Comment se passe la montée éprouvante vers Gorak Shep ?
Le départ de Lobuche et l’entrée dans un paysage lunaire
La montée vers Gorak Shep débute tôt le matin depuis Lobuche, après une nuit froide à près de 5.000 mètres d’altitude. Le sentier s’élève doucement mais continuellement à travers un environnement devenu totalement minéral, où toute trace de végétation a disparu pour laisser place à un désert de pierres, de moraines et de glace. L’air se raréfie de plus en plus, rendant chaque inspiration plus courte et chaque pas plus lourd. Les trekkeurs progressent lentement, le regard rivé sur les sommets environnants qui semblent à portée de main, notamment le géant Nuptse dont la paroi sud domine l’horizon.
La traversée du glacier et la vision des premiers séracs
Après environ une heure de marche, le chemin rejoint le glacier du Khumbu, que l’on longe en suivant un sentier balisé par des cairns. La progression devient plus technique, avec des passages rocailleux où il faut parfois enjamber de petites crevasses ou contourner des séracs instables. Le grondement sourd de la glace qui craque et se déplace sous l’effet de la chaleur diurne rappelle constamment que l’on évolue dans un environnement vivant et potentiellement dangereux. Les premiers camps du parcours d’expédition vers l’Everest apparaissent au loin, avec leurs tentes colorées plantées sur la glace, donnant une dimension presque irréelle au paysage.
L’arrivée à Gorak Shep, dernier village avant le camp de base
Après environ trois à quatre heures d’effort intense depuis Lobuche, les premières structures de Gorak Shep se dessinent enfin au pied d’une moraine. Ce hameau perché à 5 164 mètres d’altitude n’est en réalité qu’un ensemble de quelques lodges rudimentaires posés sur un ancien lac asséché, entouré de montagnes majestueuses. L’arrivée procure un mélange d’épuisement et d’exaltation, car on réalise que le but ultime du trek, le camp de base de l’Everest, n’est plus qu’à quelques heures de marche. Les lodges offrent un confort spartiate mais précieux, avec des salles communes chauffées où l’on peut enfin poser son sac et se réchauffer autour d’un thé tout en admirant la vue sur les sommets environnants.
L’après-midi et la préparation pour l’ascension de Kala Patthar
Contrairement aux étapes précédentes où l’arrivée au lodge marquait la fin de la journée, Gorak Shep offre souvent une opportunité supplémentaire aux trekkeurs encore vaillants. Beaucoup choisissent de consacrer l’après-midi à une première ascension du Kala Patthar, ce sommet mythique qui offre la vue la plus emblématique sur l’Everest. Cette montée supplémentaire de deux à trois heures, bien que courte, est extrêmement éprouvante à cette altitude, avec un dénivelé de 300 mètres sur un sentier abrupt et glissant. Chaque pas devient une victoire sur soi-même, mais la récompense, au sommet, est à la hauteur de l’effort : le toit du monde se dresse face à vous, baigné dans la lumière dorée de l’après-midi, un spectacle qui restera gravé à jamais dans les mémoires.
Comment faire le trek de l’Everest Base Camp ?
Accès et point de départ du trek
Le trek de l’Everest Base Camp débute par un vol intérieur depuis Katmandou jusqu’à l’aéroport de Lukla, considéré comme l’un des plus spectaculaires au monde en raison de sa piste courte en forte pente. Ce vol de trente-cinq minutes coûte entre 180 et 220 dollars l’aller simple, mais attention, pendant la haute saison, les départs se font souvent depuis Ramechhap, accessible par un trajet routier de cinq à six heures commençant aux alentours de minuit. Une fois à Lukla, le cheminement s’effectue à pied à travers la vallée du Khumbu, avec des journées de marche de quatre à six heures en moyenne, ponctuées de jours de repos indispensables pour l’acclimatation.
Budget global et coûts détaillés
Le coût total du trek varie considérablement selon que vous voyagez de manière indépendante ou par l’intermédiaire d’une agence. Pour un trek en autonomie, prévoyez entre 1.200 et 1.600 dollars, tandis qu’une formule accompagnée par une agence s’élève généralement entre 1.500 et 2.500 dollars par personne. Ce budget inclut les permis, l’hébergement en tea house, la nourriture et les transports locaux, mais exclut les vols internationaux et l’équipement personnel. En journée, comptez environ 40 à 45 dollars pour les repas et les boissons, avec des prix qui augmentent progressivement avec l’altitude.
Permis obligatoires et formalités administratives
Pour effectuer ce trek, vous devez obligatoirement être muni de trois documents officiels. Le TIMs card (Trekkers’ Information Management System) coûte environ 20 dollars, le permis d’entrée du parc national de Sagarmatha est fixé à 30 dollars, et la taxe locale du Khumbu s’élève à 15 dollars, soit un total d’environ 65 dollars par personne. Ces permis s’obtiennent principalement à Katmandou auprès du Nepal Tourism Board ou via une agence agréée, à l’exception de la taxe locale qui peut être réglée directement sur le chemin à Monjo. Un visa touristique de trente jours est également requis à l’arrivée pour environ 40 dollars.
