De Puerto Lopez à Otavalo, de l'océan aux forêt de Ceibos
Lundi 2 juillet. En ce début de semaine, un long voyage nous attend, qui, au final, doit nous permettre de passer la frontière équatorienne pour nous rendre en Colombie. Une longue odyssée dont nous ne soupçonnons pas encore la fatigue… Qu’importe, nous sommes restés un jour de plus sur la côte Pacifique et ma fille est heureuse. L’essentiel est là. Avant de partir vers d’autres cieux, petite séance de photographie pour immortaliser l’hôtel Nantu dans lequel nous résidions.
Un petit paradis planté juste en face de la mer, un peu à l’écart du village sans trop nous en éloigner. Tout simplement idéal. Un seul regret tout de même : je n’ai pas pris le temps de me baigner dans les eaux du Pacifique. Il est vrai que le temps n’était pas vraiment au beau, dimanche.
Allez zou, une dernière photo du totem identifiant l’hôtel et on grimpe dans un tuk-tuk, direction la gare d’autobus. Notre taxi nous a posé un vilain lapin. Pas grave. Nous arrivons largement à l’heure pour grimper à bord du bus de 9 heures qui file tout droit vers Quito… Ou presque ! Plus de 9 heures d’autobus nous attendent !
En quittant Puerto Lopez, impossible de ne pas jeter un regard attendri vers la magnifique côte Pacifique qui défile sous nos yeux.
Sur le chemin, de petites boutiques de guingois vendent souvenirs et bibelots aux touristes égarés.
Puis on passe devant la fameuse plage de Los Frailes que nous n’aurons pas eu le temps de découvrir. Dommage, encadrée par deux collines, elle est l’une des plus belles plages d’Amérique du Sud. Ce sera pour une autre fois. En espérant qu’il fasse beau, cette fois !
Passé la côte Pacifique, nous nous enfonçons vers les terres, direction la petite capitale régionale de Jijijapa où nous nous arrêterons une bonne vingtaine de minutes.
Derrière la vitre de l’autobus, les paysages défilent lentement. On dit souvent que le meilleur moyen de découvrir un pays reste le train, mais en bus, ça vaut aussi parfois le coup.
Le long de la route entre Puerto Lopez et Jijijapa, les forêts de ceibos sont légion. Leurs silhouettes noueuses et harmonieuses surgissent brusquement des broussailles tropicales.
Passé Jipijapa, on s’enfonce dans le cœur du pays. L’Équateur que personne ne visite. Aucun intérêt. Juste la terre. Brute. Des villages qui ne portent pas de nom, des magasins qui n’en sont pas vraiment, des toits de tôle ondulée et de feuilles de palmiers.
Et des boutiques aussi. Ici, tout se vend et tout s’achète. Pas vraiment de loi. Des bouteilles d’on ne sait quoi vendues on se sait où. C’est comme s’il n’y avait pas de nom de ce côté-ci de la planète. « Queso manab ». Qui s’en soucie ? Des bouteilles alignées sur un présentoir et un bus qui file. Direction Quito. La ville de tous les rêves.
Un dernier ceibos surgit de la forêt tropicale. Forêt de broussailles et d’arbres qui ne portent pas non plus de nom. Pas de village. Juste la route qui traverse des paysages sans nom.
Au bout d’une heure, les paysages s’assagissent. La terre est travaillée. Des champs cultivés caressent les vitres du bus.
Un village apparaît. Une boutique. Une rue. Des filles regardent passer les bus comme des promesses d’avenir. Le soleil pèse sur les terrasses désertes.
Et encore des champs. Du blé peut-être. Plus sûrement du quinoa. Des ceibos encore. Des nuages blancs transcendent le ciel. Je me sens bien au milieu de nulle part.
Nulle part, ce sont aussi ces bicoques qui ne portent pas de nom, cabanes de bambous qui tremblent sous le vent, sous la vibration des camions et des bus qui passent. Des rues qui ne mènent nulle part. Des bancs accablés de soleil qui n’accueillent personne.
Et dans un virage, une maison qui semble faire face à l’adversité. Du linge qui sèche tranquillement au soleil. Rien ne transpire de ce côté-ci du monde.
Plus on s’enfonce dans le pays, plus le paysage devient rural. Le grenier à blé ou à grains de l’Équateur. Les céréales poussent sans qu’on ne leur demande rien. Le ventre du pays.
Puis le paysage s’élève de nouveau. La route quitte les terres cultivables pour les hauts plateaux du pays. Vers l’épine dorsale de l’Équateur. La chaîne des volcans. Quito. La capitale.
C’est vers 20 heures qu’on atteint enfin la ville. Gare centrale. Va-t-on passer la nuit ici, ou bien remonter directement vers Otavalo, la capitale du nord ? À l’étage de ma gare, je cours dans tous les sens et interpelle les vendeurs aux comptoirs des compagnies de bus. « Otavalo ? Otavalo ? » Un homme me conduit vers une compagnie située de l’autre côté de la gare. Il y a un dernier bus qui part dans cinq minutes. J’achète les billets et roule ma valise au pas de course. Sur le quai, un bus troue la nuit de ses lumières jaunes. Otavalo ! J’interpelle le chauffeur qui me fait un signe de la tête. Je fais signe à Léa de grimper à bord. Dernier bus pour Otavalo. Cette fois-ci, la chance est avec nous. Trois heures de route nous attendent encore.
Il fait nuit noire. Plus de photos. Juste l’angoisse de ne plus trouver d’hôtel ouvert à cette heure de la nuit. Réservation en poche, je serre fort le billet dans ma main. Trois heures plus tard, on descend à l’entrée de la ville. Des files de taxis jaunes attendent les derniers voyageurs de la nuit. On grimpe à bord d’une Ford et on file vers l’hôtel. Dieu merci. Celui-ci n’a pas encore fermé ses portes. La chambre nous attend. Rien à manger, mais un toit. L’essentiel. Demain matin, nous irons déjeuner de bonne heure, avant de prendre la route pour la Colombie. L’aventure continue.