Pourquoi visiter le quartier juif de Kazimierz ?
Un patrimoine juif multiséculaire préservé au cœur de l’Europe
Fondé en 1335 par le roi Casimir le Grand, Kazimierz fut pendant plus de cinq siècles l’épicentre de la vie juive à Cracovie, abritant à la veille de la Seconde Guerre mondiale la majorité des 65 000 Juifs de la ville, soit près d’un quart de sa population totale. Ce quartier, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1978, constitue un témoignage exceptionnel de la culture ashkénaze en Europe. En arpentant ses ruelles pavées, on découvre un ensemble unique de synagogues historiques, dont la Vieille Synagogue du XVe siècle, la plus ancienne de Pologne, ainsi que la synagogue Remuh avec son cimetière attenant, toujours en activité. Ces lieux offrent une plongée fascinante dans un monde où la tradition juive s’est épanouie pendant des siècles, faisant de Kazimierz un haut lieu de l’érudition religieuse et de la vie communautaire.
Une atmosphère où se mêlent mémoire et bohème
Aujourd’hui, Kazimierz est bien plus qu’un lieu de mémoire : c’est un quartier résolument vivant, où l’histoire rencontre la modernité dans une symbiose unique. Ses ruelles pavées abritent une profusion de galeries d’art, de boutiques d’antiquités et de fresques murales surprenantes. La place Nowy, véritable cœur battant du quartier, est célèbre pour ses échoppes de zapiekanki, ces célèbres baguettes gratinées de la street-food polonaise, tandis que la rue Szeroka, bordée de restaurants de cuisine juive traditionnelle, s’anime le soir aux sons de la musique klezmer. Chaque été, le Festival de la Culture Juive attire des dizaines de milliers de visiteurs venus célébrer l’héritage juif à travers des concerts, des expositions et des ateliers, perpétuant ainsi une tradition culturelle d’une richesse incomparable.
Un lieu de mémoire sur la tragédie de la Shoah
La visite de Kazimierz est également une expérience poignante de confrontation avec l’histoire tragique de la Shoah. En 1941, les nazis ont forcé les Juifs du quartier à quitter leurs foyers pour être entassés dans le ghetto de Podgórze, de l’autre côté de la Vistule, où plus de 20.000 personnes furent déportées vers les camps d’extermination. Aujourd’hui, seules quelques centaines de Juifs vivent encore à Cracovie, mais leur mémoire est omniprésente. Le Musée Galicia, situé dans le quartier, s’attache à commémorer les victimes de l’Holocauste tout en célébrant la richesse de la culture juive de l’ancienne Galicie polonaise. Déambuler dans Kazimierz, c’est ainsi honorer le souvenir de ceux qui ont disparu et réfléchir à la fragilité de la coexistence humaine.
Le décor du film “La Liste de Schindler”
Pour les cinéphiles, Kazimierz revêt une dimension supplémentaire : c’est ici que Steven Spielberg a choisi de tourner une grande partie de son chef-d’œuvre “La Liste de Schindler”, transformant le quartier en véritable plateau de cinéma à ciel ouvert. En se promenant dans les mêmes rues qui ont servi de décor au film, on peut littéralement marcher sur les traces d’Oskar Schindler, l’industriel allemand qui a sauvé plus d’un millier de Juifs de la mort. Les visites guidées du quartier permettent souvent de combiner la découverte des synagogues et des lieux emblématiques avec l’exploration des sites du film et de l’usine de Schindler, offrant une compréhension plus intime et concrète de cette période sombre de l’histoire.
Comment visiter le quartier juif de Kazimierz ?
Un accès simple et une localisation centrale
Le quartier juif de Kazimierz se trouve au sud-est de la vieille ville de Cracovie, à seulement 15-20 minutes à pied de la place du Marché . Le quartier est délimité par les rues Dietla, Stradom et la Vistule, avec des arrêts de tramway desservant Miodowa et Stradom pour un accès facile depuis n’importe quel point de la ville. Les rues pavées et l’architecture préservée invitent à la déambulation, que l’on choisisse de rejoindre le secteur à pied depuis le centre ou en transport en commun.
