Isla de la Plata, comme un petit air de Galápagos
Samedi 30 juin. Après une petite trentaine de minutes de navigation, nous voici arrivés au large de la Isla de la Plata qui semble tout droit surgir d’un roman d’aventures du XIXe siècle, caillou sorti de l’eau au milieu de nulle part.
Au large de l’île, nous apercevons nos premiers oiseaux en vol. S’agit-il du fameux fou à pattes bleues qui a fait de la Isla de la Plata son sanctuaire naturel ? Impossible de la dire, car impossible de distinguer ses pattes au-dessus de la surface de l’eau.
Au loin, par contre, il semble bien que ce soit ces fameux fous à pattes bleues qui colonisent les rochers affleurant à la surface de l’eau.
Les récifs sont un endroit idéal pour les colonies d’oiseaux. À proximité de l’océan, il permet aux oiseaux de ne pas faire des kilomètres pour se reposer un peu après une bonne pêche.
Nous débarquons enfin de l’île. Petit briefing avant d’avancer dans l’unique sentier balisé de l’île. Interdiction formelle de toucher les oiseaux ou de s’éloigner des sentiers aménagés pour les visiteurs. Ok, ça me paraît une évidence. Ici, nous sommes sur le territoire des oiseaux.
Après cinq petites minutes de marche, nous apercevons nos premiers fous à pattes bleues. Deux jeunes oiseaux ont fait du toit en chaume d’un abri ornithologique leur tour de guet.
Plus on grimpe le sentier qui amène au sommet de l’île, plus la vue se dégage et permet de distinguer nettement tous les rivages de la Isla de la Plata. Une vingtaine de mètres plus loin, nous croisons la route d’un couple de fous à pattes bleues.
Quelle chance de pouvoir contempler ces oiseaux de si près. Je le répète, mais nous sommes sur leur territoire et ils ne craignent en rien de la présence de l’homme. Du coup, les visiteurs de la Isla de la Plata ne représentent aucune menace pour ces fous qui se laissent approcher en toute confiance.
Nous voici donc au cœur de la Isla de la Plata. Et ici, la star de l’île, c’est bien le fou à pattes bleues, un oiseau pêcheur qui vit plutôt dangereusement puisque se nourrissant exclusivement de sardines, il est obligé de pêcher près des rochers sur lesquels il s’écorche régulièrement… et parfois trouve la mort.
Pour ce que l’on peut observer sur place, cet étrange volatile vit en couple, toujours au plus près l’un de l’autre. La particularité de cet oiseau est qu’il est très docile. Nul besoin d’un téléobjectif pour les prendre en photo. On peut s’approcher d’eux à moins d’un mètre sans qu’ils ne bronchent d’un centimètre !
En poursuivant le chantier, on grimpe tranquillement vers le sommet de l’île, qui contrairement aux Galápagos n’est pas volcanique, et permet d’avoir un point de vue panoramique à 360° sur l’ensemble du site.
Retour sur le sentier où on croise la route d’une femelle gardant jalousement ses deux œufs.
Elle en pond deux ou trois à chaque portée. Ils sont couvés par les deux parents. N’ayant pas de plaque incubatrice, les fous se servent de leurs pattes pour couver les œufs.
Les yeux jaunes sont placés de chaque côté du bec et orientés vers l’avant. Ils ont une excellente vision binoculaire.
Le Fou à pattes bleues mesure en moyenne 81 cm de longueur et pèse 1,5 kg. Les femelles sont légèrement plus grandes que les mâles. Cet oiseau possède de longues ailes et une queue de forme triangulaire. Son cou est épais et fort.
Le mâle possède un iris davantage jaune que celui de la femelle. Le Fou à pieds bleus a les narines fermées de manière permanente, spécialisées pour la plongée. Il respire par les coins du bec.
Mais le plus impressionnant, je le gardais pour la fin, ce sont bien ses pieds étrangement colorés d’un bleu turquoise.
Cet oiseau se trouve sur les îles Galápagos (50 % de la population), dans le golfe de Californie, au large de la côte ouest du Mexique et sur les îles le long de la côte de l’Équateur (la Isla de la Plata bien sûr) et du nord du Pérou.
Petite parenthèse reptilienne avec ce superbe lézard croisé en cours de route.
Autre grande star de la Isla de la Plata : la frégate à gorge rouge. Les frégates ont les ailes longues (leur envergure peut atteindre 2,3 mètres chez les mâles), la queue pointue et fourchue, le bec long et crochu. La femelle a généralement le cou blanc.
Mais le vrai spectacle est celui des mâles qui sont les seuls à posséder cette magnifique gorge rouge, plus précisément un sac gulaire sous la gorge, qu’il gonfle pendant la période des amours pour attirer les femelles.
Ces oiseaux ne nagent pas, marchent plutôt mal, et ne peuvent décoller d’une surface plane. Ils possèdent un des plus grands rapports envergure des ailes/poids du corps, et peuvent de ce fait voler très longtemps sans être fatigués. Ils sont capables de voler plusieurs mois sans se poser.
