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Otavalo, autour de la place du marché

Otavalo, autour de la place du marché

Mardi 3 juillet. Otavalo. Nord de l’Équateur. Un vrai miracle que l’on soit arrivé à l’heure. Quelle aventure ! Au moins onze heures passées dans le bus depuis Puerto Lopez. Mais bon voilà, on y est. Et on ne doit pas traîner si on veut pouvoir passer la frontière aujourd’hui, et arriver pas trop tard à Pasto, en Colombie. À moins qu’on ne puisse filer tout droit vers Popayan et éviter ainsi le Trampoline de la mort… On verra. En attendant, je tire le rideau de la chambre et je découvre ce paysage. Un volcan domine la ville. Cime enneigée. Dommage qu’il y ait ce poteau électrique pour venir gâcher la vue.

Léa a décidé de se reposer et de dormir un peu. En même temps, je la comprends avec ces heures de bus que nous avons additionnées. Mais bon, je m’extirpe tant bien que mal du lit, une douche rapide, et je file au-dehors. J’ai une petite heure pour visiter la ville. Eh oui, on doit encore prendre le bus de bon matin si on veut rattraper le retard pris en demeurant un jour de plus sur la côte Pacifique. Dommage pour Léa, de jolies fresques de street art m’accueillent dès la sortie de l’hôtel.

Direction le centre-ville. Il n’est pas encore huit heures et il n’y a pas un chat dans les rues. Au bout de l’avenue qui amène jusqu’à la place du marché, le cône enneigé du volcan pointe son nez entre deux immeubles. Magnifique.

Enfin, voici le fameux marché d’Otavalo. Mais à cette heure-ci, il n’y a pas âme qui vive, seulement les commerçants qui achalandent leur stand.

Sur la plaza de los Ponchos, les commerçants s’activent. Dans une heure, ce sera la cohue. Le marché d’Otavalo reste le plus important du pays, mais le grand marché aux bestiaux qui a lieu chaque samedi, à 5 minutes du centre, dépasse l’entendement… Dommage, nous sommes déjà mardi. Tant pis, je me contenterai du marché artisanal de la plaza de los Ponchos.

Je laisse un moment la place derrière moi pour emprunter l’avenue qui la prolonge, en direction de la sortie de la ville. De là, on aperçoit mieux le volcan. En fait, ils sont deux : Mama Cotacachi et Taita Imbabura, représentant respectivement la mère et le père protecteurs pour les Indiens.

Plaque tournante du commerce autochtone depuis des lustres, Otavalo regorge d’hôtels et de petits restos. Le marché artisanal de la Plaza de los Ponchos est l’attrait des touristes. Sa vocation commerciale, Otavalo la doit à sa géographie. Les terres sur lesquelles vivent les Indiens Otavalos se situent à l’endroit où la cordillère des Andes s’affaisse, même si on reste à 2.850 mètres d’altitude.

Cette particularité géographique a permis aux Otavalos de profiter des zones tropicales chaudes, et donc de bénéficier de ressources rares et à fort pouvoir commercial comme le coton, la coca, sans oublier le sel dont la terre de Salinas regorge.

À la fin du XVIe siècle, les Espagnols, qui avaient supplanté les Incas, se rendirent maîtres de la filière coton, et sous forme de tribut, utilisèrent la main-d’œuvre otavalo pour tisser des vêtements.

C’est ainsi que naquit le commerce de tissu qui fait aujourd’hui la réputation du marché. Même si au XVIIe siècle, la communauté indienne fut contrainte de développer une grande maîtrise du tissage à raison de 14 heures de travail quotidien dans les tristement célèbres obrajes, ateliers de textile où ils étaient enchaînés à leur métier à tisser.

Dieu merci, les Otavalos ont réussi à s’extraire de leur terrible condition pour devenir ensuite d’excellents commerçants et tisserands. Leur art de tisser est si reconnu qu’ils exportent leurs tissus à travers le monde entier.

Comme de nombreuses villes d’Amérique du Sud, le street art est un des grands moyens d’expression de la jeunesse équatorienne. Otavalo ne fait pas exception à la règle. En témoigne cette superbe fresque découverte à deux pas de la Plaza de los Ponchos.

Celle-ci évoque l’asservissement des Indiens Otavalos, mais également les luttes paysanes du début du XXe siècle qui permirent aux plus pauvres de s’opposer aux grands propriétaires terriens.

Et bien évidemment, la figure légendaire du grand Simon Bolivar apparaît pour venir libérer le peuple du joug des colons espagnols. Juché sur son beau cheval blanc, le général fait figure de libérateur. Bref, un parfait résumé (en plus glorieux) de l’histoire des luttes sociales et raciales des populations équatoriennes.

En longeant l’avenida Jaramillo, on aboutit bientôt à la Plaza 24 Mayo en face de laquelle se dresse la façade blanche de la Iglesia San Luis.

Pas de chance (encore une fois !), l’église est fermée. Tant pis pour les dorures de son autel, pour ses colonnes torsadées ou pour a chaire dressée au plus près des fidèles. Un bel exemple du baroque colonial. Bien évidemment, l’église donne sur la place, répondant ainsi aux critères de la foi indienne qui voulait qu’on pratiquât sa religion dans des espaces ouverts.

À deux pas de là se dresse cette petite fontaine plantée au beau milieu du Parque Simon Bolivar.

Au centre de la place, se dresse une statue de Ruminahui, le général de l’Inca Atahualpa, symbole de l’opposition indienne aux conquistadors espagnols.

Derrière la statue, on aperçoit le clocher de l’église San Luis, laquelle fut reconstruite après le tremblement de terre qui ravagea la ville en 1868.

Après cette petite visite de la ville au pas de charge, je m’en retourne tranquillement vers l’hôtel où m’attend Léa. Au passage j’apprécie les magnifiques demeures colorées de l’avenida Simon-Bolivar.

Au passage, je jette également un regard vers la iglesia El Jordan qui vénère la Sainte Vierge, représentée ailée et entourée d’étoiles comme la Vierge de l’Apocalypse. Pour l’anecdote, chaque dimanche matin, une messe est donnée en langage otavalo, le kishwa, une variante du quechua.

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