Zumbahua, la grande fête annuelle du maïs
Samedi 23 juin. En plein cœur de Zumbahua, nous voici bloqués par une grande fête organisée dans le village et autour de la plaza mayor. Il s’agit pour les Indiens de célébrer le maïs, une fête sans doute inspirée d’une antique célébration qui devait être fêtée bien avant l’arrivée des conquistadores espagnols.
Pour l’occasion, les Indiens des environs ont revêtu leurs plus beaux habits traditionnels. Les caballeros ont soigné leur monture. Les chevaux sont tirés à quatre épingles, bichonnés et brossés, tandis que leurs cavaliers sont coiffés de chapeaux traditionnels.
Les toutes jeunes indiennes ont elles aussi revêtu leurs plus beaux habits. Coiffées de chapeau en feutre, elles ont le regard noir, perçant et vif malgré leur jeune âge.
L’une d’elles arbore une écharpe de jeune miss. Difficile à croire que la communauté ait cédé à ce genre de caprice.
Plus en amont, le défilé et la parade ont commencé. Les jeunes de la communauté ont eux aussi revêtu leurs costumes traditionnels. À croire qu’à chaque âge de la vie correspond une tenue et code couleur parfaitement identifiée.
Les jeunes filles dansent et chantent aux côtés des jeunes adolescents de la communauté.
Les tenues alternent les couleurs vives, le bleu, le vert, le rose, le tout sur des chandails blancs et brodés de fleurs.
Près des jeunes filles, les adolescents de la communauté emboîtent le pas des filles en affichant un très large sourire.
Les ponchos sont éclatants de rouge à liseré blanc. Les pantalons sont noirs à revers de couleur.
Légèrement en retrait, les musiciens du village donnent le ton à la fiesta. Les costumes traditionnels ont disparu.
Tandis que dans les rues du village, la fête bat son plein, un peu à l’écart de la rue principale, les caballeros attendent sagement leur tour. J’en profite pour réaliser quelques clichés dont celui-ci qui me tient particulièrement à cœur. Le dos de l’enfant semble littéralement épouser la courbe la montagne qui se dresse derrière lui. Sans compter les poils de sa selle qui se confondent avec le pelage de son cheval. La photo de mon voyage en Équateur.
Derrière lui, le chef des caballeros demeure impassible, le regard noir, perçant, qui en dit long sur les épreuves qu’il a dû traverser. Pas un mot ne sort de sa bouche, mais tous les autres semblent le respecter, scrutant chacun de ses signes. Son cheval est d’une beauté incroyable.
Autour de lui, tous les autres attendent nerveusement. J’imagine la fierté qui doit envahir le jeune qui les accompagne en ce moment. Défiler, porter haut l’honneur de son clan, le jeune cavalier doit passer par toutes les émotions. Il faut aussi remarquer qu’il est le seul de sa troupe à ne pas porter les mêmes couleurs blanches et vertes sur son poncho.
Un peu plus tard, et plus bas dans le village, à deux pas du marché central, la parade pénètre dans le cœur du village précédé par un homme brandissant haut les couleurs de son clan.
Derrière lui, des danseuses portant des costumes traditionnels, chandail rouge, bleu et vert pour chacune, mais jupe noire brodée de fleurs et de guirlandes.
Dans les mains de chacune, un bouquet de roses rouges et autour de leur cou, un sac porté en bandoulière.
Au son de la musique qui les accompagne, chacune s’ingénie à faire voler leur chandail autour de leur taille. Une danse traditionnelle qui soulève autour d’elle un tonnerre d’applaudissements de la part de la foule amassée tout le long de la route.
Derrière encore, les hommes du village, tout de blanc vêtu, mais harnachés d’un poitrail doré au centre duquel rayonne un soleil, défilent eux aussi au son de la musique. Sur leur tête, ils sont coiffés d’un masque du soleil orné de disques dorés au-dessus duquel de larges plumes ont été accrochées.
Enfin, à l’arrière du cortège, avant les cavaliers, les chefs des villages environnants défilent tous ensemble en frappant dans leurs mains et en invitant la foule à faire de même.
Au milieu du village de Zumbahua, la fête continue. Ce sont maintenant les chefs de village du canton qui défilent au milieu de la foule. Le patriarche porte haut le symbole du soleil qui reste le thème principal de cette fiesta.
Le soleil a toujours été vénéré par les Indiens d’Amérique du Sud. Plus encore sous la domination inca.
Malgré des siècles d’humiliation exercés par les classes dirigeantes du pays originaires des familles espagnoles, la culture quechua demeure intense dans les villages andins. Les cultes anciens n’ont pas été oubliés même s’ils se mélangent aujourd’hui au catholicisme dans un étrange syncrétisme.
Les femmes, à l’instar des hommes, portent haut les couleurs de leur culture et les affichent fièrement quand elles dansent et participent aux manifestations traditionnelles qui rythment encore les campagnes équatoriennes.
Les danses traditionnelles reprennent partout de la vigueur et s’affichent désormais fièrement. Les « Quichuas » d’Équateur sont sûrement parmi les natifs d’Amérique du Sud qui sont restés les plus fidèles à leur culture.
Si à la ville, la plupart d’entre eux finissent par noyer leur culture dans la misère, dans l’alcool et les dettes contractées pour survivre, à la campagne, c’est une toute nouvelle énergie, dopée par le tourisme, qui ressurgit des contrées andines.
Les hommes ne sont pas en reste. Eux aussi affichent clairement les couleurs bariolées de leurs costumes traditionnels. Poncho bleu clair à liseré arc-en-ciel et coiffe ronde les distinguent.
À leur côté, les femmes du village leur emboîtent le pas, faisant faire des rondes à leur jupe aux couleurs du drapeau équatorien. Leur coiffe ronde répond à celle que portent les hommes.
Jamais je n’oublierai ce moment qui va bien au-delà de la simple visite touristique. Une chance que je sois passé à ce moment-là, quand tous les villages du canton célébraient le solstice d’été. Un moment unique.