Désert de Tatacoa, entre canyons et vallées grandioses
Samedi 7 juillet. Nuit magique dans le désert du Tatacoa. Confort spartiate dans la chambre. Ni eau chaude ni électricité. Mais je ne suis pas venu ici passer des vacances quatre étoiles. J’aime être au plus proche de la nature. Léa aussi s’est adaptée. On n’a pas tous les jours la chance de passer sa nuit en plein désert. Quelle chance ! Pour rien au monde je n’irai dormir dans un hôtel propret de Villavieja, la ciudad plantée à l’entrée du parc national.
Accueil vraiment désarmant de la gérante de la Villa Marquez. Femme orchestre. Sur tous les fronts à la fois. Ce matin, elle gère l’organisation du petit-déjeuner. Un groupe de touristes colombiens est arrivé ce matin d’Armenia de Quindio.
Parmi eux, Diana, qui se tourne vers moi pour me demander d’où je viens. « De France. Avec ma fille ». « Que bueno ! » Elle aussi a une fille. Âgée de 12 ans. Brenda. C’est fou comme deux mots, un sourire et trente secondes peuvent parfois vous faire tourner la tête. Désarmant.
Après le petit-déjeuner, le guide que nous avons réservé hier soir vient nous chercher à bord de son triporteur. Fernando. Star locale. Charisme colombien. Il me semble que tout le monde l’aime et le respecte dans ce petit coin perdu de la terre. Nous grimpons à bord et nous filons vers l’entrée du parc pour découvrir la partie la plus célèbre du désert du Tatacoa : Cuzco.
Cuzco. On pourrait se croire revenu dans la capitale andine des Incas du Pérou et de l’Équateur, mais il n’en est rien. La ville sacrée des Incas se trouve à près de 2.000 kilomètres plus au sud, et au lieu des montagnes andines, du lac Titicaca et des forteresses de pierre, c’est un étrange labyrinthe de roches rouges qui nous attend.
Au pied de ce château de pierre, d’immenses cactus ont poussé au gré du vent. Quelques arbustes poussent également ici et là. Et à leur pied parfois, un étrange cactus qui ressemble à un étrange ananas hérissé de pics.
Cuzco. Le château de pierre en plein désert. Le désert de Tatacoa a deux couleurs distinctes : l’ocre dans la région de Cuzco et la zone grise dans la région de Los Hoyos. Plus sèche et plus minérale.
Pour parvenir au pied du labyrinthe de Cuzco, il faut donc traverser une vaste plaine désertique hérissée d’immenses cactus dont certains mesurent plus de quatre mètres de haut.
Une forêt de cactus précède l’esplanade désertique qui s’étend devant le labyrinthe de Cuzco. On peut imaginer qu’il doit exister par ici une réserve d’eau dans le sous-sol du désert où les racines de ces cactus viennent puiser leur énergie.
Nous voici à présent au pied de la citadelle de pierre de Cuzco. Derrière cet immense bloc rocheux se cache le labyrinthe. Pour l’atteindre, nous devons donc longer la paroi de grès rouge jusqu’à l’entrée du corridor d’accès.
Impressionnant. Au sommet des blocs de grès poussent des arbustes qui contribuent à leur façon à éroder la roche. Sur la paroi, on distingue aisément les différentes époques géologiques que ce morceau de terre a vécues. Les traces sont encore bien visibles à l’œil nu. Une mine d’or pour les géologues.
Car le désert du Tatacoa ne fut pas toujours cet espace semi-aride de couleur rouge, orange ou rose, selon l’heure de la journée. Pendant l’ère tertiaire, il était plus humide, avec des milliers de fleurs et d’arbres, mais s’est progressivement asséché pour devenir un désert.
Comment de tels arbustes peuvent-ils survivre dans ce désert dont les températures en été peuvent grimper jusqu’à 50 °C (pas aujourd’hui, loin de là !) ?
Ce sont dans ces conditions climatiques et géologiques que l’on apprend le plus sur le miracle de la vie. Le ruissellement de l’eau et des brumes est relativement faible, mais la vie animale et végétale s’est adaptée aux conditions de faible humidité et de température élevée. Les plantes de cette zone ont ainsi développé des racines horizontales allant jusqu’à 30 mètres et des racines verticales jusqu’à 15 mètres de profondeur, facilitant ainsi l’accès à l’eau.
À l’entrée du labyrinthe, une fenêtre naturelle a été percée par l’érosion. Pour y accéder, il suffit de grimper la paroi sur cinq ou six mètres.
