Pourquoi visiter l’île de Fadiouth ?
Un sol vivant de coquillages et de légendes
L’île de Fadiouth, plus connue sous le nom d’Île aux Coquillages, propose une expérience sensorielle et historique hors du commun. Cela vient du fait que l’intégralité de son sol, de ses ruelles à la base de ses habitations, est constituée d’un amas de coquilles de mollusques. Cet amoncellement, formé sur plusieurs siècles, donne à l’île une couleur blanche immaculée qui contraste magnifiquement avec le bleu de l’océan. En vous promenant dans ses ruelles, l’aspect crissant sous vos pas et la lumière qui reflète sur les coquilles vous offrent une atmosphère unique, presque irréelle, que vous ne retrouverez nulle part ailleurs.
Un carrefour de paix et d’harmonie entre les religions
L’élément le plus émouvant de cette visite est sans doute le cimetière mixte. Accessible par un pont en bois, cet îlot abrite, dans un paysage de baobabs, les tombes de chrétiens et de musulmans où les coquillages font office de gravier. Ici, des croix blanches et des tombes orientées vers La Mecque cohabitent paisiblement. Le reste de l’île est à l’image de ce lieu de recueillement : les 10 000 habitants de Fadiouth sont à 90% chrétiens, une particularité frappante au Sénégal. Les églises, les mosquées et les cases à palabres traditionnelles, toutes proches les unes des autres, sont des témoignages vivants de la harmonieuse cohabitation entre les communautés.
Un témoignage historique à ciel ouvert
Le souffle de l’histoire est partout sur l’île. Les coquillages ne sont pas qu’un simple ornement : ils sont une mémoire à ciel ouvert. Ils s’accumulent depuis l’Antiquité, mais c’est véritablement au XIe siècle avec l’arrivée des populations Sérères que le site a pris son ampleur actuelle. En vous promenant, vous croiserez sans doute le baobab multicentenaire, âgé d’environ 800 ans, un témoin silencieux qui veille sur le village et ses habitants. L’histoire contemporaine s’y lit aussi, car l’île servit également de terrain d’entraînement aux commandos sénégalais.
Une immersion totale dans la vie locale et les traditions
Pour s’extraire du tumulte des grandes stations balnéaires, une balade en pirogue permet d’admirer les célèbres greniers à mil. Ces impressionnants coffres en bois sur pilotis, situés juste au bord de l’eau, étaient autrefois utilisés pour protéger les récoltes des incendies et des rongeurs, et plongent le visiteur au cœur des traditions agricoles de la région. La vie y est paisible, rythmée par les marées, et on peut encore observer des femmes ramassant les coques à marée basse ou des charrettes traversant le grand pont en bois. Pour préparer au mieux votre visite, sachez que celle-ci se fait idéalement par l’intermédiaire du syndicat d’initiative local, qui vous propose des guides professionnels compétents.
Comment visiter l’île de Fadiouth ?
Accès et transports : comment rejoindre ce lieu unique
Pour vous rendre sur l’île aux coquillages, le point de départ est la petite ville de Joal-Fadiouth, située à environ 120 kilomètres au sud de Dakar, au bout de la Petite Côte. Depuis la capitale, plusieurs solutions s’offrent à vous. Les minibus de brousse (sept‑places) partent du garage des « Pompiers » à Dakar et vous déposent à Joal pour environ 1 500 à 2 000 francs CFA par personne. Si vous préférez plus de confort, la location d’un véhicule avec chauffeur ou l’excursion organisée depuis les stations balnéaires de Saly ou Mbour est l’option la plus simple. Une fois à Joal, on traverse le pont en bois de rôniers, long de 725 mètres, qui relie la terre ferme à l’île de Fadiouth ; cette courte marche est gratuite et d’environ dix minutes, offrant déjà un joli spectacle sur la mangrove.
Horaires et tarifs : ce qu’il faut prévoir
L’île en elle‑même est en libre accès, accessible du lever au coucher du soleil, mais la plupart des visites se font le matin (départ vers 9 h) ou en début d’après‑midi. L’entrée sur l’île et la visite du cimetière mixte sont gratuites. Les guides locaux, très utiles pour comprendre l’histoire des lieux, se tiennent souvent au débarcadère et proposent leurs services pour une somme à négocier, généralement entre 5 000 et 8 000 francs CFA (environ 8 à 12 euros) pour une visite complète d’une heure trente à deux heures. Pour une excursion organisée au départ de Saly, les prix des agences locales s’affichent autour de 55 euros par personne pour un groupe de deux, et descendent à 30 euros par personne pour un groupe de cinq à neuf participants, transport et guide francophone compris. Une balade en pirogue pour découvrir les greniers à mil sur pilotis coûte environ 6 000 francs CFA supplémentaires.
