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Auschwitz II Birkenau, chambres à gaz et solution finale

Auschwitz II Birkenau, chambres à gaz et solution finale

Mercredi 8 mars. Pause déjeuner. Je n’ai pas faim. Surtout après ce que je viens de voir. Manger ici serait comme une insulte à tous ceux qui sont morts de faim, qui se sont écroulés de fatigue lors de l’appel où qui sont morts pendant la nuit. La longue nuit. Auschwitz II Birkenau. Terminus des trains de la mort. Le temps de grimper dans un bus et nous y sommes.
Rien n’a changé depuis la libération du camp. La voie ferrée, la voie de la mort passe sous le porche d’entrée du camp. Ici, pas de musique, pas d’orchestre pour célébrer la mort. Juste le bruit des roues sur les rails, la marche au ralenti, la vision sinistre des barbelés que les victimes devaient entrevoir entre les planches des wagons à bestiaux où ils étaient entreposés. Auschwitz-Birkenau. L’abattoir. J’en ai froid dans le dos.

Auschwitz-Birkenau. Entrailles de la mort. Terminus des trains de la mort. Je ne veux pas penser aux chiffres, aux millions d’hommes pour qui ce dernier quai fut la dernière vision du monde. Les hommes en armes, les kapos, les officiers nazis, les gardes armés dans leurs tourelles, les chiens et les déportés qui les regardaient descendre vers la mort, leur dernière vision de l’humanité. Auschwitz-Birkenau.
Je ne veux voir que cette longue voie ferrée qui traverse le camp, je ne veux qu’entendre le crissement des roues sur les rails, le hurlement des freins, et tout au bout, comme un symbole de la fin de toute chose, la butée. La minuscule butée qui marquait la fin du grand voyage. La fin de tout. Terminus. La mort.

En novembre 1943, le camp est fractionné en trois parties ; tandis qu’Auschwitz I devient le Stammlager (« le camp-souche »), Birkenau devient Auschwitz II ; ce dernier comprend le centre d’extermination ainsi qu’un gigantesque camp de travail forcé. C’est là qu’ont péri plus d’un million de personnes, principalement des Juifs et des Tziganes. À partir de 1943, sous l’autorité du Lagerkommandant (qui commande l’ensemble des camps du complexe), Auschwitz II a son propre commandant (Friedrich Hartjenstein de 1943 à 1944, puis Joseph Kramer de mai à décembre 1944).

Les détenus arrivent de toute l’Europe en train, souvent après plusieurs journées passées dans des wagons à bestiaux. Certains sont déjà morts à leur arrivée : de soif, de faim, de maladie ou encore d’asphyxie.

Pendant la plus grande partie de l’existence du camp, les déportés arrivent au niveau de l’ancienne gare de marchandises d’Auschwitz et marchent environ un kilomètre jusqu’à Birkenau. La voie est prolongée pour terminer son trajet à l’intérieur de Birkenau (Auschwitz II), au plus près des dispositifs de gazage, au printemps 1944.

À peine sortis du train, les prisonniers subissent la Selektion. D’un côté, les faibles, les personnes âgées, les malades, les femmes enceintes, les enfants destinés à être gazés immédiatement. De l’autre, les adultes, les plus valides que les SS destinent au travail forcé. Souvent, le docteur Josef Mengele opérait en complément une sélection parmi les nouveaux venus pour conduire ses expériences.

Les détenus sont mis à nu, rasés, tatoués, dépossédés de leurs biens qu’on stocke dans des entrepôts appelés Kanada dans le jargon du camp. Les objets personnels de valeur font l’objet d’une comptabilité précise établie par l’administration du camp sous les ordres de Karl Möckel et sont ensuite envoyés en Allemagne, au rythme d’une fois par trimestre. Les survivants à ce premier tri sont répartis en groupes de travail (Kommandos) et employés comme main-d’œuvre esclave dans les usines dépendant du camp, mais aussi dans des fermes ou à l’intérieur du camp.

Auschwitz-Birkenau. Le règne de la mort. À la descente du train, le tri et la mort. Les chambres à gaz. Fours crématoires. Fumée noire. Cheminée et poussières. Odeurs pestilentielles de la mort. L’usine de la mort. Une plaque du souvenir appelle à ne jamais oublier.

Les chambres à gaz peuvent recevoir près de 1.440 personnes pour les plus grandes et 768 personnes pour les plus petites. Une salle dotée d’une installation sanitaire factice, laisse entrevoir une trappe sur le toit d’où le zyklon B est jeté par des gardes.

Auschwitz-Birkenau. Chambres à gaz et fours crématoires détruits à coups d’explosifs. Finalement, les Juifs ne sont plus des rats qu’il faut exterminer à coups d’insecticide. Tout détruire pour faire croire que cela n’a pas existé. Trop tard. Auschwitz-Birkenau. 1, 6 millions de victimes. La solution finale. Entreprise de mort.

Auschwitz-Birkenau. Après le gazage, les cadavres sont ensuite soigneusement examinés afin d’en extraire bagues ou d’éventuelles dents en or avant d’être aussi vite que possible brûlés dans les fours crématoires contigus. C’est la mission du Sonderkommando choisi parmi les prisonniers. Sonderkommando. Papa. Sonderkommando. Papa rescapé des camps de la mort. Jamais je n’oublierai. Sonderkommando. Papa miraculé. Je n’ai même pas de mot pour exprimer ma douleur.