À travers cette ouverture naturelle, le paysage est de toute beauté. Quasi féerique avec à gauche la langue des falaises de grès rouge qui s’étend jusqu’à perte de vue, au premier plan les replis de roche érodée par le vent, les cactus au centre où une bande de vautours dépèce une carcasse, et au loin le désert broussailleux qui reverdit à mesure qu’il s’allonge vers le sud.
Je reste bouché bée devant un tel paysage. C’est simple, on se croirait en plein far-west, au cœur d’un western spaghetti du grand Sergio Leone.
C’est l’occasion ou jamais de sortir mon 300 mm pour prendre en photo les vautours rassasiés par la carcasse d’un oiseau mort.
Passé la ventana, on accède directement au cœur du labyrinthe de Cuzco. Sensation de désolation garantie. Le territoire des cactus et de la terre rouge du désert de Tatacoa.
Au pied des falaises de grès rouge, des amas de terre et de pierre se forment, vestiges des anciennes formations rongées année après année par l’érosion.
Au bas des falaises de grès, le sol se craquelle rappelant ainsi malgré le temps maussade que cette partie du monde est une des plus arides de la planète. On est bien loin en effet de la carte postale colombienne, des forêts tropicales et des plages des Caraïbes.
Ici, c’est le territoire des araignées, des scorpions, des serpents et des aigles. Sans oublier les tortues et les rongeurs.
Coincé entre la cordillère centrale et orientale qui font office de boucliers anti-nuages tout au long de l’année (sauf aujourd’hui peut-être, j’ai même senti quelques gouttes de pluie !), le désert de Tatacoa est une oasis de sécheresse au milieu d’un pays où le vert tient le haut du pavé. En clair, on est bien loin des forêts exubérantes du bassin amazonien.
Au milieu des formations de grès rouge naissent d’étroits petits canyons que nous remontons à pied sans crainte.
D’étroits passages permettent de passer d’un canyon à l’autre. La zone est fortement érodée. Ces canyons secs se développent de manière transitoire en hiver… et laissent parfois courir des cours d’eau éphémères qui achèvent de les éroder.
Au bout de ce long dédale de ravines labyrinthiques dans un paysage qui peut atteindre 20 mètres de profondeur, on accède à une vaste esplanade où naissent encore d’étranges formations de grès qui sont comme des mains de géants emprisonnées dans le sous-sol.
En me retournant, j’aperçois le magnifique canyon que nous avons traversé pour arriver jusqu’ici. Il a fallu grimper un peu, et Léa a terminé la descente sur les fesses.
De plus près, ces grandes mains de pierre rouge sont encore plus impressionnantes.
Nous poursuivons l’exploration du site de Cuzco. À droite, impossible de passer à côté de cet éperon de grès rouge sur lequel se dresse la maigre silhouette d’un arbuste. La Torre. Avec toujours ses strates géologiques bien visibles à l’œil nu. Un petit crochet s’impose pour la voir de plus près.
Marcher seul dans le désert nécessite une ou deux précautions de base à respecter : emporter suffisamment d’eau avec soi bien sûr, mais également regarder où on pose le pied. Dans cette partie du monde, les crotales sont nombreux à nicher entre les broussailles.
De retour sur le chemin de Cuzco. Ma quête à moi, c’est le monde sauvage. De l’or ? Pourquoi faire quand on a tant de choses plus riches à voir. Cette vue magique par exemple, prise entre deux pans du labyrinthe de Cuzco.
Toujours dans le labyrinthe. Fernando nous explique qu’il y a 50 millions d’années de ça, ce désert abritait une vaste forêt tropicale qui a fini par s’assécher.
Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer qu’un vaste jardin exotique se tenait là. Au cœur de Cuzco, seuls quelques arbustes perchés au-dessus des falaises résistent encore à la sécheresse. Les ravines se multiplient. J’aimerais être géologues pour être capable de lire dans les strates gravées dans la roche. Nul doute qu’avec la proximité de tant de volcans, j’y lirais différentes traces d’éruptions.
Le chemin s’enfonce plus avant dans le dédale du labyrinthe. La roche forme comme des pics striés de veines taillées dans le grès. Vestiges de pluies passées.
Le chemin s’élève un peu. De là, on peut voir la forêt de roches rouges envahir l’horizon. Plus aucune végétation ne pousse là. Au-dessus, le ciel laiteux de nos débuts commence à s’épaissir.
À mesure qu’on s’approche des bords du plateau qui domine le désert, les formations rocheuses se multiplient, cheminées et éperons se succèdent. Le paysage idéal pour un western à l’ancienne.