Se déplacer et visiter : une immersion totale sur l’île
Une fois sur Fadiouth, on se déplace exclusivement à pied, car il n’y a ni voiture, ni vélo. Il faut compter environ une heure trente à deux heures pour flâner dans les ruelles blanc‑nacré, parcourir les ponts qui mènent au cimetière marin et observer la faune et les palmiers‑rôniers. L’itinéraire incontournable passe par l’église Saint‑François‑Xavier, dont la construction mêle bois et coquillages, puis par le cimetière interreligieux, accessible par un second pont, où chrétiens et musulmans reposent côte à côte. Si le temps le permet, une courte promenade en pirogue sur les bolongs permet de s’approcher des greniers à mil sur pilotis et d’admirer les oiseaux de la mangrove (héron, pélican, cormoran). La visite de la maison natale du poète‑président Léopold Sédar Senghor, située à Joal, peut compléter l’excursion.
Conseils pratiques : bien préparer sa visite
La saison sèche, de novembre à mai, est la meilleure période pour se rendre sur l’île aux coquillages : les températures sont clémentes, les pistes accessibles et la mangrove moins humide. Il n’y a pas de distributeur de billets sur l’île, donc munissez‑vous d’espèces en francs CFA pour payer le guide et les éventuels petits achats.
Fadiouth, l'incroyable île aux coquillages
Vendredi 28 septembre. Sur la route du retour, direction Warang et la Petite Côte, impossible de ne pas s’arrêter à Fadiouth, cette petite ville de 40.000 habitants, cité natale de Léopold Sédar-Senghor, qui se love dans un des replis de la côte sénégalaise, à environ 120 km au sud de Dakar.
Certes, la ville possède encore de jolies constructions coloniales, sans compter la maison natale du poète et ancien président de la République, mais elle attire surtout les touristes pour cette passerelle qui la relie à l’île de Fadiouth, île des plus pittoresques peuplée de 7.000 habitants, dont 90 % de catholiques.
L’île aux coquillages (je m’expliquerai plus tard) est reliée à Fadiouth par une passerelle de bois piéton longue de 500 mètres, réalisée en 2005 par une entreprise française avec le soutien de la Banque mondiale.
Depuis la passerelle, on peut alors apercevoir les nombreux porcs qui vivent ici en toute liberté et qui profitent de la marée basse pour aller déterrer quelques coquillages.
La marée basse est aussi le moment idéal pour observer les femmes du village qui ramassent les coques et les enfants qui jouent au football sur la grève.
Cette passerelle est un véritable petit chef-d’œuvre de technique et d’élégance qui contribue à l’attrait du site. Le passage du pont est tranquille et gratuit, même sans guide, car il n’est pas obligatoire d’en prendre un pour visiter l’île. Pour ma part, j’en prendrai un, ce qui permet d’éviter les abus et les petits arnaqueurs.
Et puis, prendre un guide permet de donner du travail à quelqu’un et moralise la profession. Qui plus est, ça permet de ne pas perdre du temps à discuter pour se débarrasser des enquiquineurs… Bref, que des avantages.
Au lieu de visiter le village bâti sur des centaines d’années d’occupation des lieux et de consommation de coquillages, puis de se promener dans les allées du cimetière marin, nous allons faire le contraire… Parce que justement, aujourd’hui est jour de deuil pour toute la communauté.
Un membre éminent du village a disparu et doit rejoindre le petit cimetière. Des hommes et des femmes, venus parfois de loin, “de France et des États-Unis” me dit mon guide, sont ici pour lui rendre un dernier hommage.
Visiter les allées du cimetière avant l’enterrement sera le seul moyen de me promener au milieu de ce site aussi pittoresque qu’étrange.
Un pont de bois mène au cimetière de coquillages, avec ses tombes en haut de la butte qui, elles aussi, sont tout en coquillages.
Des forêts de baobabs centenaires encadrent les allées et ombragent les allées blanches du cimetière, qui, par grand soleil, sont éblouissantes.
La plupart de ces tombes sont catholiques. Les croix se hérissent au-dessus des allées et des mauvaises herbes.
Ici et là, des noms jaillissent de la terre, inscrits en lettres noires sur les croix elles-mêmes, tandis qu’au loin le bleu de la mer rappelle que le destin de Fadiouth demeure étroitement lié à la présence de l’océan.
