Pourquoi visiter le couvent et la place San Francisco à Quito ?
Un ensemble architectural fondateur et majestueux
Le couvent et la place San Francisco constituent le plus vaste et l’un des plus anciens ensembles conventuels d’Amérique latine, fondé peu après la création de la ville. Son architecture coloniale, avec sa façade principale imposante et ses deux tours emblématiques, domine une place pavée qui a été le cœur de la vie religieuse et sociale de Quito pendant des siècles. Visiter ce site, c’est pénétrer aux sources de l’histoire de la ville.
Un intérieur d’une richesse artistique exceptionnelle
L’intérieur du complexe est un musée vivant de l’École de Quito, courant artistique unique né du métissage entre les techniques Renaissance et Baroque enseignées par les franciscains et la sensibilité des artistes indigènes. Il abrite une collection inestimable de plus de 3 500 œuvres d’art, incluant des retables dorés à la feuille d’or, des sculptures polychromes et des peintures de maîtres comme Miguel de Santiago, offrant un témoignage bouleversant de la ferveur et du talent de cette époque.
Un lieu de syncrétisme culturel
Au-delà de la pierre et de l’or, ce site incarne le syncrétisme profond qui a façonné l’identité équatorienne. La place, toujours animée, est un lieu de rassemblement où se mêlent dévotion, commerce artisanal et vie quotidienne. Le complexe lui-même, encore occupé par des frères franciscains, permet de ressentir la continuité de la tradition spirituelle dans un cadre historique préservé.
Une immersion sensorielle et spirituelle
La visite offre une expérience multi-sensorielle : le silence recueilli des cloîtres, la luminosité filtrée par les vitraux, le parfum de l’encaustique sur les vieux bois et la vue étourdissante sur la nef centrale. C’est une plongée hors du temps qui permet de comprendre la dimension à la fois humaine et divine de la colonisation, et l’émergence d’une culture métisse dont Quito reste la gardienne.
Comment visiter le couvent et la place San Francisco à Quito ?
Localisation et accès au complexe
Le couvent et la place San Francisco sont situés dans le centre historique de Quito, à l’adresse Plaza San Francisco, sobre Calle Cuenca. L’ensemble se trouve à environ 15 minutes à pied de la Plaza de la Independencia. Le moyen d’accès le plus simple est le taxi ou une application de VTC (Uber, Cabify), car la circulation et le stationnement dans le centre sont difficiles. De nombreux hôtels historiques sont également à distance de marche.
Horaires d’ouverture et tarifs d’entrée
Le musée du couvent (Museo Fray Pedro Gocial) est généralement ouvert du lundi au samedi, de 9h00 à 17h30, et le dimanche de 9h00 à 13h00. Les horaires peuvent varier lors des fêtes religieuses. L’accès à la place San Francisco est libre et gratuit à toute heure. L’entrée au musée du couvent est payante, avec un tarif modique d’environ 2 à 4 dollars US pour les visiteurs internationaux. Des visites guidées en espagnol sont souvent incluses.
Déroulement de la visite et points clés
La visite commence généralement par la place elle-même, offrant une vue panoramique sur la façade majestueuse de l’église. À l’intérieur du complexe conventuel, le parcours comprend le cloître principal, la salle capitulaire, la bibliothèque historique et la collection d’art religieux de l’École de Quito. Il est essentiel de respecter le silence dans les zones de recueillement et de suivre les indications photographiques (souvent interdite dans certaines salles).
Conseils pratiques :
Privilégiez une visite en matinée en semaine pour éviter les foules. Une tenue respectueuse (épaules et genoux couverts) est exigée pour entrer dans les espaces religieux. Après la visite, vous pourrez explorer les ateliers d’artisans et les cafés traditionnels aux alentours de la place, immergeant ainsi votre expérience dans l’atmosphère vivante du vieux Quito.
Quito, le couvent et la place San Francisco
Jeudi 21 juin. En remontant un peu plus au nord de la plaza de la Independencia, on passe devant la fabuleuse église jésuite de la Compania qu’on reverra un peu plus tard pour filer directement vers l’extraordinaire plaza San Francisco où se dresse le couvent du même nom.
Autant le dire tout de suite, il s’agit vraiment de la plus belle place de Quito. Pavée et piétonne, elle est bordée de maisons coloniales. Quant au fameux monastère San Francisco, il se dresse probablement à l’emplacement même de l’ancien palais de l’Inca Atahualpa. De quoi justifier aujourd’hui la présence de nombreux Indiens descendants des Incas et des premiers Quitus.
La présence de ces Indiens n’est pas étonnante puisque leur communauté représente aujourd’hui encore quelque 25 % de la population de l’Équateur qui compte environ 15 millions d’habitants.
Au sein des Indiens, il existe différents groupes dont je parlerai plus tard au fur et à mesure de mon voyage. Chacun appartient à une ethnie et plus généralement à une région différente du pays. Ici, à Quito, les Indiens sont les Quechuas d’Équateur, cousins des mêmes Quechuas du Pérou voisin. Ils sont certainement parmi les natifs d’Amérique du Sud qui sont restés les plus fidèles à leur culture et à leur langue.
Autrefois travailleurs dans les haciendas des grands propriétaires terriens, les Quechuas possèdent désormais leur propre lopin de terre, suite à la grande réforme agraire que le pays a amorcé. Mais cela suffit à peine à nourrir leur famille. Du coup, bon nombre des Quechuas contractent des dettes pour acheter des graines ou louer des machines.