Ce mélange de formes, de courbes, de pics et de veines me fascine. Ici, la terre semble s’être pliée au gré des torsions de la géophysique, des pluies diluviennes qui ont créé ces rigoles et emporté des pans entiers de falaises, et des vents qui ont dispersé la roche aux quatre coins du désert.
Sur le flanc des canyons, la terre et la roche rouge se craquellent sous l’action de la sécheresse. Si l’on plantait ici une caméra fixe sur des milliers d’années, on verrait en accéléré le paysage disparaître sous nos yeux.
On se rapproche désormais au plus près du plateau qui domine le site de Cuzco. Le désert est ici quasi minéral. Il ne reste qu’un arbuste qui a réussi à plonger ses racines au plus profond du sol aride.
Au-dessus du plateau se dresse l’observatoire astronomique du Tatacoa, mais depuis le fond du canyon, impossible de l’apercevoir.
J’aime cette image car elle illustre parfaitement le labyrinthe de Cuzco. En parcourant le chemin sinueux qui s’enfonce entre les monticules de terre de zone rouge, parfois hauts de près de 20 mètres, on perd rapidement tout son sens de l’orientation.
Car ce chemin paraît interminable, sinuant toujours et encore entre les bras de terre et les monuments de pierre. Heureusement que Fernando connaît parfaitement la région sans quoi nous aurions tôt fait de nous perdre.
Mais nous arrivons enfin au bout du chemin. Mais pour sortir de la dépression, il faut encore grimper les quelques marches aménagées dans la falaise et escalader quelques gros blocs de pierre. En chemin, je ne peux résister à l’envie de me retourner pour admirer Cuzco dans son ensemble. Quelle claque visuelle !
À mi-chemin de l’escalade, le spectacle est tout simplement sensationnel. D’une beauté sauvage incroyable avec ces milliers de formations de pierre et de terre qui s’entremêlent et se mélangent pour former en effet un incroyable labyrinthe. Absolument fantastique.
Enfin nous voici revenus sur le haut plateau qui domine la dépression de Cuzco. Depuis ce promontoire où se tient l’observatoire astronomique du désert de Tatacoa, on a une à 180° sur le labyrinthe de Cuzco. Un mot s’impose. Féerique.
Pour se rendre compte de la beauté du lieu, rien ne vaut une petite photo prise au bord de la dépression de Cuzco.
Depuis le promontoire, on peut longer la faille de Cuzco par le nord. On domine alors l’ensemble de ces formations de terre ocre, dont les reliefs rosés proviennent de la concentration en fer du sol.
Cuzco est une zone riche en fossiles datant de millions d’années, qui sont très prisés des géologues et paléontologues. Mais fouiller ici relèverait d’un véritable saccage géologique tant ces formations apparaissent fragiles, sujettes à l’érosion et aux menaces du changement climatique.
Depuis le nord du site, la vue sur Cuzco est carrément fantastique. On croirait presque à un paysage lunaire. On dit que la couleur du désert de Tatacoa change selon l’heure de la journée. Mais la plus belle reste l’heure du coucher de soleil. J’ai encore les images de la veille plein la tête.
Pour la petite histoire, c’est en 1538, que le conquistador espagnol Gonzalo Jiménez de Quesada découvre la région et la nomme « Valle de las Tristezas ». Quant au désert de Tatacoa, il doit son nom à la présence de nombreuses couleuvres inoffensives de couleur noire, appelées « Tatacoa ». Il est aussi appelé la « région semi-aride de Yararaca ».
On poursuit tranquillement notre marche le long de la dépression. De là, les canyons formés pendant la saison des pluies, en avril et mai, sont d’une incroyable beauté.
Au loin, les teintes vertes des arbustes rappellent que le désert de Tatacoa est « géologiquement parlant » une forêt tropicale sèche où poussent des herbes, quelques arbustes courageux… et des cactus.
Difficile d’imaginer tant de richesses sous cette apparence rugueuse, rocailleuse et poussiéreuse qui s’étend tout de même sur 370 km².
Petite photo-souvenir sur l’une des nombreuses avancées qui dominent la dépression de Cuzco, puis on entame les derniers hectomètres de notre marche pour longer l’esplanade de la Torre où nous étions tout-à-l’heure.
En remontant le haut plateau qui domine la dépression de Cuzco et son labyrinthe, on arrive bientôt à l’esplanade centrale où se dresse la Torre, l’emblème du désert de Tatacoa.
C’est cette même torre que je suis allé photographier au plus près tout à l’heure, mais depuis le sommet du plateau, c’est un tout autre paysage qui s’offre à la vue de mon Nikon. Surtout quand viennent se glisser au premier plan cactus et arbustes.
