoré. Certains appartements s’appelaient Shish Mahal en raison de petits morceaux de miroirs qui recouvraient les plafonds. À travers le centre du palais de marbre, un canal peu profond appelé Stream of Paradise coulait dans un bassin de marbre sculpté dans le sol.
La visite se poursuit par une visite des jardins. Plutôt rapide d’ailleurs. Trop à mon goût. Après cette première expérience, je ferai en sorte de fixer moi-même mon temps de visite à mon chauffeur, chose que Sonu comprendra parfaitement.
En attendant, je me régale de ces vastes pelouses, de ces grands espaces semés de pavillons moghols, parsemés de canaux et de rigoles en marbre qui laissent deviner la splendeur d’autrefois. Quels dommages que de tristes bâtiments militaires édifiés par la colonisation anglaise gâchent un peu le paysage.
Heureusement, on peut encore profiter de la vue des arbres, des banians, des margousiers et autres ashokas.
Si la balade est agréable pour l’Européen que je suis, elle l’est plus encore pour les Hindoues qui profitent de la nature pour faire admirer leur plus belle toilette.
Il est grand temps de retrouver Sonu qui m’attend à l’entrée du Fort Rouge. Pour regagner la porte, je dois emprunter une voie différente de celle que j’ai prise pour venir. Je croise les doigts pour que Sonu soit bien là. Perdu au milieu de 35 millions d’hindous, je pense que j’aurais un peu de mal à regagner mon hôtel !
À la sortie du fort, c’est une belle surprise qui m’attend. De superbes statues d’éléphants encadrent la porte.
Sans doute un hommage aux fameux combats d’éléphants que le Shah organisait régulièrement sous ses fenêtres.
La sortie de l’enceinte me permet encore de profiter de l’extraordinaire vue sur les murailles du Fort Rouge. Impressionnant.
Le mur d’enceinte mesure près de 2,5 km de long et mesure entre 16 m de haut (du côté de la rivière) et 33 m de haut (du côté de la ville).