Pourquoi visiter la Mezquita-cathédrale à Cordoue ?
Un monument unique
La Mezquita-cathédrale de Cordoue est un édifice exceptionnel où se superposent et dialoguent deux mondes : la grande mosquée omeyyade, construite à partir du VIIIe siècle, et la cathédrale chrétienne élevée en son cœur au XVIe siècle. Cette stratification visible fait d’elle un symbole matériel du passage du pouvoir islamique au pouvoir chrétien en Andalousie, offrant une leçon d’histoire tangible sur la coexistence et la succession des civilisations.
Une forêt de colonnes et d’arcs
L’immense salle de prière de l’ancienne mosquée, avec ses célèbres 856 colonnes de marbre, jaspe et granit surmontées d’arcs bicolores rouges et blancs, crée un espace hypnotique et d’une beauté géométrique saisissante. Cette forêt de piliers, éclairée par des lustres et par la lumière filtrant des toitures, est un exemple parfait du génie architectural et décoratif du califat de Cordoue, visant à évoquer l’infini et la transcendance divine.
La cathédrale inscrite dans la mosquée
Au centre du monument, la cathédrale de style Renaissance, construite sur ordre de Charles Quint, surgit avec ses voûtes hautes, son chœur richement sculpté et son retable majestueux. Ce contraste architectural, parfois critiqué, crée une émotion unique et illustre la volonté d’affirmation du pouvoir chrétien après la Reconquête. Il incarne physiquement le dialogue et parfois la tension entre deux héritages culturels et religieux majeurs.
Un témoignage vivant du patrimoine mondial
Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, la Mezquita-cathédrale est bien plus qu’un musée : c’est un lieu de culte actif et le cœur religieux de Cordoue. Sa visite permet de comprendre la complexité historique de l’Espagne, la richesse des échanges en Méditerranée médiévale et la façon dont les sociétés réinterprètent les symboles du pouvoir. Elle reste un monument essentiel pour saisir l’identité profonde de l’Andalousie.
Comment visiter la Mezquita-cathédrale à Cordoue ?
Localisation et accès :
La Mezquita-cathédrale se situe au cœur du centre historique de Cordoue, dans le quartier de la Judería, à l’adresse Calle del Cardenal Herrero. Elle est entourée par les ruelles typiques de l’ancien quartier juif et le Guadalquivir. L’accès est aisé à pied depuis la plupart des points d’intérêt de la ville. Les visiteurs arrivant en voiture devront se stationner dans des parkings périphériques, comme celui de la zone de l’Alcázar, et rejoindre le monument à pied, le centre étant largement piétonnier.
Horaires d’ouverture et tarifs d’entrée
Les horaires varient selon les périodes de l’année et les offices religieux. Généralement, la visite culturelle est possible du lundi au samedi de 10h00 à 18h00, et le dimanche de 8h30 à 11h30 et de 15h00 à 18h00. Il est crucial de consulter les horaires officiels avant la visite, car ils changent fréquemment. L’entrée est payante, autour de 13 euros pour un tarif plein, avec des réductions pour les enfants, étudiants et groupes. Une visite gratuite est possible de 8h30 à 9h30 du lundi au samedi, hors jours fériés.
Organisation de la visite et points d’intérêt
Une visite complète demande environ une heure et demie à deux heures. Le parcours libre permet d’admirer successivement la cour des Orangers (Patio de los Naranjos), l’intérieur de l’ancienne mosquée avec sa forêt de colonnes, puis la cathédrale insérée en son centre. Des audioguides sont disponibles en plusieurs langues pour comprendre l’histoire et les détails architecturaux. La montée au clocher, offrant une vue panoramique sur Cordoue, nécessite un billet séparé et une réservation horaire.
Conseils pratiques :
Pour éviter la foule, il est fortement recommandé de réserver son billet en ligne à l’avance, surtout en haute saison. Une tenue vestimentaire respectueuse est exigée. La meilleure période pour visiter est le printemps ou l’automne, et les premières heures de la matinée sont idéales pour la lumière et la tranquillité.
