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Saint-Louis, au milieu des pirogues du port

Saint-Louis, au milieu des pirogues du port

Lundi 24 septembre. Pour accéder au quartier des pêcheurs situé sur la Langue de Barbarie, il faut passer un pont, pas le fameux pont Faidherbe qui fait la fierté de la ville, mais un pont en béton qui surplombe les premières pirogues amarrées ici au milieu des ordures qui stagnent le long des quais.

Les ordures proviennent du petit marché installé sous une myriade de tentes blanches, planté sur la rive de l’île Saint-Louis.

La vue de ces tonnes d’ordures amoncelées sur les rives est tout ce qu’il y a de plus désespérant. Ici, nul ne s’inquiète des conséquences environnementales de tel détritus. C’est aussi ça, l’Afrique. Mais il ne faut pas se leurrer… Avec sa société de consommation débridée, le monde occidental pollue dix fois plus que le continent africain.

Au milieu du pont, je ne peux résister à l’envie de faire une photo du fleuve Sénégal qui vient couper Saint-Louis en deux.

Me voici sur l’autre rive, côté langue de Barbarie. Les vieilles maisons du quartier des pêcheurs affichent leur façade décrépie. Les balcons aux fenêtres tiennent on ne sait comment. Du linge sèche aux balustres.

Un peu plus haut, une petite placette permet d’accueillir quelques bus qui desservent le centre-ville de Saint-Louis. Des calèches attelées attendent quelques touristes curieux. Ils ne sont pas légion à s’aventurer jusqu’ici.

Le long de l’avenue Doods, des enfants courent sur le trottoir en chantant et dansant et en s’accrochant à des tissus noués entre eux. Coup de chance inouïe pour réaliser une telle photo.

Cette petite troupe nous emmène tranquillement jusqu’au cœur du quartier des pêcheurs où vivent plus de 20.000 personnes entassées dans moins de 0,3 km², ce qui en fait une densité de population proche de celle de Calcutta !

Malgré les propositions de la mairie, les familles refusent catégoriquement de quitter les lieux et d’être relogées. On peut le comprendre quand on voit les milliers de bateaux amarrés sur le bras d’eau du fleuve Sénégal qui sépare la langue de Barbarie de l’île Saint-Louis.

Je demande à mon guide de me laisser sur la petite place pour m’enfoncer un peu plus loin, à pied, au milieu des poissons qui finissent de sécher sur des claies.

Des containers entiers de poissons séchés s’allongent le long des quais.

Sur les claies, le poisson finit de sécher avant d’être écaillé, nettoyé puis vendu sur tous les marchés du pays.

Au milieu des étals, l’odeur est pestilentielle et il faut avoir l’estomac bien accroché pour poursuivre la visite. Je m’accroche. Mon guide me suit pour assurer ma sécurité. Il est vrai que les touristes ne traînent pas de ce côté-ci du port. Mais je veux voir ce travail de mes yeux.

Je traverse la foultitude d’étals encombrés de poissons séchés. Je fais bien attention avant de prendre des photos. Niveau sécurité, ce n’est vraiment pas la panacée. Du coup, je redouble de vigilance avant de prendre une photo.

Mon guide dans mon sillage, je m’enfonce de plus en plus dans les rues du port jusqu’à longer la plage. C’est ici que viennent accoster les bateaux revenant de la pêche en mer. Mais ce n’est pas encore la pleine saison de pêche et la plupart des bateaux sont restés à quais aujourd’hui.

Dommage, le matin et le soir, avant la tombée de la nuit, ce sont des centaines de pirogues qui viennent manœuvrer entre les rouleaux de l’océan Atlantique. Certains reviennent de deux jours de mer, d’autres s’apprêtent à passer plusieurs jours en haute mer.

On quitte les rues pestilentielles du port pour revenir vers les quais qui longent le bras du fleuve Sénégal. Des centaines et des centaines de pirogues sont entassées sur le quai. Impressionnant.

Un grand nombre de ces bateaux n’ont pas pris la mer depuis des lustres et gisent là rongés par le sel, le vent et la pluie. Cimetière de pirogues.

D’autres au contraire attendent la reprise de la pêche pour retrouver les eaux du fleuve. Sur le quai, des pêcheurs s’occupent à réparer ce qu’ils peuvent.

Sur les quais, les filets s’entassent avant d’être embarqués de nouveau sur les pirogues. Des enfants jouent à proximité.

De l’autre côté du quai, des femmes s’emploient à réparer les filets et s’occupent comme elles peuvent en attendant que les hommes reprennent la mer.

Le long des quais, c’est l’effervescence. Aujourd’hui, de nombreuses familles se sont rassemblées autour de leurs champions. Faute de pêche sur la langue de Barbarie, les hommes ont organisé une course et chaque famille s’attelle à préparer les pirogues qui participeront à la course.

Les femmes occupées à réparer et à préparer les filets pour la nouvelle saison ont du mal à tenir les enfants qui s’éparpillent autour des quais pour aller observer les aînés qui préparent les pirogues.

Quant aux plus petits, ils se rassemblent autour des filets de pêche laissés dehors en tas devant les embarcations.

Maintenues par des cales de fortune, les pirogues sont prêtes à être mises à l’eau.

À deux pas de là, quelques enfants ont profité de l’effervescence du port pour grimper à bord des embarcations. L’un d’eux me sourit et me fait des signes en guide de bienvenue. Adorable.

Quant aux filles, elles imitent déjà leur mère en s’asseyant autour des filets de pêche. Dans quelques années, ce seront elles qui prendront le relais pour aider la famille.

Enfin, voilà les champions qui ont pris position sur l’une des pirogues qui participera à la course. Longiligne et profilée, l’embarcation n’a rien à voir avec les autres bateaux de pêche. Il s’agira d’aller vite sur l’eau.

Un peu plus loin encore, d’autres embarcations sont déjà prêtes pour l’épreuve. Dommage que je ne serai pas là pour assister à la course.

On quitte les quais et l’autre rive du fleuve. En chemin, on traverse de nouveau le pont qui nous ramène vers l’île Saint-Louis. Je fais signe à mon guide que je souhaite prendre quelques photos depuis le parapet du pont.

De là, j’ai une vue idéale sur les embarcations qui encombrent le fleuve.

Voici quelques photos prises depuis le pont qui traverse le bras du fleuve Sénégal. Sans commentaire.

De retour sur l’île Saint-Louis et ses vieilles bâtisses à moitié en ruines, ses balcons en fer forgé qui menacent de s’effondrer et ses façades aux tons chauds plus ou moins ravalées. Malgré son classement au patrimoine mondial de l’Humanité, la ville décrépit lentement.

Des architectes lillois (ville jumelée) ont recensé et tracé les plans de toutes les maisons de Saint-Louis. Un programme de sauvetage a été présenté et les travaux ont démarré en 2007… Mais franchement, rien n’a l’air de vraiment avancer. Quant à la pollution qui se déverse chaque jour dans le fleuve, elle ne semble pas prête à être endiguée…

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