Katmandou, au cœur de Durbar Square
Jeudi 9 novembre. Sur le chemin de Durbar Square, en plein cœur d’un carrefour traversé par des autos, des motos et des charrettes à bras, se dresse le temple Machendranath Bahal. Notre premier au Népal… Et pas le dernier ! Et pour une première, c’est vraiment très réussi. Les gens sont d’une gentillesse extrême et me permettent de les prendre en photo sans aucun souci. Bien entendu, je leur montre aussitôt le résultat. Je suis particulièrement satisfait de celle-ci.
Machendranath Bahal. Ce temple attire à la fois les bouddhistes et les hindous. Les bouddhistes considèrent Seto (blanc) Machhendranath comme une forme d’Avalokiteshvara, alors que pour les hindous, il incarne Shiva. L’entrée voûtée du temple a été détruite lors du tremblement de terre de 2015 et le temple est actuellement fermé pour réparations. Du coup, on ne peut que pénétrer dans l’antichambre du temple. C’est là que je ferai ces quelques portraits.
Pas de visite de l’intérieur du temple donc. Dommage, dans la cour il y a beaucoup de petits sanctuaires, des chaitya (petits stupas) et des statues, sans oublier une femme mystérieusement européenne entourée de bougies qui fait face au temple. Une importation d’Europe acceptée dans le panthéon des dieux hindous… Devant le temple, deux magnifiques garuda, chevaux ailés mythologiques, gardent l’entrée principale.
Juste en face du temple, se dressent deux gracieuses figures de bronze des Taras assis sur des piliers. Leur tête colorée est coiffée de colliers de fleurs.
Dans l’antichambre du temple, quelques fidèles viennent là prier leurs dieux, marquer une pause dans leur journée trépidante… On se faufile parmi eux en prenant soin de ne pas les déranger. L’atmosphère est à l’harmonie et au recueillement.
Depuis le temple, on peut profiter d’une vue de la rue encombrée des tuks-tuks et des marchands ambulants. Une collection de magasins vend des topi (chapeaux de tissu) et la robe traditionnelle népalaise.
Enfin, nous voici au cœur de Katmandou : Durbar Square. Depuis le tremblement de terre de 2015, les prix se sont littéralement envolés. Pour pénétrer dans la place historique, il faut débourser quelque 2000 roupies. Le prix de la reconstruction sans doute.
Car le moins que l’on puisse dire est que le séisme a très fortement touché les temples de Durbar Square. Ici, la pierre côtoie désormais les échafaudages. Difficile dans ce contexte de retenir un monument plus qu’un autre. C’est ce que j’ai fait lors de cette visite, laissant surtout mon œil aller vers les détails plutôt que vers des temples pour la plupart défigurés.
L’histoire de Katmandou est tout d’abord l’histoire d’un gros village qui voulut rivaliser avec son voisin Baktapur. À l’aube du XVIIe siècle, le Népal est morcelé en une soixantaine de cités-états… Un siècle plus tard, dans la vallée de Katmandou, le royaume se divise en trois : Katmandou, Baktapur et Patan, tous trois distants de quelques dizaines de kilomètres les uns des autres… De cette rivalité naîtront tous les plus beaux temples de la ville.
Katmandou aurait été fondée en 989 par le roi Gunakamadeva à la suite d’un rêve dans lequel la déesse Mahalakshmi lui demande de fonder Kantipur (l’ancien nom de Katmandou). Toutefois, la vieille ville actuelle remonte au XVIe siècle, époque à laquelle Katmandou tenta de rivaliser avec Baktapur. La plupart des temples de Durbar Square furent ainsi élevés jusqu’à la fin du XVIIe.
Impossible pour l’Européen que je suis de distinguer un temple d’un autre… La source d’erreur me paraît bien trop importante. Toujours est-il que Durbar Square est un concentré de toute la civilisation et de la religion népalaises, à travers différents types d’architecture et d’art.
Au cœur de Durbar Square, impossible de passer à côté de la déesse Shiva. Plusieurs temples lui sont d’ailleurs dédiés sur la place, et notamment Nasal Devata.
Au cœur de la place, c’est une succession quasi ininterrompue de temples, de pagodes, de maisons, de palais et de statues, s’agençant de telle façon que l’ensemble trouve étonnamment une harmonie.
Un peu kitsch la représentation de la déesse Shiva dans son salon…
Plus que l’architecture de ses temples, la véritable beauté de Durbar Square réside dans ses détails. Comme ici, ces extraordinaires sculptures en bois.
La plupart des temples élevés au centre de Durbar Square sont hindous… Et donc fermés aux touristes. On ne peut donc se promener qu’entre les différents édifices. Je suis vraiment stupéfait par la finesse de toutes ces sculptures.
Ici, les symboles divins sont partout, les représentations mythologiques ornent les façades. Les dieux se transforment en animaux et sont censés veiller sur les pèlerins. Il est vrai que le Népal est intimement lié au sort des dieux.
La légende raconte qu’un sage venu de Chine s’arrêta un jour dans la vallée de Katmandou pour y méditer, puis la fendit en deux avec son épée à la suite d’un rêve. Dans la faille ouverte, le lac présent dans la vallée disparut, engloutit par la montagne. Pour de nombreux hindous, c’est Shiva lui-même qui fendit la montagne.
Appuyés aux façades des temples et des maisons, de nombreux marchands profitent de cet endroit unique pour vendre mandalas et drapeaux de prière. L’occasion pour moi de poursuivre ma petite histoire. Les premiers envahisseurs de la vallée sont les Kirats, venus de l’est de l’Himalaya en 700 av. J.-C. Viennent ensuite beaucoup plus tard, les Lichavis, dynastie indienne chassée par l’invasion des Moghols. L’ère des Lichavis apparaît comme l’âge d’or de la vallée. Le royaume est riche et se développe… Après leur chute, le Népal vit une période plus confuse jusqu’à l’arrivée de la dynastie Mallas à la fin du XIIe siècle.
La tradition est donc présente partout à Katmandou. Et plus encore à Durbar Square. On peut le comprendre notamment à l’entrée de Kumari Ghar, cette maison du XVIIIe siècle gardée par deux superbes lions. Chose rare, on peut au moins pénétrer dans la cour. Mais pas plus ! Et pour cause, c’est dans cette maison qu’habite la déesse vivante, la Kumari, qui n’est autre que l’incarnation vivante de la déesse Kaleju.
Une fillette est ainsi choisie dès l’âge de 5 ans et demeure enfermée dans la maison. Elle est choisie pour sa beauté, mais surtout pour son horoscope précis. Sa vie est un véritable enfer à vrai dire… Enfant, elle n’a pas le droit de jouer car toute blessure sanguinolente signifierait la fin de son caractère sacré. Son règne s’achève avec l’apparition de ses règles. Elle est alors renvoyée dans sa famille et demeure célibataire jusqu’à la fin de ses jours… Elle pourrait ainsi mourir dans les mois suivant son mariage !
Je poursuis ma déambulation à travers la forêt de temples et de pagodes. Les moins touchés par le tremblement de terre sont tout de même soutenus par des étais. D’autres sont carrément enrobés d’échafaudages et invisibles aux visiteurs.
Comme nous avons fait la visite à l’envers, nous achevons notre petit tour du propriétaire par la place Basantapur où se dresse un immense marché de bibelots et de souvenirs. Ici se dressait autrefois le parking des éléphants royaux.