La femelle pond 1 à 2 œufs, et les deux parents se relaient au nourrissage durant les trois premiers mois. Seule la mère élève le ou les petits les 8 mois suivants. Cela prend tellement de temps pour élever un petit que les frégates n’en élèvent pas tous les ans. Les petits se nourrissent directement dans le bec de leurs parents.
L’alimentation des frégates est essentiellement pélagique. Comme ces oiseaux ne peuvent pas atterrir sur l’eau, ils enlèvent leurs proies au vol lorsque celles-ci s’approchent trop de la surface de l’océan. Cette nourriture se compose essentiellement de poissons et de calmars, ainsi que de jeunes tortues de mer essayant de gagner la mer.
La frégate capture également des poussins d’oiseaux de mer, au nid. Mais il est très fréquent de les voir attaquer d’autres oiseaux de mer et les harceler jusqu’à ce qu’ils soient obligés de régurgiter la nourriture qu’ils ont absorbée. Les frégates se l’approprient ensuite. Toutefois ils capturent la plus grande part de leur nourriture eux-mêmes.
Contrairement au mâle, la femelle a la tête et le cou noirs, la poitrine blanche, et une barre alaire brun clair nette sur les couvertures supérieures. Le cercle orbital est bleu violet, et la membrane de la gorge est grise à pourpre. Les pattes sont rougeâtres.
Son plumage n’est pas imperméable, et cela l’empêche de plonger sous la surface. Elle dérobe aussi les proies capturées par d’autres oiseaux marins, en les harcelant en vol jusqu’à leur faire lâcher prise, ou carrément régurgiter le fruit de leur pêche. Elle est capable de rapides et extraordinaires manœuvres pour se nourrir.
Pendant la parade, le mâle gonfle exagérément sa poche rouge membraneuse, semblable à un ballon (cette poche peut rester gonflée plus de 20 minutes) et parade avec la tête rejetée vers l’arrière et les ailes étendues.
Autre phase de la parade : le mâle reste tranquillement posé sur un buisson bas, regardant la femelle qui vole au-dessus de sa tête. Il agite la tête d’un côté à l’autre, bat des ailes et chante. Si la parade est positive, la femelle vient se poser près de lui.
La frégate a une silhouette parfaitement adaptée aux vols dynamiques, avec seulement d’occasionnels et profonds battements d’ailes, changeant de position à l’aide de sa longue queue fourchue.
Sur le chemin du retour. Avant de quitter la Isla de la Plata, impossible de ne pas s’attarder sur cette belle scène de mère prenant soin de son petit. Nourrir les petits fous à pattes bleues est un travail de longue haleine. Et dangereux bien sûr. Et la vie de l’oisillon dépend entièrement de la dextérité de ses parents qui prennent tous les risques pour arracher à la mer les sardines nécessaires à l’alimentation du petit.
Sur le chemin du retour, arrivé de nouveau au point culminant de l’île, je ne me lasse pas du spectacle de cette île étrange qui abrite curieusement la même végétation que celles des Galápagos situées pourtant à plus de mille kilomètres à l’ouest.
Sur le chemin, notre guide nous fait également découvrir de nombreuses plantes possédant des vertus médicinales comme le Palo Santo qui, une fois sec, brûle comme un encens naturel et repousse les moustiques.
Ou bien le « sangre de dragon » dont la sève rouge, une fois appliquée sur la peau, se transforme en une sorte de pommade calmant les démangeaisons causées par une fois encore par les moustiques.
Sur le chemin du retour encore, je peux aussi découvrir un petit déjà bien débrouillard pour son âge qui n’a qu’une seule hâte… Apprendre à voler.
Puis nous voici de nouveau sur la plage. Des milliers de crabes des sables fréquentent les bancs de sable à la recherche de nourriture. Ils décampent à une vitesse folle dès qu’ils se sentent menacés et plongent délibérément dans la mer.
En attendant que le canot nous récupère et nous ramène vers l’embarcation principale, je m’éloigne un peu du groupe pour me diriger vers les récifs voisins colonisés par pélicans et autres fous à pattes bleues.
Quant aux otaries, tortues et autres albatros, nous n’en verrons pas. Dommage. Ils fréquentent habituellement les récifs de la Isla de la Plata. Mais ça ne doit pas être la bonne heure. Tant pis pour moi.
Du coup, je me contente de paysages, des côtes déchiquetées de l’île minées par l’érosion.
L’anse de la Isla de la Plata, bordée de hautes falaises de granit, est tout simplement magnifique. J’aurais bien aimé pouvoir rester là plus longtemps, mais ma fille me fait signe que nous réembarquons bientôt.
Léa cherche désespérément à attraper des crabes. Une chasse qui n’a tout simplement aucune chance d’aboutir.
Nous nous éloignons du rivage. Adieu la Isla de la Plata. Nous partons maintenant à la chasse à la baleine.