Pourquoi visiter le site archéologique du tombeau d’Humayun ?
Une immersion dans l’histoire
Visiter le tombeau d’Humayun à Delhi est bien plus qu’une simple étape touristique ; c’est une immersion dans un tournant décisif de l’histoire de l’architecture indienne et une expérience de sérénité au cœur de l’agitation urbaine. Ce site, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, est souvent considéré comme le précurseur architectural du Taj Mahal, et sa visite permet de comprendre la genèse d’un style qui allait atteindre sa perfection absolue à Agra.
Une révolution esthétique
Ce monument est une révolution esthétique. Commandé au XVIe siècle par Haji Begum, l’épouse endeuillée de l’empereur moghol Humayun, il est le premier exemple de jardin-tombe monumental en Inde. Il introduit le concept du “jardin du paradis” (charbagh) persan, divisé en quatre carrés par des canaux d’eau, symbole des quatre fleuves du paradis dans la tradition islamique. La structure elle-même, avec son dôme de marbre blanc en forme de bulbe posé sur un haut tambour et son utilisation du grès rouge et du marbre, établit un vocabulaire architectural que son petit-fils, Shah Jahan, reprendra et sublimera pour le Taj Mahal. Se trouver ici, c’est donc assister à la naissance d’un style.
Une vaste nécropole
Le site est en réalité une nécropole bien plus vaste que le seul tombeau de l’empereur. En vous promenant dans les jardins, vous découvrirez une collection de mausolées plus petits, abritant d’autres membres éminents de la dynastie moghole et de la noblesse. Chacun de ces monuments, comme le tombeau d’Isa Khan ou le complexe de Bu Halima, présente des variations et des innovations architecturales, faisant de l’ensemble un véritable musée à ciel ouvert de l’évolution des styles sous les Moghols. Cette densité de monuments dans un cadre paysager soigné offre une plongée bien plus riche que celle d’un site isolé.
Un espace de tranquillité
Enfin, l’atmosphère du lieu est un antidote puissant au chaos de Delhi. Contrairement à d’autres sites souvent bondés, les vastes jardins du tombeau d’Humayun offrent des espaces de tranquillité, invitant à la flânerie et à la contemplation. La lumière, surtout en fin d’après-midi, caresse les dômes et les arches de grès, créant une palette de couleurs changeante et photogénique. Visiter ce site, c’est faire une pause poétique et historique, comprendre la filiation artistique qui a conduit à l’une des merveilles du monde, et ressentir la paix qui émane d’un lieu conçu comme une représentation terrestre du paradis.
Comment visiter le site archéologique du tombeau d’Humayun ?
Accès et planification
Le tombeau d’Humayun est situé à Nizamuddin East à Delhi, facilement accessible en taxi ou en auto-rickshaw depuis le centre-ville. La station de métro la plus proche est la station Jawaharlal Nehru Stadium (ligne violette), suivie d’une courte course en auto-rickshaw. Le site est ouvert tous les jours du lever au coucher du soleil, généralement de 6h00 à 18h00. Les billets d’entrée pour les visiteurs étrangers sont payants et sensiblement plus élevés que pour les ressortissants indiens. Il est conseillé de visiter le site tôt le matin ou en fin d’après-midi pour éviter la chaleur et profiter d’une belle lumière pour les photographies.
Déroulement de la visite
La visite commence par l’imposante porte d’entrée en grès rouge qui mène au jardin perse (charbagh). Prenez le temps d’admirer la symétrie des allées, des canaux d’eau et des parterres de fleurs qui divisent le complexe en quatre parties. Le mausolée principal, construit en grès rouge incrusté de marbre blanc, se dresse au centre. À l’intérieur, la chambre funéraire abrite le cénotaphe de l’empereur Humayun. Après avoir exploré le tombeau principal, promenez-vous dans les jardins pour découvrir d’autres monuments, comme le tombeau de l’épouse d’Humayun, Haji Begum, et le tombeau de l’architecte persan Mirak Mirza Ghiyas.