Des lieux de mémoire aux horaires variés
Les synagogues et musées de Kazimierz ont des plages d’ouverture spécifiques qu’il est utile de connaître. La Vieille Synagogue (Stara Synagoga), située au 24 rue Szeroka, est ouverte du mardi au dimanche de 10 à 17 heures et le lundi de 10 à 14 heures (dernière admission 30 minutes avant fermeture). La synagogue Remuh (Remuh) et son cimetière, qui abrite des tombes datant du XVIe siècle, sont accessibles en été de 10h00 à 18h00 et en hiver de 10h00 à 16h00. Le Musée juif de Galicie, qui retrace l’histoire juive de la région, est quant à lui ouvert tous les jours de 10 à 18 heures. Il est recommandé de consulter les horaires à jour sur les sites officiels, car certains lieux peuvent fermer lors de fêtes juives ou d’événements spéciaux.
Des tarifs très abordables
Les prix d’entrée dans les sites juifs de Kazimierz sont particulièrement accessibles. L’entrée à la synagogue Remuh et à son cimetière est fixée à 10 zlotys pour les adultes et 5 zlotys pour les étudiants et seniors. Pour le Musée juif de Galicie, le tarif adulte est de 16 zlotys. La Vieille Synagogue propose également des tarifs très modiques, et il existe des billets combinés permettant de visiter plusieurs lieux. Les concerts de musique klezmer, organisés régulièrement à la synagogue Isaac, coûtent environ 60 zlotys et ont lieu le lundi, jeudi et dimanche à 18 heures. Les visites guidées payantes du quartier commencent à partir de 23 euros par personne, avec des options privées ou en petit groupe pour une expérience plus personnalisée.
Des options de transport pratiques et économiques
Pour rejoindre Kazimierz, plusieurs solutions s’offrent aux visiteurs. Depuis la gare centrale de Cracovie, le tramway est le moyen le plus rapide, avec des lignes fréquentes desservant le quartier en quelques minutes. Un ticket unitaire coûte environ 4 zlotys (environ 1 euro), valable pour un trajet simple ou pour une durée déterminée selon le réseau de transports en commun de Cracovie. Depuis l’aéroport, le train est l’option la plus confortable, avec des départs réguliers vers la gare centrale . Pour une expérience plus immersive, de nombreuses entreprises proposent des visites guidées en voiture électrique ou en tuk-tuk, permettant de couvrir plus de terrain sans fatigue. Le quartier se prête aussi parfaitement à une exploration à pied, ses ruelles étroites et ses cours intérieures réservant bien des surprises aux flâneurs curieux.
Cracovie, la visite du quartier juif de Kazimierz
Vendredi 10 mars. Changement total de décor. Pour me rendre dans l’ancien quartier juif de Kazimierz, il me faut me diriger vers l’extrémité sud-est de la vieille ville et traverser la large avenue Josefa Dietla. L’ancien quartier juif de la ville, avant l’invasion des Nazis, se trouve ici. Pour bien m’imprégner de cette partie de la vieille ville, rendue célèbre par le film de Spielberg, La Liste de Schindler, il me faut tout d’abord remonter la rue Josefa. Tout le quartier s’articule autour d’elle.
À gauche dans la rue Josefa, un petit détour s’impose pour découvrir la minuscule ruelle où Spielberg tourna l’une des scènes les plus tragiques de son film : la liquidation du ghetto juif.
Mleczarnia. Une minuscule place où les caméras de Spielberg pointaient vers les étages. On se souvient tous des Nazis balançant par les fenêtres les valises et les affaires des habitants du ghetto.