Hébergement et organisation quotidienne
Tout au long du parcours, les tea houses, ces petits lodges familiaux, constituent l’hébergement typique. Le prix d’une nuit varie de 5 à 10 dollars dans les villages de basse altitude comme Phakding et Namche Bazaar, et atteint 10 à 15 dollars dans les étapes plus élevées comme Dingboche, Lobuche ou Gorak Shep. Il est important de prévoir un budget supplémentaire pour les services comme les douches chaudes (3 à 8 dollars), la recharge des appareils électroniques (2 à 5 dollars par heure) et l’accès à internet (environ 5 dollars par jour). Pour l’équipement, la location sur place à Katmandou est possible, avec des tarifs d’environ 2 dollars par jour pour un sac de couchage ou une doudoune.
Everest Base Camp, la montée éprouvante vers Gorak Shep (5.170)
Samedi 18 novembre. Nuit éprouvante. Mais ça va. J’ai encore réussi à dormir. Aujourd’hui est un grand jour. Le jour tant attendu. La montée finale vers le camp de base de l’Everest. Le but ultime de notre expédition. Franchement, jamais je n’aurais cru que cela soit possible. Pas avant le voyage, mais surtout pendant, encore plus les trois premières nuits où je n’ai pas fermé l’œil, la terrible montée vers Namche Bazar, le mal des montagnes au réveil, et hier encore, l’ascension de la moraine laissée par le glacier Khumbu. Mais je suis là. Pas de maux de tête. Fatigué, épuisé par des jours de marche et par le manque d’oxygène, mais toujours là. Pas malade. Juste la crève qui commence à faire son effet.
C’est donc au petit matin que nous faisons l’ascension. Départ à 6 heures du matin. Le jour se lève à peine quand nous quittons Lobuche. Nous allons grimper doucement vers Gorak Shep, l’avant-dernier poste de civilisation avant le camp de base de l’Everest. Sans doute le village le plus haut du globe : 5.170 mètres d’altitude. Du coup, on longe la montagne et on s’engage dans un large défilé encadré par la moraine latérale du Khumbu. Devant nous se dresse le pic enneigé du Lhotse, et en arrière-plan, l’Everest.
L’idée est d’atteindre Gorak Shep le plus tôt possible dans la matinée, de déposer nos affaires dans un des cinq lodges du village, de manger pour reprendre des forces, et de reprendre l’ascension pour monter jusqu’au camp de base de l’Everest. Aujourd’hui, trois mois après ce jour merveilleux, j’ai encore peine à croire ce que j’écris. Mais c’est bien ce que j’ai fait… Jamais je n’aurais pensé y arriver. Vraiment.
Je pense après coup que mes mois de préparation physique à courir trois fois par semaine, à enchaîner les matches de tennis, m’ont sans doute permis d’arriver jusque là-haut. Je ne suis pas un athlète. Loin de là. Et sans préparation à la douleur, à l’enchaînement de l’effort pour se forcer à continuer malgré la difficulté, impossible d’arriver tout là-haut. L’Everest, c’est pour moitié une question de physique, et pour l’autre une question de volonté. Dépasser ses limites. C’est ce que j’ai fait, je crois.
Le chemin qui mène jusqu’à Gorak Shep n’est pas vraiment difficile. Seulement 200 mètres de dénivelé par rapport à Lobuche. Et la montée se fait très naturellement, sur ce large défilé emprunté par des troupeaux de yaks.
Dans le ciel, le soleil commence à donner sa pleine mesure. Un véritable réconfort car ce matin le thermomètre devait avoisiner les – 10 °C. La glace formée dans la nuit commence à fondre par endroits. C’est fou comme les écarts de température sont importants sur les pentes de l’Himalaya. En novembre, il peut faire 15 ou 18 °C, et la nuit descendre facilement jusqu’à – 15 ou – 20 °C.
Pas le temps réellement d’en profiter. J’essaie tant bien que mal de suivre le rythme imposé par Sashee. On croise encore des troupeaux de yaks. Certaines bêtes tirent la langue. Ici, on doit être à seulement 52 % d’oxygène… C’est dur. Mais tout va bien. La perspective d’arriver à Gorak Shep et de s’élancer vers l’Everest l’emporte sur toute autre considération. C’est le bonheur. Une sensation de satisfaction absolue. D’aboutissement.
Sous mes pieds, la rocaille se fait plus grossière. On imagine sans mal la puissance du glacier qui a concassé tous ces blocs de pierre. On se fraie un passage tant bien que mal.
Plus loin, sur la gauche, un sentier plus praticable apparaît. Encore un petit quart d’heure de marche et nous serons arrivés à Gorak Shep.
Autour de nous, les géants de l’Himalaya forment comme une vaste colonne qui nous accompagne du regard. La beauté des lieux, minérale, désertique et glaciale est fascinante.
Allez, encore un tout petit effort, le sentier fait le tour d’un tertre et tout au bout nous apercevons les lodges de Gorak Shep. Je n’arrive toujours pas à y croire. Mais je serre les dents. Pour l’instant, rien n’est fait. Et maintenant que je suis ici, pour rien au monde, je ne voudrai échouer. Cet après-midi, je serai sur l’Everest.