Cordoue, la mezquita-cathédrale, un chef-d'œuvre d'architecture
Mardi 25 novembre. Réveil de très bonne heure ce matin. Je pars rejoindre la gare de Séville pour filer prendre le train de Cordoue. Une formalité… Quand on connaît la ville sur le bout des doigts ! Dans le cas contraire, galère assurée. Heureusement mon Ipad m’indique le chemin. Suffit de trouver la bonne rue et je suis le chemin indiqué. Pas très pratique comme joujou, mais drôlement efficace. Un petit quart d’heure plus tard, me voici à la gare de Séville. Train express pour Cordoue.
40 petites minutes plus tard, me voici à Cordoue. Rebelote, cette fois-ci, il s’agit de regagner le centre de la ville à pinces. « Ipad mon bel Ipad, dis-moi où je suis ? » Bingo, il suffit de descendre le Paseo de la Vitoria et de filer plein sud à travers le quartier juif.
La mosquée-cathédrale se trouve au bout de la rue. Pas le temps idéal pour admirer les murs d’enceinte avec ce ciel gris perché au-dessus de ma tête, mais la fin d’après-midi rattrapera l’affaire pour faire quelques clichés de ses façades blondies par le soleil rasant.
Une pure merveille : portes et fenêtres aveugles sont ornées d’arches ciselées avec une incroyable finesse. Écriture coufique sur les linteaux. En y regardant de plus près, aucune fenêtre n’est identique à une autre !
On accède à la mosquée par la cour des orangers, lieu des ablutions rituelles. À l’origine, la cour n’était pas séparée de la salle de prières. 19 arcades permettaient la circulation des fidèles entre le patio central et la mosquée. Quant aux orangers, ils furent plantés par Isabelle la Catholique… En remplacement de la forêt de palmiers originale. L’eau des ablutions était extraite d’un puits aujourd’hui disparu, tout comme les bassins d’Al-Hakam II vers lesquels étaient canalisées les sources de la Sierra. Les cinq fontaines sont quant à elles apparues bien plus tard, aux XVe et XVIIIe s.
Avant de relever la tête vers le minaret, un bref petit rappel historique s’impose. C’est en 756 qu’Abd Al-Rahman 1er décide d’élever Cordoue au rang d’émirat du califat de Damas, et ce, après que tout son clan fut décimé six ans plus tôt.
Là, il décide d’élever une grande mosquée, symbole de l’indépendance de l’Islam occidental, à l’endroit même où se dressait la basilique wisigothe Saint-Vincent… Laquelle aurait été construite sur les ruines d’un grand temple romain.
Toujours est-il que la mezquita de Cordoue est aujourd’hui la seule grande mosquée conservée en Europe occidentale, la plus grande et la plus représentative de la domination musulmane en Andalousie.
Le minaret, à l’origine, mesurait donc 23 m de haut. Sous Abd Al-Rahman III, il grimpa jusqu’à 47 m… Puis avec la Reconquête, le minaret fut transformé en clocher… et supporta la statue de San Rafael, patron de Cordoue.
Passé les portes de la mosquée, pas besoin d’attendre longtemps pour prendre une grande claque visuelle. Une forêt de colonnes comme je n’en ai jamais vu ! Merde alors ! Cette mosquée de Cordoue est un des plus beaux monuments qui m’a été donné de voir. Dans le top 10 assurément.
Avant la Reconquête espagnole, la mezquita comptait plus de 1.000 colonnes ! Aujourd’hui, il en subsiste encore 854. Dès le premier coup d’œil, on comprend immédiatement l’influence romaine dans cette construction entamée par Abd Al-Rahman 1er en 785, puis agrandie par Abd Al-Rahman II au IXe s, puis par Al-Hakam II au Xe s, et enfin par Al-Mansour en 987.
