Parque nacional Cajas, lagunas Toreadora et Llaviulo
Jeudi 28 juin. Situé à 35 kilomètres à l’ouest de Cuenca par la route de Molleturo, le Parque nacional de Cajas est un des plus connus de tout le sud de l’Équateur. De nombreuses excursions sont organisées depuis Cuenca pour le visiter. C’est ce que nous allons faire aujourd’hui.
Pas de chance. Le temps n’est vraiment pas de la partie. Alors certes, il ne pleut pas, mais il fait un froid de canard et une brume épaisse recouvre le site. Tant pis, vamos ! Du coup, nous commençons notre visite par un petit trek de deux heures autour de la laguna Toreadora, située à plus de 4.200 mètres d’altitude.
Trois sentiers de randonnée parcourent la laguna, d’une durée maximum de 5 heures. Nous opterons pour la balade de deux heures, avec en principe un stop au mirador de Tres Cruces qui offre, paraît-il, un panorama imprenable… Sauf qu’avec cette purée de pois, il est difficile de profiter pleinement de la vue.
Heureusement, mon 35 mm Art fait des merveilles et me permet de prendre quelques belles photos malgré la brume qui recouvre le lac.
Le parque nacional de Cajas recouvre une superficie de 285 km² et alterne entre 3.150 4.450 mètres d’altitude. Sauvage à souhait, il est parsemé de quelque 235 lacs d’origine glaciaire, éparpillés aux quatre coins des montagnes andines.
En quechua, « Cajas » signifie « porte de la Sierra ». Il aurait pu tout autant s’appeler le château d’eau de Cuenca qu’il alimente en eau potable.
À lire le Routard, la brume qui recouvre le parc n’est pas vraiment une mauvaise surprise… La plupart du temps, le parc est recouvert d’un brouillard à couper au couteau et reste saisi en tout temps par un froid prenant… Bon, du coup, j’ai un peu moins de regrets.
Toujours est-il que se promener le long des berges du Toreadora procure une immense sensation de liberté. Ses arbres tortueux qui se nourrissent de son écosystème et de son humidité renforcent encore plus son côté sauvage et me permettent finalement de réaliser quelques beaux clichés.
Et au final, la présence de cette brume épaisse renforce la puissance sauvage de ce lieu unique. J’aime tout particulièrement cette photo.
Ce paysage est si sauvage, si dépaysant, qu’on se croirait presque transporté au fin fond de l’Écosse ou de l’Irlande… L’altitude en moins.
On continue notre trek au milieu de cette végétation étonnante, mélangeant bruyères et plantes tropicales humides, alternant entre haute montagne et paysages britanniques. Vraiment étonnant.
Mais au bout d’une heure de marche, on pénètre dans le saint des saints : papertree forest, une étrange forêt constituée d’immenses rosiers géants qui font penser aux paysages tourmentés des forêts de Game of thrones. Tout simplement fantastique.
En fait de rosiers géants, il s’agit surtout d’une même espèce, mais sans épines et sans fleurs. Mais l’entrelacs des branches et des racines crée un paysage tourmenté, quasi fantastique.
On se balade ainsi au gré des chemins qui montent et qui descendent en traversant la forêt. Sans guide, on aurait tôt fait de se perdre, c’est sûr !
Cette forêt extraordinaire (et je pèse mes mots !) met en évidence la formation de polylepis, de la qiwuña, du « quinoa » ou du « sapin en papier », qui mesure entre 8 et 10 mètres de hauteur et se développe au bord des lagons ou des ruisseaux et dans les endroits rocheux.
Passée cette description succincte… Place aux photos qui en disent plus long que tous les discours.
Après le passage par la « Papertree Forest », on reprend le cours de notre marche qui fait grosso-modo le tour de la laguna Toreadora.
Une petite photo pour se rendre compte de la purée de pois qui tombe la plupart du temps sur la lagune.
Entre pluie, bruine et brouillard, il vaut mieux être bien équipé pour faire ce trek à travers la lagune la plus représentative du parque nacional Cajas. Avec son ciré jaune, Léa ressort bien de cet étrange paysage qui mélange bruyères, herbes grasses et plantes tropicales. Stupéfiant.
La laguna Toreadora présente un écosystème complexe, territoire de nombreuses espèces et d’une flore endémique.
Au milieu de cette lande d’altitude, Léa est aux anges et poursuit sa marche sans râler. Ma fille grandit. Je suis si fière d’elle… J’adore cette série de photos d’elle.
Cette grande quantité de lagunes régule et conserve les ruisseaux de la région grâce à son drainage. Les rivières telles que Tomebamba, Mazan, Yanuncay et Miguir sont nées dans les Cajas et fournissent de l’eau potable à la ville de Cuenca.
La forêt pluviale subandine du parc est composée principalement d’espèces d’arbres et d’arbustes avec une grande diversité d’orchidées, de fougères et de mousses.
Quelques gros plans d’espèces endémiques que l’on peut trouver sur les berges de la lagune Toeradora.