Quant aux Quechuas qui émigrent vers la ville, comme ici à Quito, sur cette place San Francisco, ils vivent de tout petits métiers précaires, échappant à la misère en vendant des tissus traditionnels, des châles et autres ponchos dont ils reversent une partie des bénéfices à ceux qui les exploitent. Une vie de misère.
Couvent, musée ou église ? J’ai le choix du roi. Du coup, je prends l’option église pour commencer. C’est avec la cathédrale, le plus ancien sanctuaire chrétien de Quito, construit entre 1535 et 1580 sur les ruines de l’ancien palais de l’Inca Atahualpa.
À peine entré dans l’église, on est aussitôt ébloui par les dorures, les sculptures, les moulures et autres fresques qui ornent la nef et les chapelles. Étourdissant de beauté.
L’intérieur est un éblouissant mélange d’art cumulé du mudéjar et du baroque. L’ornementation débridée mêle dorures à gogo, chérubins et motifs géométriques d’une finesse évoquant les broderies des vêtements sacerdotaux.
En levant la tête, le spectacle est éblouissant, une coupole étoilée surplombant la nef ornée d’une dentelle de style mudéjar, tandis que le chœur offre un festival de portraits, retables richement décorés et colonnes de styles différents.
Chaque chapelle est un prétexte pour abriter de magnifiques sculptures sculptées en bois précieux, saints, martyrs et apôtres à l’expression étonnante.
Voûtes, arches et piliers de la nef rivalisent eux aussi d’audaces, richement décorés et sculptés, amorçant la transition entre l’art mudéjar hérité de la reconquête espagnole et le baroque flamboyant financé par l’or des Incas.
Le chœur de l’église, surmonté par la coupole étoilée, est d’une beauté incroyable, d’une magnifique harmonie, datant de la fin du XVIIe siècle. Les détails mudéjars sont entièrement conservés, bien que la nef centrale ait été détruite par un tremblement de terre puis remplacée par un plafond à caissons baroque en 1770.
Mais le plus beau reste à voir avec la chair et le maître-autel. La chair, sculptée et dorée, est soutenue par plusieurs personnages. Magnifique.
Un peu plus loin, un moine franciscain pose le pied sur trois têtes décapitées.
Pour la petite histoire, la construction de cette église commença seulement quelques semaines après la fondation de la ville, en 1534. Elle fut terminée 70 ans plus tard. L’ensemble fut créé par le franciscain Fray Jodoco Rico ; une statue sur le parvis lui rend d’ailleurs hommage.
Il faut savoir que ce complexe religieux est l’un des plus vastes d’Amérique du Sud (3 ha). La rumeur populaire dit que le diable aida à sa construction.
Franchement, cette église est une des plus belles que j’ai pu voir en Amérique du Sud, d’une beauté et d’une audace sans nom.
Les plafonds de style mauresque sont d’une incroyable délicatesse. Franchement, J’adore.
L’autel principal comporte l’original de la Virgen de Quito de Legarda, une sculpture d’une Vierge ailée. Cette représentation est unique sur le continent.
Après la visite de l’église du monastère, difficile de revenir sur terre. J’ai de l’or et des images encore plein les yeux. Retour dans l’immense cloître planté au beau milieu du couvent. Mais je ne m’y attarde pas. Je le verrai tout à l’heure. Je laisse Léa profiter de la fraîcheur de la fontaine aménagée au milieu du cloître et je monte à l’étage où j’ai une vue d’ensemble de tout le monastère.
Les escaliers mènent directement au chœur de l’église du couvent San Francisco. De là-haut, vue sur la nef de l’église, son plafond mudéjar, ses dorures, ses décorations somptueuses, ses voûtes finement décorées. À couper le souffle.
Un immense Christ en croix domine le balcon qui donne sur la nef. Sa simplicité, sa force évocatrice tranche avec l’exubérance de la décoration intérieure de l’église.
Franchement, je ne me lasse pas de cette vue. Le mélange des genres, des couleurs, des matériaux, des styles alternant le baroque et le mudéjar créé pourtant une invraisemblable unité qui n’est pas sans me rappeler quelques églises byzantines que j’ai pu visiter dans d’autres pays.
Voici donc le chœur de l’église San Francisco. C’est ici que les frères se réunissent encore pour chanter et prier tous ensemble.
Dans le chœur, toutes les stalles des moines sont veillées par un saint différent. Là encore, on peut admirer la finesse des sculptures, le détail des drapés, l’expressivité des visages.
Toutes ces stalles reposent sous un plafond lui aussi de style mudéjar.
Voici une vue d’ensemble des stalles, chapeautées par des tableaux représentant les grandes figures de l’ordre Franciscain.
Je ressors une fois encore ébloui par tant de beauté. Même si une partie de moi n’oublie pas que cette église fut élevée sur le symbole même de la puissance Inca, et très certainement, à l’aide des guerriers vaincus réduits en esclavage, et avec l’or que les Conquistadors leur avaient dérobé.
En sortant, vue splendide sur les jardins du cloître. Je ne l’ai pas mis ici en photo, mais il ne faut surtout pas manquer l’immense tableau qui orne la cage d’escalier. Il représente l’arbre généalogique de la communauté franciscaine.
Retour au centre du monastère San Francisco. Un magnifique cloître permet la circulation entre les différents bâtiments du couvent. Parterre hérissé de palmiers.
Au milieu du jardin trône une jolie fontaine. Sa forme évoque les premiers baptistères de la chrétienté.
Léa travaille à son carnet de bord nécessaire à son entrée en école préparatoire. Studieuse, ma fille !
À l’entrée du monastère, on est attiré par des cris d’oiseaux. En s’approchant de plus près, on s’aperçoit qu’une volière a été aménagée pour abriter de magnifiques perroquets.