Voici donc l’esplanade de la Torre dans toute sa splendeur. Trônant seule au milieu de ce petit plateau aride, elle fait aujourd’hui l’objet de toutes les attentions. Un petit espace a même été aménagé à proximité pour la protéger.
Majestueuse, tellement symbolique de l’érosion qui a composé ce paysage unique du Tatacoa, cette formation géologique culmine à 11 mètres de hauteur.
Cette petite balade le long du plateau qui nous ramène vers le parking de l’entrée où nous attend notre triporteur me permet non seulement de prendre de la hauteur, mais surtout de photographier Cuzco et son labyrinthe sous différents angles de vue.
Ci-dessous, quelques exemples de photos prises à différents points du bord du plateau. Mieux que de longs discours.
De retour sur le parking, à l’entrée de Cuzco. Fernando reprend les commandes de son triporteur et nous voilà partis sur la piste qui traverse de part en part le désert de Tatacoa. Prochaine étape : Las Ventanas.
Deux ou trois kilomètres plus loin, on s’arrête. « Adios la zona roja, bienvenido a la zona gris ». La partie la plus minérale du désert de Tatacoa.
Las Ventanas est aussi appelée « Zoologico de Arena ». Et on comprend pourquoi. Depuis le sommet d’une petite butte, sur la gauche, se dresse une étrange formation de terre. Si on y regarde de plus près on peut distinguer plusieurs figures animales sculptées par le temps.
À première vue, ce n’est pas très évident. Pour apercevoir ce bestiaire, il me faut m’avancer au plus près du petit promontoire qui domine la dépression. Puis enfin, je vois. Une tortue, la tête d’un caïman et un lézard se détachent de l’horizon… pour peu qu’on ait un peu d’imagination !
Il n’empêche, la vue sur la zone grise du désert de Tatacoa est sublime. Le ciel s’est chargé de gros nuages depuis ce matin. Beaucoup plus photogénique qu’un ciel laiteux et uniformément gris.
Prochaine étape de notre excursion dans le désert de Tatacoa : Los Hoyos. Avec le labyrinthe de Cuzco, il est l’autre site majeur du desierto.
La plupart des touristes viennent ici pour se baigner dans deux petits bassins alimentés par une source naturelle, mais on peut tout aussi bien y accéder en remontant d’abord la magnifique gorge de Los Hoyos. C’est ce que nous allons faire avec Fernando.
Et nous n’allons pas le regretter. Le site est de toute beauté. Sauvage à souhait. Minéral. Et peuplé par une végétation de petits arbustes bien verte qui puisent l’eau nécessaire à leur survie à une dizaine de mètres sous le sol.
Au sol, on peut facilement distinguer les ravines que creusent les torrents qui se forment ici à la saison des pluies. À voir les traces laissées sur le sol, on imagine alors la puissance de cette rivière sauvage… et éphémère.
Les gorges sont impressionnantes, encadrées d’immenses formations de terre et de roche grise. Pas de fer ici. Friable, la roche est à la merci du vent et de la pluie. Et plus que jamais des torrents qui se forment là en cas de fortes pluies.
On peut y distinguer alors d’étranges formations comme cette roche dressée en plein milieu du chemin de part et d’autres de laquelle le torrent s’écoule tout en ravinant sa base à chacun de ses passages. On peut imaginer qu’un jour, il viendra à bout de ce morceau de terre et de roche.
Toujours sur le chemin de la gorge, on peut assister parfois à un petit miracle comme ce magnifique arbuste d’un vert profond qui a su tracer son chemin de vie sur un rocher isolé.
Plus haut, le long de la ravine, ce sont de magnifiques galets ronds qui ont été déposés là par les courants. En relevant les yeux, on peut distinguer encore une fois les marques de l’histoire géologique de ce morceau de monde, bien visibles à l’œil nu, tracées tout le long de la gorge.
Au pied des ravines, la roche grignotée par l’érosion, forme de larges saignées où l’on devine les veines par où s’écoulent les eaux de pluie.
Au bout de vingt minutes de marche, on s’enfonce de plus en plus profondément dans la gorge de Los Hoyos. Le paysage devient de plus en plus minéral, façonné par l’érosion des torrents qui se forment ici à la saison des pluies.
Au pied des formations géologiques s’étalent d’étranges excroissances de terre et de roche striées de veines et de rigoles qui donnent l’apparence d’immenses pattes de lion alignées sur toute la longueur de la gorge.
Au-dessus de petites cheminées de fée se forment, d’autres se délitent, et d’autres encore se dressent fièrement au-dessus du chaos.