Un peu d’histoire enfin. Entre les années 500 et 1450, les Cañaris formèrent une alliance fédératrice dont la population vénérait la lune, les lagunes et les montagnes. Une grande partie du parc Cajas était alors considérée comme un lieu sacré.
Pour la petite histoire enfin, le Chemin de l’Inca traverse le parc. Il est un vestige de la route reliant Tomebamba avec Tambo Paredones (Molleturo), sinuant entre les hauts plateaux et la côte. Cette route est praticable sur 4 km restaurés à l’intérieur du parc.
D’autres exemples de plantes que l’on peut trouver sur les rives du lac.
Après l’excursion autour de la lagune Toreadora, on redescend un peu en altitude pour respirer l’air frais autour du lac Llaviolo, à 3.160 mètres.
La laguna Llaviulo est un lac formé à la fin de l’ère glaciaire dont on peut faire le tour à pied en deux heures de temps.
Un sentier chemine d’abord autour des zones humides du lac, puis s’enfonce profondément dans une forêt constituée de nouveau par des bois de prolypelis.
Autour du lac, les hautes parois des falaises et les rochers épars rappellent qu’on est avant tout en haute montagne.
La laguna Llaviulo est le seul endroit où on peut admirer les minuscules « broméliacées » et leurs fleurs vertes, lilas et blanches.
Dans les Cajas, la faune caractéristique des hautes terres équatoriennes est très diversifiée. Si on est chanceux (mais visiblement, on ne l’est pas aujourd’hui !), on peut y croiser l’ours à lunettes, pumas, Yaguarundi, cerfs moorland, lapins maure, et autres tapirs de montagne. On y a également enregistré la présence de loups moorland.
Côté oiseaux, les plus importants sont le caracara, le condor, le toucan andin, les canards et les colibris. Le métaltail à gorge violette est endémique de Cajas et des vallées environnantes. L’avifaune se compose de 157 espèces d’oiseaux, faisant de leur observation une activité très importante dans le parc.
À l’extrémité nord du parc, on tombe nez à nez avec une construction en ruines qui était autrefois une usine tenue par un entrepreneur français.
Au total, quarante-quatre espèces de mammifères ont été identifiées dans le parc. Les espèces comprennent les types d’opossums, de chats et de chauves-souris. Il y a aussi des pumas, des coatis, des belettes, des moufettes, des renards, des porcs-épics, des pacas, des musaraignes, et d’autres rongeurs. Les espèces endémiques sont la souris d’eau Cajas appartenant et l’opossum de musaraigne de Tate.
Au moins dix-sept espèces d’amphibiens vivent autour des lagons de Cajas. La grande variété d’amphibiens suggère la présence d’une diversité d’insectes importante qui constituent leur principale source de nourriture.
À nul doute, la présence de l’eau à travers les centaines de lacs du parc national des Cajas est essentielle pour préserver l’écosystème local. Il existe actuellement 60 stations de surveillance où des échantillons d’eau sont prélevés et des analyses physiques et chimiques périodiques effectuées.
Une des mesures phares pour préserver l’intégrité du parc naturel est la limitation de la capacité touristique. Des analyses techniques ont été développées pour déterminer le nombre de visiteurs pouvant se trouver dans le même espace en une journée. Par exemple, dans le secteur de Llaviuco, le nombre optimal de visites est de 114 personnes, tandis que dans la lagune de La Toreadora (l’une des plus visitées), il peut accueillir 92 personnes.
94 % de la surface du parc national de Cajas correspond à l’écosystème du páramo ; 2 %, aux forêts indigènes ; 1 % à la végétation arbustive et 3 % aux zones humides.
Avec des eaux calmes et une forêt abondante avec des milliers de textures et de couleurs, la lagune de Llaviuco est vraiment idéale pour réaliser quelques beaux clichés de nature sauvage.
On estime qu’il y a des environ 500 plantes réparties dans 243 genres et 70 familles, ce qui équivaut à la moitié des genres de plantes vasculaires enregistrées dans les landes de l’Équateur.
De l’autre côté de la rive, on pénètre alors dans une magnifique forêt luxuriante où on retrouve peu ou prou la même végétation qu’autour de la lagune Toreadora.
Les essences de bois abondent dans cette partie du parc, et on retrouve ainsi les forêts de polylepis et de « sapins de papier », typiques de la « Papertree » de Toreadora.
Pour permettre la balade sans porter atteinte au milieu naturel, de nombreux aménagements ont été réalisés. On surplombe ainsi la lagune sur une bonne centaine de mètres grâce à la présence de passerelles abritées.
Depuis la passerelle, on a une vue unique sur la lagune et la canopée qui l’entoure.
Une fois redescendus de la passerelle, on pénètre de nouveau dans la forêt épaisse qui enserre la lagune. L’occasion pour moi de réaliser toute une série de clichés de cette forêt primaire. Mon 35 mm donne toute sa puissance.
Enfin, on achève la balade par la partie sud où on traverse les rivières qui alimentent la lagune. Dommage… J’ai oublié en France mon filtre nd 400 pour réaliser des pauses longues. Ce sera pour une autre fois.