Sites annexes à ne pas manquer
Le complexe abrite plusieurs autres structures importantes. Le tombeau d’Isa Khan, un noble de la cour des Suris, se trouve à gauche de l’entrée principale et est un bel exemple d’architecture afghane. Le tombeau de Bu Halima et le tombeau d’Afsarwala valent également le détour. Enfin, la tombe de Nila Gumbad, située à l’extérieur de l’enceinte principale mais incluse dans le billet, est remarquable pour son dôme recouvert de tuiles bleues.
Conseils pratiques :
Prévoyez de l’eau et un chapeau, surtout pendant les mois chauds. Les photographes apprécieront la lumière douce du matin et du soir. Pour une expérience plus enrichissante, engagez un guide certifié à l’entrée ou téléchargez une application audio-guide. Enfin, respectez le caractère sacré du site en évitant les comportements bruyants et en suivant les consignes affichées.
Old Delhi, le site archéologique d'Humayun's Tomb
Jeudi 27 avril. Pour notre prochaine étape, il faut sortir de la vieille et revenir dans les environs de New Delhi. C’est ici, un peu à l’écart de la ville que se niche l’extraordinaire site archéologique d’Humayun’s Tomb. Une visite tout ce qu’il y a de plus paisible, loin de l’agitation du reste de la ville. Un vaste jardin arboré s’ouvre devant moi. Une allée centrale conduit au mausolée d’Humayun, mais je bifurque aussitôt à droite de la grande porte centrale pour jeter un coup d’œil sur le mausolée d’Isa Khan.
De forme octogonale, finement sculpté et surmonté d’un dôme central et de huit petites coupoles, le mausolée d’Isa Khan abrite la dépouille du fidèle serviteur de l’éphémère empereur Sher Shah.
Autour du mausolée a été aménagée une galerie à grosses colonnes et arcades en arc brisé. Un endroit idéal pour se reposer et se préserver de la chaleur.
Atmosphère paisible garantie au milieu du beau jardin qui ceinture le mausolée. Cela vaut bien une petite photo-souvenir. J’en profite même pour ramener le téléphone portable à la petite famille qui l’avait oublié.
Pour la petite histoire, Isa Khan était un noble afghan dans la cour de Sher Shah Suri de la dynastie Suri, qui a combattu contre les Moghols. Sa tombe octogonale a servi plus tard d’enterrement pour toute sa famille. Certains des détails architecturaux de ce mausolée rappellent la tombe principale de Humayun.
À l’intérieur, il faut savoir lever la tête pour admirer la très simple, mais magnifique coupole qui coiffe le mausolée.
À l’intérieur, c’est un festival de baies ajourées qui permettent de faire pénétrer la lumière sur les six tombeaux de la famille d’Isa Khan.
En face du mausolée, au-delà du grand jardin octogonal, se dresse la mosquée Isa Khan, avec ses trois portails joliment décorés et surmontés de dômes. Construite en grès rouge, cette mosquée date de la même époque que le mausolée, soit vers 1547.
Entre le tombeau d’Isa Khan et le grand mausolée de l’empereur Humayun s’étend une vaste place arborée : il s’agit du Char Bagh. À droite de celui-ci, en regardant le tombeau d’Humayun, se dressent les ruines de la mosquée et du tombeau d’Afsarwala… Ruines car la coupole s’est effondrée.
Son tombeau est construit en grès rouge et gris (étonnant, non ?), avec incrustations en marbre blanc et noir.
La porte de l’Arab Ki Sarai Gate marque véritablement l’entrée dans les jardins de l’empereur moghol. Elle fut construite par des artisans perses qui travaillaient sur le tombeau d’Humayun. Une porte d’une exceptionnelle beauté.
Le Char Bagh (120 000 m²) est un jardin de style perse avec une disposition en quadrilatère. Il était le premier de son genre dans le Région de l’Asie du Sud.
Le jardin est divisé en quatre carrés par des allées pavées (khiyabans) et deux canaux d’eau à deux niveaux, reflétant les quatre rivières qui circulent à Jannat, le concept islamique du paradis. Les canaux d’eau centraux semblent disparaître sous la structure du tombeau et réapparaissent de l’autre côté en ligne droite, ce qui suggère le verset coranique, qui parle des rivières qui coulent sous le « Jardin du Paradis ».