Je grimpe au sommet de la butte. Les croix blanches forment comme un cortège qui s’élance jusqu’au rivage du bras de mer.
La majesté des grands baobabs sacrés forme comme un étrange trait d’union entre la vie et la mort, comme si l’âme des défunts remontait par la sève de ces arbres magnifiques.
Une chose est sûre, il y a quelque chose de très émouvant à se retrouver seul dans ce lieu à la charge symbolique et émotionnelle omniprésente.
Au détour d’une allée, de simples pierres arrondies rappellent que l’île aux coquillages est aussi peuplée d’une minorité musulmane.
Il est temps de redescendre la butte du cimetière de coquillages. Les coques crissent doucement sous mes pas.
Puis la magie de cet étrange mélange de vie et de mort, de la promiscuité des baobabs sacrés avec les tombes, reprend toute sa vigueur.
L’île aux coquillages est à elle seule le reflet d’une société traditionnelle en miniature. Car l’île a beau être petite, elle est tout de même divisée en six quartiers et placée sous l’autorité d’un chef de village élu.
L’église, inaugurée en 1881, est au centre du village, et au centre de la communauté chrétienne. Ce qui n’empêche pas la présence d’une mosquée pour la minorité musulmane… financée grâce à la participation financière des catholiques.
Deux messes ont lieu chaque jour dans cette église octogonale, à 7 heures et à 19 heures.
Mais les messes les plus fréquentées ont lieu le samedi et le dimanche, avec la participation de chorales, de guitares et de djembé…
Si je n’aurais pas la chance d’assister à une telle messe, je me souviendrais longtemps par contre des chants qui ont accompagné le cortège funèbre jusqu’au petit cimetière aux coquillages.
Le chant de la chorale, la voix puissante des hommes et des femmes qui la composent demeureront longtemps gravés dans ma mémoire. Quelle émotion. Je suis resté un bon moment dans une ruelle adjacente à écouter les chants qui accompagnaient la cérémonie funèbre.
Une fois sorti de l’église, je suis fasciné par les sculptures de saints et d’apôtres qui se dressent devant l’entrée du bâtiment. Jésus, Marie, Pierre, Sainte-Madeleine… Tous les grands personnages de la Bible sont bien là.
Une fois sortis de l’église, mes pas m’emmènent au hasard des rues. Mes chaussures crissent un peu sous la couche des coquillages amoncelée depuis plusieurs centaines d’années. Tous ces coquillages ont permis de maintenir l’île à flot.
Au milieu des ruelles où traînent ici et là quelques cochons en liberté, les femmes marchent avec nonchalance.
Puis nous remontons la rue principale : les Champs Elysées où chaque matin a lieu le grand marché. Les commerces se succèdent en affichant les marques des grands magasins : Auchan, Carrefour, Galeries Lafayette, Samaritaine… Un vrai spectacle plein de couleurs et de parfums.
Le soleil décline sur l’horizon. Il est grand temps de quitter l’île aux coquillages et d’emprunter de nouveau la passerelle qui sépare l’île du village de Fadiouth.
Au pied de la passerelle, des cochons en liberté barbotent tranquillement dans le sable laissé à l’air libre par la marée basse.
Des hommes et des femmes retournent eux aussi vers Fadiouth. Beaucoup d’entre eux sont venus passer l’après-midi sur l’île aux coquillages pour assister aux funérailles.
Je demeure encore fasciné par les couleurs merveilleuses des tuniques que portent les hommes et les femmes de la région. Dans le soleil couchant, c’est tout simplement magnifique.
Je croise encore des femmes qui se rendent sur l’île pour ramener sur leurs têtes les marchandises qu’elles vendront demain matin sur le marché de l’avenue des Champs-Élysées.
Au loin, des pirogues de pêcheurs mollissent à la surface du bras de mer. Des digues en béton empêchent encore la mer de pénétrer totalement dans les terres émergées. Mais pour combien de temps avec la montée inéluctable des eaux provoquées par le réchauffement climatique mondial ?
Nous arrivons enfin au bout de la passerelle. Au pied de celle-ci, des enfants jouent au football sur la plage. Je rejoins Yérim qui m’a attendu de l’autre côté. Il me propose encore d’aller visiter la maison natale de Léopold Sédar-Senghor, mais je suis trop fatigué. « Rentrons, Yérim ».
Nous reprenons la route de Warang, sur la Petite Côte. Demain est mon dernier jour au Sénégal. Enfin, c’est ce que je crois encore…