Mais la plus extraordinaire des parties reste la première, celle d’Abd Al-Rahman 1er qui donne directement sur la cour des Orangers. Ici, on est loin des grandes mosquées d’Istanbul, de Sainte-Sophie ou de la grande mosquée de Kairouan. L’influence antique est telle qu’on se croirait plongé dans un grand aqueduc antique.
Les colonnes sont partout, dressées comme des arbres, supportant une double volée d’arcades qui soutient la voûte. Élégance et finesse. Les colonnes de marbre montrent d’incroyables couleurs et sont toutes différentes, de même que les chapiteaux. Certaines provenant de la basilique Saint-Vincent ont été recyclées, d’autres sont plus hautes que les autres, ancrées plus profondément dans le sol. L’une d’elles provient même d’Égypte !
De la basilique Saint-Vincent wisigothe subsistent encore quelques vestiges d’une mosaïque.
Cette mosquée est tellement grande qu’on ne sait pas par quel bout continuer la visite. Pour moi, ce sera le long chapelet de chapelles aménagées dans les murs. Fresques, tableaux, trésors, sépultures, il y en a pour tous les goûts ! À ne pas manquer la chapelle baroque du cardinal Salazar en marbre noir et blanc, à gauche du mihrab.
Sur la droite du mihrab, dans la partie ouest de la mezquita, on trouve également quelques vitrines renfermant les vestiges attestant la présence d’un lieu de culte wisigoth précédant l’édification de la mosquée.
Je tourne toujours autour de la cathédrale. Toujours l’histoire du dessert qu’on laisse pour la fin… Voici enfin le massura et le mihrab, sommet de l’art baroque arabe, œuvre d’Al Hakam II : moulures, mosaïques byzantines, arabesques et inscriptions coufiques mêlées dans une incroyable harmonie.
Cœur de la mosquée, la macsura est située devant le mihrab qui indique la direction de la Mecque. Seul le calife et sa cour y avaient accès. L’imam y donnait le signe de la fin de la prière. Mais impossible d’aller plus loin. Une barrière empêche de bien voir la coupole extraordinaire qui le surplombe, de style byzantin et offerte à l’émir au Xe s.
Des milliers de petits carreaux d’or, de cristal et de céramiques sont incrustés dans le marbre. Tout autour du mihrab court une magnifique frise or et bleu qui donne les 99 noms d’Allah. De chaque côté du mihrab se dresse un arbre de vie en albâtre, symbole de l’éternité.
En revenant sur ses pas, on pénètre enfin dans la cathédrale. « Une hérésie », de l’aveu même de Charles Quint lorsqu’il constata les dégâts fait sur ce joyau de l’architecture arabe… Mais qu’importe, on peut quand même saluer l’intelligence du travail de l’architecte qui parvint à conserver la nef axiale de la mosquée sans que la chapelle, pourtant au centre et en forme de croix latine, ne cache jamais le mihrab.
Mieux en s’approchant de la cathédrale, les arcs sont surmontés d’une frise assurant le passage en douceur d’une architecture à l’autre. Le Christ prend même toute sa place… Sous une magnifique arabesque ! Un chevet surmonté d’un pape bienfaiteur assure encore la transition d’un monument à l’autre. Les voûtes se chargent de nervures sublimes et plongent sur les arches de pierre arabes qui les soutiennent. Tout simplement inouï. En avançant vers la nef, des colonnes grecques accompagnent le pénitent que je suis. Magique.
Direction la cathédrale. Elle s’élève dans l’extension d’Abd Al-Rahman II. Entamée en 1523… Il a quand même fallu 243 ans pour la mener à bien ! Du coup, tous les styles se mélangent : gothique tardif, Renaissance et baroque. Plafonds éblouissants. Coupole Renaissance d’une élégance inouïe. Coup de chance, un organiste donne une leçon de musique à un groupe d’enfants. Toccata. Bach. Le son des deux orgues est d’une grande pureté. Bois d’acajou venu tout droit de Cuba.