Chacun des quatre carrés est encore divisé en carrés plus petits avec des chemins, créant en 36 carrés en tout un design typique des derniers jardins moghols.
Une nouvelle porte monumentale sépare encore les jardins moghols du tombeau proprement dit. Et cette fois-ci, il s’agit de grimper un escalier monumental pour accéder à l’esplanade où repose le mausolée d’Humayun. Une famille hindoue profite de ce moment pour faire quelques photos amusantes.
De l’autre côté, me voici enfin devant le tombeau d’Humayun.
Enfin me voici devant le mausolée d’Humayun. Monumental. C’est le terme qui me vient tout de suite à l’esprit lorsque je le vois pour la première fois. Il fut érigé là en 1565 sur ordre de la veuve de l’empereur moghol, soit une vingtaine d’années après le mausolée d’Isa Khan dont il reprend quelques codes architecturaux.
En fait, l’histoire est un peu plus compliquée que cela. Après sa mort en 1556, Humayun fut d’abord enterré au Purana Qila, à Delhi. De crainte que sa tombe ne soit profanée par le roi Hemu, qui venait de vaincre les armées mogholes, Akbar ordonna que la dépouille de son père soit déplacée dans le Punjab. Neuf ans après la mort de l’empereur, sa première femme Biga Begum décida de construire une nouvelle tombe bien plus sophistiquée en hommage à son époux. Ceci expliquant cela.
Les travaux commencèrent en 1569 et s’achevèrent vers 1571 pour un coût total de 1,5 million de roupies. Biga, aidée financièrement par Akbar, fit appel à l’architecte persan Mirak Mirza Ghiyath, qui avait déjà conçu plusieurs monuments à Herat, sa ville d’origine, ainsi qu’à Boukhara. Cependant celui-ci mourut avant la fin des travaux, qui furent continués par son fils.
Et en observant de plus près l’édifice, on comprend mieux combien l’influence persane est présente dans sa conception. Son tombeau dérive directement des fameux mausolées persans avec, en son centre, l’iwan principal, c’est-à-dire un porche monumental flanqué de deux iwans secondaires.
Toutefois, les proportions sont ici gigantesques. Elles s’inscrivaient probablement en regard à l’immensité du territoire indien que les Moghols s’étaient mis en tête de conquérir. Du coup, le cercueil de l’empereur, placé au centre du mausolée, paraît bien minuscule.
Quant au décor, on est bien loin des couleurs vives de la tradition persane. Aux traditionnelles mosaïques, se sont substitués le grès rouge et le marbre blanc.
Quant au dôme, il a été mis au point selon la technique de la « double coupole ». Son effet est garanti. Il allie complexité et simplicité. Quelle beauté, vraiment.
À l’extérieur, les colonnes de la façade sont surmontées de fleurs de lotus épanouies. Travail admirable auquel il faut ajouter la finesse des portails, des baies ajourées et des colonnettes ciselées aux angles des murs. En relevant la tête, il ne faut pas manquer non plus les trois étages du mausolée et ses fenêtres-écrans.
Pour la petite histoire, un grand nombre de spécialistes pensent encore que le mausolée d’Humayun servit d’exemple à bien des égards au célèbre Taj Mahal.
En sortant de la tombe d’Humayun, j’en profite pour aller voir d’un peu plus près la fameuse tombe du Barbier qui date de 1590.
La tombe a été construite sur une plateforme surélevée et ne comporte qu’une chambre surmontée d’un double dôme. Elle renferme deux pierres tombales sur lesquelles sont gravés deux versets du Coran.
La tombe du Barbier est aussi connue sous le nom de Nai-ka-Gumbad. La proximité de cette tombe avec le bâtiment principal suggère l’importance de son occupant, bien qu’aucune inscription ne nous renseigne sur son identité.
Avant de quitter les lieux, impossible de résister à l’envie de prendre un peu de temps pour flâner et marcher à travers l’immense jardin perse.
Quel délice de se promener au milieu de cette nature luxuriante, fruit d’une lente et très réussie réhabilitation au milieu des années 2000.