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Everest Base Camp, la montée finale vers l’Everest (5.450 mètres)

Comment se passe la montée finale vers le camp de base de l’Everest ?

Un parcours court mais exigeant sur le glacier

La montée finale vers le camp de base de l’Everest depuis Gorak Shep est une étape paradoxale : courte en distance mais extrêmement éprouvante en raison de l’altitude. Le parcours aller-retour totalise environ 5,7 kilomètres, avec un dénivelé modeste de 224 mètres, mais chaque pas devient une lutte contre l’air raréfié au-dessus de 5.000 mètres. Le sentier quitte Gorak Shep par un large chemin, longe d’abord le glacier avant de s’engager sur un terrain morainique instable fait de gros rochers et de poussière glaciaire, rendant la progression lente et exigeante.

La traversée de la moraine et le spectacle du Khumbu Icefall

Le chemin serpente sur la moraine latérale du glacier du Khumbu, offrant des vues spectaculaires sur la célèbre cascade de glace du Khumbu, cette impressionnante rivière de glace en mouvement constant qui craque et grince de manière inquiétante. La traversée de ce terrain lunaire, balisé par des cairns, demande une attention de tous les instants car le sentier est glissant et parfois instable, avec des passages étroits surplombant le glacier. Malgré la difficulté, le spectacle des séracs géants et des crevasses profondes justifie chaque effort.

L’arrivée au camp de base et l’émotion du moment

Après environ deux à trois heures de marche depuis Gorak Shep, un rocher caractéristique peint de drapeaux de prières marque l’arrivée au camp de base de l’Everest, perché à 5.364 mètres d’altitude. L’émotion est intense lorsque l’on réalise que l’on foule le même sol que les plus grands alpinistes de l’histoire. En haute saison, on peut apercevoir les tentes colorées des expéditions posées directement sur le glacier, tandis que les sommets du Pumori, du Nuptse et de l’imposant Khumbu Icefall dominent l’horizon.

Conseils essentiels pour cette étape cruciale

Il est impératif de ne pas sous-estimer les symptômes du mal d’altitude à cette altitude extrême, et d’être à l’écoute de son corps. La règle d’or est d’avancer lentement, à son propre rythme, en s’hydratant constamment. Les conditions météorologiques peuvent changer rapidement, avec des vents glacials et des températures ressenties très basses, même en pleine journée. Il faut absolument éviter de s’aventurer sur le glacier lui-même, extrêmement dangereux avec ses crevasses, et se contenter du sentier balisé jusqu’au rocher commémoratif qui marque l’arrivée officielle du camp de base.

Comment faire le trek de l’Everest Base Camp ?

Accès et point de départ du trek

Le trek de l’Everest Base Camp débute par un vol intérieur depuis Katmandou jusqu’à l’aéroport de Lukla, considéré comme l’un des plus spectaculaires au monde en raison de sa piste courte en forte pente. Ce vol de trente-cinq minutes coûte entre 180 et 220 dollars l’aller simple, mais attention, pendant la haute saison, les départs se font souvent depuis Ramechhap, accessible par un trajet routier de cinq à six heures commençant aux alentours de minuit. Une fois à Lukla, le cheminement s’effectue à pied à travers la vallée du Khumbu, avec des journées de marche de quatre à six heures en moyenne, ponctuées de jours de repos indispensables pour l’acclimatation.

Budget global et coûts détaillés

Le coût total du trek varie considérablement selon que vous voyagez de manière indépendante ou par l’intermédiaire d’une agence. Pour un trek en autonomie, prévoyez entre 1.200 et 1.600 dollars, tandis qu’une formule accompagnée par une agence s’élève généralement entre 1.500 et 2.500 dollars par personne. Ce budget inclut les permis, l’hébergement en tea house, la nourriture et les transports locaux, mais exclut les vols internationaux et l’équipement personnel. En journée, comptez environ 40 à 45 dollars pour les repas et les boissons, avec des prix qui augmentent progressivement avec l’altitude.

Permis obligatoires et formalités administratives

Pour effectuer ce trek, vous devez obligatoirement être muni de trois documents officiels. Le TIMs card (Trekkers’ Information Management System) coûte environ 20 dollars, le permis d’entrée du parc national de Sagarmatha est fixé à 30 dollars, et la taxe locale du Khumbu s’élève à 15 dollars, soit un total d’environ 65 dollars par personne. Ces permis s’obtiennent principalement à Katmandou auprès du Nepal Tourism Board ou via une agence agréée, à l’exception de la taxe locale qui peut être réglée directement sur le chemin à Monjo. Un visa touristique de trente jours est également requis à l’arrivée pour environ 40 dollars.