Pour la petite histoire, les Juifs de la ville de Cracovie s’installèrent ici, dans le quartier de Kazimierz, après les multiples pogroms de 1494. La population grossit par la suite de Juifs venus d’autres pays voisins, fuyant ainsi les persécutions. Avec le temps, le quartier se transforma en véritable quartier de Cracovie et fut longtemps partagé entre sa partie catholique et sa partie juive.
Longtemps abandonné après la guerre, le quartier, sous l’effet du film de Spielberg, a repris peu à peu vie et est devenu un des endroits à la mode de Cracovie… Du coup, les promoteurs se sont lancés à leur tour dans l’aventure, faisant fi de la culture et de l’histoire du quartier.
Un peu plus loin, une vieille boutique bouchère s’est transformée en lieu de restauration rapide très prisé par les jeunes étudiants de la ville.
Au bout de la rue Josefa, en laissant la vieille synagogue sur ma droite, je pénètre dans la rue de l’ancien ghetto la plus authentique de tout le quartier de Kazimierz : la rue Szeroka, avec dans son renfoncement la synagogue Popper. Bon autant le dire tout de suite, j’ai adoré ce quartier. Tout y est vieillot, mais tellement authentique !
À deux pas du cimetière juif trône une statue d’un homme assis sur un banc.
Autour de la place, les façades des restaurants affichent leurs origines juives, les chandeliers apparaissent.
Plus loin, dans de minuscules ruelles, ce sont d’anciennes enseignes qui semblent n’avoir jamais été changées. Les restaurants se succèdent… Les terrasses de café… J’adore.
Dans le coin de la place se niche la synagogue Popper. Celle-ci fut fondée en 1620 par un riche commerçant et banquier… Saccagée pendant la guerre, elle fut transformée par la suite en centre culturel qu’on peut visiter. Jolie collection de chandeliers et de peintures.
Impossible de quitter l’ancien quartier juif sans une visite à la synagogue Remu’h (photos interdites…) et au petit cimetière attenant. Pour la petite histoire, cette synagogue fut fondée entre 1556 et 1558 et a retrouvé son caractère religieux après la libération de 1945. Elle reste aujourd’hui un important lieu de prière pour tous les Juifs de Cracovie.
Le cimetière Remu’h constitue encore le plus ancien cimetière juif de Cracovie et l’un des plus vieux de toute l’Europe. Ici, pourtant, rien à voir avec l’extraordinaire cimetière de Prague et ses tombes tournées en tous sens… Là, les tombes sont impeccablement alignées, d’une rectitude presque mathématique… Du coup, le charme opère beaucoup moins.
Situé derrière la synagogue, il fut créé en 1551 et demeura longtemps la nécropole principale de Kazimierz. Les membres les plus éminents de la communauté juive y furent inhumés jusqu’à sa fermeture par les Autrichiens, en 1800.
Négligé par la suite, il fut notamment vandalisé par les Nazis et ne cessa de se dégrader jusque dans les années 60 où une campagne de fouille débuta, révélant l’existence de plusieurs couches de tombes… Pas glop, pas glop.
Plus de 700 tombes, et certaines d’une grande valeur artistique, y furent ainsi découvertes. Et il en reste encore à découvrir puisqu’une partie du cimetière n’a pas encore été fouillée… Et s’élève jusqu’à cinq mètres par rapport au reste du cimetière.
Pour la petite histoire, certaines des tombes du cimetière sont des doublons, les familles ayant pensé après le départ des Nazis à faire réaliser une seconde tombe pour leurs défunts alors que la tombe originelle subsistait encore.
Contiguë au mur ouest de la synagogue, la tombe du rabin Remu’h fut pourtant épargnée par les Nazis, un fait miraculeux pour de nombreux Juifs orthodoxes qui depuis ne cessent d’affluer sur sa tombe.
Aujourd’hui, l’ancien cimetière de la synagogue est surtout visité par les touristes pour lesquels souvent cela constitue une première visite… Peut-être avant celui de Prague.