Vallée de Katmandou, à l'assaut du Monkey Temple
Mercredi 22 novembre. Deux jours après la fin de notre trek dans l’Himalaya, je commence à profiter à plein de mon séjour à Katmandou. Bon, mon hôtel Silver Home ne paye pas de mine, mais la chambre que j’ai prise reste correcte. Sans plus. Sans chichi et avec juste le minimum pour bien dormir. C’est déjà ça.
Ce matin, je décide de prendre un taxi pour m’emmener sur les hauteurs de Katmandou, afin de partir à l’assaut du Monkey Temple, autrement dit le temple de Svayambhunath***. Ce temple se dresse sur les hauteurs de la ville, à l’ouest de la cité sacré, en dominant toute la vallée. Sa renommée a depuis longtemps dépassé les frontières du Népal, puisque de nombreux Tibétains viennent ici en pélerinage.
Le taxi a la bonne idée de me laisser au pied du temple bouddhiste. Un escalier de 365 marches, comme autant de jours dans l’année, permet de gravir la colline qui débouche directement sur le grand stûpa. Une longue ascension qui débute par le traditionnel rite de la bougie que l’on allume pour rendre hommage au bouddha.
La montée est éprouvante et nécessite de faire quelques pauses. Le temps d’admirer les extraordinaires figures du bouddha, toutes différentes pour celui qui veut bien se donner la peine d’observer sa posture et la position de ses mains.
On grimpe alors les 365 marches en passant au milieu des chaitiya et des statues d’Akshobhya datant de la période Shah.
Pendant l’ascension, on croise également la route de singes facétieux qui ont fait des statues et des rampes de l’escalier leur terrain de jeu. Si la plupart d’entre eux sont plutôt gentils, certains, effrayés, poussent des cris et montrent les dents !
Enfin me voici au sommet de la colline. Le temps de payer le droit d’entrée, et je me retrouve nez-à-nez avec les yeux du Bouddha. Magnifique.
Même si la première inscription date de 1129, le stûpa de Svayambhunath est un des sites religieux les plus anciens de la vallée de Katmandou. A l’ouest de celui-ci se dresse d’ailleurs le temple de Manjushri vénéré par les Hindous pour rappeler que c’est ici que le dieu de la connaissance du même nom trouva au milieu du lac originel un lotus et fendit d’un coup d’épée les montagnes pour créer la vallée… En attendant, c’est justement un singe qui m’acceuille au pied du Monkey Temple. Incroyable !
En relevant la tête, impossible de ne pas croiser le regard de Bouddha peint sur les quatre côtés de la tour du stûpa. Ils font partie de la symbolique complexe de ce lieu sacré.
Sur la base carrée s’élève le dôme hémisphérique, à la fois corps de bouddha et symbole de sa perfection.
Une galerie de 211 moulins à prières fait le tour de la coupole, chacun portant le mantra sacré Om mani padme hum (ô toi, joyau dans la fleur de lotus”).
Les niches du stûpa abritnt les cinq Dhyani Bouddha et leurs montures : l’Akshobhya sur un éléphant, Vairocana sur un lion, Rartnasambhava sur son cheval, au nord le plus vénéré de tous, Amitabha sur son paon, et Amoghasiddhi sur l’oiseau sacré Garuda. Entre ces cinq bouddhas transcendantaux qui représentent les éléments cosmiques, la terre, l’eau, le feu, le vent et l’éther, d’autres niches abritent leur quatre compléments féminins, les Bouddhashakti.
Par ailleurs, le dôme blanc est surmonté de treize anneaux dorés (dons des monastères alentour) qui symbolisent les différentes étapes sur le chemin de la Perfection et de l’Illumination.
Bon, je retrouve de nouveau mon petit singe qui a pris ses quartiers sur le Vajra doré élevé ici en 1667 par le roi Pratapa Malla. Il repose sur un mandala dont le socle est orné du calendrier tibétain avec les signes du zodiaque. Le Vajra représente la foudre, arme divine dans la mmythologie hindoue, alors que pour les bouddhistes, c’est un sceptre de diamant, symbole de l’absolu.
Une fois arrivé là-haut, je vais assister à tout un tas de rituels sacrés et religieux que les pélerins viennent accomplir ici. Difficile à comprendre pour un non-initié comme moi. Mais bon, à l’aide de mon guide et de Wiki, je vais quand même tenter un peu.
Le dôme à la base représente le monde entier. Quand une personne s’éveille (représentée par les yeux de sagesse et de compassion) des liens du monde, la personne atteint un état plus élevé. Les treize pinacles au-dessus de lui symbolisent le fait que les êtres sensibles doivent traverser les treize étapes d’éclaircissement pour atteindre la Bouddhéité.
Sur chacun des quatre côtés du stupa principal, il y a une paire de grands yeux qui représentent la Sagesse et la Compassion. Au-dessus de chaque paire de yeux est un autre œil, le troisième œil. On dit que quand le Bouddha prêche, les rayons cosmiques émanent du troisième œil qui sert du message aux êtres célestes, pour que ceux qui sont intéressés puissent descendre sur terre pour écouter le Bouddha. Les êtres des enfers et les êtres au-dessous du royaume humain ne peuvent pas venir sur terre pour écouter l’enseignement du Bouddha, cependant, le rayon cosmique soulage leur souffrance quand le Bouddha prêche.
Chaque matin avant l’aube, les centaines de pèlerins montent les 365 marches du côté est qui mènent en haut de la colline, passant le Vajra doré et deux lions gardant l’entrée, et commence une série de circumambulations dans le sens des aiguilles d’une montre autour du stupa.
Le stûpa est entouré d’aubeges de pélerins, d’habitations, de boutiques de souvenirs, de monastères tibétains (gompas) qui résonnent de prières et de fanfares, et de cinq sanctuaires représentant les trois éléments (vent, terre, feu) ainsi que deux serpents mythologiques.
Autour du site, les rites traditionnels vont bon train, entre incantations, offrandes et autres mixtures divines. C’est l’effervescence autour des moines qui dirigent les opérations.
A quelques mètres de là, les singes regardent ce spectacle avec autant d’indifférence que de curiosité, l’un alternant avec l’autre. Etonnant.
Un peu plus haut sur la colline, une superbe maison d’habitation domine la place. Une fillette joue avec les persiennes des fenêtres, apparaissant et disparaissant à l’envi. Dommage que je n’ai pas mon zoom vissé à mon appareil photo. Qu’importe, j’en garderai quand même un très beau souvenir.
Au milieu de la petite forêt de stûpas dressés en léger retrait de la place principal, deux moines tibétains contemplent les scènes rituelles avec un certain intérêt. Que de chemin parcouru pour ces deux-là…
Autour du stûpa, les scènes se poursuivent. Chacun vient tour à tour attiser le feu sacré.
D’autres viennent à la rencontre des prêtres chargées d’offrandes et de colliers de fleurs. ça me rappelle un peu notre arrivée à l’aéroport de Katmandou et le beau collier de fleurs qu’on m’a passé au cou…
Allez zou, avant de redescendre la colline sacrée, je m’écarte un peu du stûpa central pour jeter un coup d’oeil sur le panorama. Katmandou s’étend jusqu’à perte de vue, mais difficile de bien voir avec toute cette brume polluée qui recouvre ses rues et ses monuments.