Hébergement et organisation quotidienne

Tout au long du parcours, les tea houses, ces petits lodges familiaux, constituent l’hébergement typique. Le prix d’une nuit varie de 5 à 10 dollars dans les villages de basse altitude comme Phakding et Namche Bazaar, et atteint 10 à 15 dollars dans les étapes plus élevées comme Dingboche, Lobuche ou Gorak Shep. Il est important de prévoir un budget supplémentaire pour les services comme les douches chaudes (3 à 8 dollars), la recharge des appareils électroniques (2 à 5 dollars par heure) et l’accès à internet (environ 5 dollars par jour). Pour l’équipement, la location sur place à Katmandou est possible, avec des tarifs d’environ 2 dollars par jour pour un sac de couchage ou une doudoune.

Everest Base Camp, la montée finale vers l'Everest (5.450 mètres)

Samedi 18 novembre. C’est fou comme une photo peut être trompeuse. Everest Base Camp, samedi 18 novembre 2017 vers 13 h 30, l’aboutissement final d’une semaine de trek dans la chaîne de montagne la plus haute du monde. Le sourire aux lèvres, l’air frais et dispo, limite beau gosse, plein d’entrain et de vie… Tout est faux ! Je suis littéralement épuisé au moment de faire cette photo. Incapable de tout autre effort que d’entamer la descente qui me ramènera vers Gorak Shep. Mais bon, un dernier petit effort pour sourire sur la photo, pour dévisser ma casquette des Nets et pour lever les pouces en l’air en signe de victoire… « Je l’ai fait ! J’ai réussi ! J’ai grimpé jusqu’au sommet de l’Everest Base Camp ! » L’accomplissement d’un rêve de gosse entamé quand j’avais sept ans que je lisais mon livre préféré : Les Conquérants de la terre dont un épisode entier était consacré à l’exploit de Sir Edmund Hillary. Je suis en plein rêve !

Je rembobine le fil de la montée. Retour vers midi quand on commence l’ascension. Un chemin sablonneux mène jusqu’au glacier Khumbu. Le chemin n’est pas vraiment difficile, jonché par les débris de roches rejetés par le monstre de glace, mais rien de véritablement compliqué.

Un peu plus haut, l’ascension se complique. Il faut monter et descendre de gros blocs de roches, parfois s’appuyer aux rochers pour s’aider. En plein hiver, il faut sans doute traverser une mer de glace pour parvenir jusqu’au camp de base. Mais dieu merci, nous sommes encore en automne et les premières grosses neiges ne sont pas encore tombées.

Je m’accroche autant que je peux. Je serre les dents. Pendant l’ascension, je croiserais au moins trois personnes victimes du mal aigu des montagnes. Une Asiatique en larmes rebrousse chemin, accrochée tant bien que mal au bras de son guide sherpa. L’émotion est grande. Je m’accroche. Je suis littéralement épuisé, je lutte à chaque pas pour continuer d’avancer. Il ne faut pas se voiler la face, je ne serai jamais un grand alpiniste. Ni même un grand athlète. J’avance seulement à la force de ma volonté. Sans elle, impossible de continuer.

Près de moi, Sashee m’accompagne à chaque pas. Son œil s’attarde un moment sur moi. Je sais bien qu’il me jauge, qu’il tente de percer mon degré d’épuisement, qu’il guette dans mon attitude les premiers signes du mal aigu des montagnes. Je suis épuisé, c’est vrai, mais pas de maux de tête, pas de symptômes du MAM. Alors je continue. Je fais mine de plaisanter avec lui, je donne le change. À vrai dire, je ne pense pas qu’il me croit. Mais bon, tant que la volonté est là pour m’accompagner, je continue ma route. Pas question d’échouer si près du but. Je n’ai pas enduré autant de souffrances pour abandonner maintenant, à moins d’un kilomètre du but. Tant pis pour le MAM et l’épuisement, j’irai jusqu’au bout de mes forces. Au bout de mon envie. Je marche.