Et toujours ces mêmes pattes de lion gigantesques qui forment comme un étroit défilé au milieu duquel on remonte la gorge.
Ces excroissances forgées par l’érosion donnent un relief incroyable à cette zone grise du désert du Tatacoa. Je regrette presque de n’être pas venu ici à cheval. Mais j’ai déjà réservé une balade pour cet après-midi.
Tout au fond de la gorge, avant le chemin du retour, se dressent les formations les plus emblématiques de Los Hoyos. Las Mujeres.
Las Mujeres. Des dames fantomatiques qui semblent s’être drapées de blanc et de gris pour échapper au regard des hommes. Il faut un peu d’imagination pour reconnaître dans cette forêt étrange de roches la silhouette de femmes. Mais pourquoi pas, après tout ?
En enfilade, l’effet visuel est décuplé. Et l’on pourrait maintenant imaginer un défilé de femmes appuyées aux flancs de la gorge de Los Hoyos.
De plus près, c’est encore plus impressionnant. Combien de milliers d’années ont-elles été nécessaires pour aboutir à un tel résultat visuel. Le mouvement surréaliste et cubiste n’a rien inventé. Il suffisait juste d’observer la nature et de la réinterpréter.
Après les statues de pierre de Las Mujeres (non, nous sommes bien loin de Sodome et Gomorrhe !), on prend la boucle de la gorge pour retourner vers notre point de départ, ou plutôt vers les deux piscines alimentées en eau douce par une source naturelle. Piège à touristes.
Le chemin du retour est sensiblement différent de celui de l’allée. Les pattes de lion expansées étendues au pied des falaises ont disparu. Ici, on devine que le courant des cours d’eau éphémères est plus violent et a arraché à la roche des tonnes de terre et de pierre.
Quelques formations pyramidales se sont formées au gré de l’érosion, des silhouettes du type « Las Mujeres » apparaissant à leur tour sur leurs flancs.
Puis le paysage change diamétralement. Les courbes douces expansées au pied des falaises disparaissent au profit d’arrêtes plus nettes. Ici, les roches sont plus solides et la violence du courant a brisé net la base des collines.
La présence d’arbustes nombreux le long du lit de la gorge témoigne de la présence d’eau en abondance dans le sous-sol.
Et en effet, l’eau n’est vraiment pas très loin. Les pluies abondantes de ces derniers jours ont alimenté un cours d’eau éphémère dont il subsiste encore un maigre lit fait de boue et d’eau, et chargé de sédiments arrachés aux flancs des falaises.
Plus on redescend vers la sortie du site, plus le lit de la rivière se fait plus conséquent et fourni. Il faut désormais éviter le cours d’eau et sauter de pierre en pierre pour ne pas se mouiller les pieds.
Cette présence de l’eau, de ce mince filet encore actif, est vraiment idéale pour comprendre le rôle que cet élément joue et a joué pendant des millénaires pour façonner à sa manière ce paysage merveilleux.
À la sortie de Las Hoyos, je n’ai pas eu envie de me baigner dans les deux piscines alimentées par la source naturelle du lieu, d’abord parce que l’eau y est froide, et parce que j’ai oublié mon maillot… Une bonne raison, somme toute !
Après une petite pause tranquille au bord de la piscine, une petite bière fraîche la bienvenue, on remonte à bord de notre tuk-tuk pour retourner à la Villa de Marquez. À deux pas de Los Hoyos, des croix dressées sur le sommet d’une colline attirent mon attention : Les Cruces. Je demande à Fernando de nous arrêter là un moment.
Bonne pioche. Le sommet de cette petite butte est très fréquenté par les Colombiens du coin. Et pour cause, c’est ici que chaque année est célébrée la fête de Pâques.
Et plus que célébrée… Si on s’approche de plus près, on remarque des cordelettes nouées autour des bras de la croix, et au milieu du pied le sabot sur lequel reposent les pieds du crucifié… Étrange.
Mais après renseignements pris auprès de Fernando, celui-ci m’apprend que chaque année, à l’époque de Pâques, des hommes demandent à endurer la passion du Christ sur la croix, ici au sommet de cette colline qui domine le désert du Tatacoa. Leur Golgotha à eux en somme. La religion catholique prend des allures de passion sous cette latitude du monde…
Devant ces croix dressées au sommet de la colline, face au désert, je demeure un peu interdit. Comment des hommes peuvent-ils aller jusqu’à se faire crucifier, même sous assistance médicale, pour exercer leur foi chrétienne ? Un mystère.
Allez zou, on en a terminé avec cette excursion. On remonte à bord de notre triporteur et on file vers la Villa de Marquez. Vamos ! Vamos !