Le chemin escarpé est épuisant. Chaque pas vers l’avant est une épreuve. Chaque mètre de plus est une victoire. Je sais que je suis au bout. Vraiment. Ici, on ne peut pas tricher. Impossible. Seule la volonté d’avancer ou d’arrêter compte. Le reste n’est rien. Je pense à ma fille en France qui ne sait même pas où je suis, qui n’a aucune idée de tout ce que j’endure pour grimper tout là-haut. Je pense à maman. À papa. De là-haut, ils doivent être étonnés par tant de persévérance. Même moi, je n’avais aucune idée de toute cette volonté que j’avais encore en moi. C’est une lutte à mort, je continuerai. Je serre les dents.

Chouette, une petite descente. C’est fou comme une petite minute de pause dans la souffrance peut faire du bien. Je regarde au loin, et je vois trois trekkeurs qui reviennent vers Gorak Shep. Je les envierais presque. Mais avant, je dois continuer. Sashee m’encourage. Je me sens mieux. Je vois même un sourire esquissé au bout de ses lèvres. C’est sans doute qu’il doit me sentir mieux que tout à l’heure dans le milieu de la montée. J’entrevois la fin, ça doit être pour ça. L’espoir de réussir.

Enfin voilà nous y sommes. L’Everest. Et autour de lui tous les plus grands sommets du Népal. Le camp de base forme comme une immense cuvette au pied du glacier Khumbu qui donne accès à l’ascension du toit du monde. C’est beau à couper le souffle. Ici, nulle végétation. Un vaste désert minéral et glacé jusqu’à perte de vue. Les cimes enneigées. Les flancs. Les glaces. Existe-t-il seulement des mots pour décrire tant de beauté ?

J’avance encore un peu. Je dois être à moins de 500 mètres du camp. Je ne veux pas échouer là. Si près du but. Sashee observe mon état et opine du chef. Encore un tout petit effort. La marche dans les roches de la moraine est éprouvante comme jamais. Ici, on doit être à 50 % d’oxygène. Pas plus.

Alors enfin nous y sommes. Everest Base Camp : 5.450 mètres d’altitude. Je pose mon sac par terre et je m’effondre en pleurs. Impossible de m’arrêter de pleurer. « J’ai réussi. Je l’ai fait. »
L’Everest. J’ai réussi et pourtant je pleure comme une madeleine. L’émotion est tellement intense, les efforts ont été tellement importants, la souffrance tellement forte parfois, la volonté tellement grande, la lutte tellement acharnée que tout finit par ressortir d’un coup. Je pleure toutes les larmes de mon corps. 
« Merde, j’ai réussi. » Je tombe dans les bras de Sashee qui me réconforte comme il peut. Sans lui, sans sa patience et tous ses mots d’encouragement, jamais je n’aurai réussi à monter ici. Jamais je n’ai fait une chose pareille, et sans doute jamais je ne referai un tel exploit physique et mental. Je ne suis pas un athlète, je n’ai jamais été un grand sportif, je ne suis pas vraiment courageux… Mais je l’ai fait. 
« It’s done, Sashee ! It’s done ! » « Yes, you dit it ! » Merde, je n’arrive pas à y croire. Mes larmes coulent toute seule de mes yeux. Jamais je ne pourrai oublier ce moment. Jamais. Impossible. Ma plus grande victoire sur moi-même.

Mais pas question de quitter le camp de base sans déployer la une de mon journal. Une promesse que je me suis faite, une promesse que j’ai faite à mon boss avant de partir : déployer la une de L’Éclaireur au pied de l’Everest. Maintenant que c’est fait, je m’aperçois combien j’étais présomptueux de croire que je pourrai un jour ouvrir les pages du journal au pied du toit du monde. Monter ici demande tellement d’effort quand on n’est pas une bête sportive. Tellement de volonté. Plus encore quand on approche la cinquantaine. Mais je l’ai fait. 
À bout de bras, et contre le vent qui souffle fort, je déploie la une de L’Éclaireur. Sashee prend la photo. Enfin, je le vois rigoler. Le moral revient. Je suis prêt pour la descente. Mais je ne veux pas quitter les lieux sans rester un moment seul devant tant de beauté. Je veux m’imprégner de ce lieu pour le garder à jamais en moi. Je veux être une pierre parmi toutes ces pierres. Un morceau de poussière et d’humanité devant ce paysage éternel. Je veux le faire mien et faire de moi une partie de lui. L’Everest. Aujourd’hui encore, après plusieurs mois, j’ai encore peine à le croire. Je suis monté jusqu’au pied du toit du monde. Merde alors !

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