Auschwitz-Birkenau. Vers la fin de la guerre, alors que les crématoires tournent à plein régime, les nazis tuent plus de victimes que ceux-là peuvent en accepter et doivent brûler les corps dans des fosses de crémation creusées à proximité. La dispersion des cendres est effectuée dans les champs ou les lacs alentour. Un de ces étangs à proximité des ruines d’une des chambres à gaz contient toujours un sinistre liquide grisâtre.

Auschwitz-Birkenau. À partir du 15 mai 1944, 440.000 Juifs hongrois sont déportés à Auschwitz-Birkenau après que la Wehrmacht a pris le contrôle de la Hongrie en mars. Parmi eux, 250 000 sont assassinés, les autres envoyés dans des camps de travail.

Auschwitz-Birkenau. Le 7 octobre 1944, des membres du Sonderkommando, 250 prisonniers responsables de la manipulation des cadavres après gazage, organisent un soulèvement. Ils se sont procuré des explosifs subtilisés par un Kommando de jeunes femmes juives travaillant dans les usines d’armement de l’Union Werke. Ils réussissent à détruire partiellement le crématoire IV. Après l’explosion, ils coupent les barbelés électrifiés à l’aide de pinces d’électricien, et s’échappent dans la forêt. Mais la plupart sont rapidement rattrapés puis liquidés : peu en ont survécu.

À partir d’août 1944, l’Armée rouge est à 200 kilomètres d’Auschwitz. Les autorités nazies envisagent alors la liquidation du camp en cas de nouvelles victoires soviétiques, ainsi que cela avait déjà été fait pour les autres centres d’extermination situés plus à l’Est. Aussi longtemps que cela a été possible, les nazis ont continué l’extermination dans les chambres à gaz.
Ce n’est qu’en novembre 1944 que les trois crématoires restants en activité sont dynamités. Avant cela, les nazis entreprennent de détruire et d’effacer les traces des crimes commis. Ils prennent soin d’assassiner la plupart des témoins oculaires du génocide et particulièrement les Juifs qui avaient travaillé dans les crématoires. Ils font nettoyer et recouvrir de terre par des déportés les fosses contenant des cendres de victimes. Ils brûlent les listes des Juifs exterminés, une partie des dossiers et de la documentation avant l’évacuation du camp.

Auschwitz-Birkenau. La vie malgré la mort. Vie de bêtes sans aucun espoir de survie. Vivre avec la mort. Parqués comme des bêtes. Barbelés électrifiés et tours de guets. Sentinelles. Chiens. Morts. Exécutions sommaires. Cadavres obstruant les ornières. Morts. Auwcvwitz-Birkenau. Le camp de la mort.

Auschwitz-Birkenau. Les prisonniers commençaient la journée à 4 h 30 du matin avec l’appel. Le docteur Miklos Nyiszli décrit l’appel comme débutant à 3 heures du matin et durant 4 heures. Les prisonniers étaient tenus de se maintenir en rangs à l’extérieur des baraquements et de rester là jusqu’à 7 heures, heure à laquelle les officiers SS arrivaient. Pendant ce temps, les gardes pouvaient leur infliger des punitions, pour un bouton manquant, une gamelle mal nettoyée.
Ils pouvaient ainsi être contraints à rester une heure en position accroupie, les mains sur la tête ou recevoir des coups. Les détenus étaient comptés et re-comptés. Miklos Nyiszli décrit comment la mort s’invitait également à l’appel du matin. Lorsqu’il était prisonnier en 1944-1945, de cinq à dix prisonniers étaient retrouvés morts après chaque nuit dans son baraquement. Les prisonniers relevant du service de Joseph Mengele étaient quant à eux réveillés à 7 heures, l’appel pour eux, ne durait que quelques minutes.

Auschwitz-Birkenau. Après l’appel, les Kommandos se mettaient en marche vers leur lieu de travail, par groupes de cinq, portant leur tenue de camp rayée, sans sous-vêtement, portant des sabots de bois mal adaptés à leurs pieds et sans chaussette. Un orchestre de prisonniers (comme l’Orchestre des femmes d’Auschwitz au camp pour femmes d’Auschwitz II-Birkenau) était obligé de jouer des airs entraînants pour accompagner le départ des prisonniers vers leur lieu de corvée. Les Kapos avaient la responsabilité des autres prisonniers tout comme l’escorte SS qui les accompagnait. La journée de travail durait 12 heures en été et un peu moins en hiver.

Auschwitz-Birkenau. La plupart des tâches étaient relatives à la construction du camp, aux travaux dans les gravières, ou dans les dépôts de bois. Aucune pause n’était accordée. Un prisonnier était même assigné aux latrines pour mesurer le temps que les détenus prenaient pour se vider la vessie et les intestins. Le dimanche n’était pas un jour de travail, mais les prisonniers ne se reposaient pas pour autant. Ils devaient nettoyer les baraquements et prendre leur douche hebdomadaire.

Auschwitz-Birkenau. Un second appel était effectué le soir. Lorsqu’un prisonnier manquait à l’appel, les autres devaient rester en place jusqu’à ce que la cause de cette absence soit identifiée, ceci, indépendamment des conditions climatiques et même si cela devait durer des heures.
Des punitions, collectives ou individuelles, étaient infligées sur base de ce qui s’était produit durant la journée. Les prisonniers recevaient alors leur ration d’eau et de pain et regagnaient leur baraquement. Le couvre-feu intervenait deux ou trois heures plus tard. Les prisonniers dormaient sur des banquettes de bois, sur leurs vêtements et chaussures pour éviter qu’ils ne soient volés.

Auschwitz-Birkenau. Il n’y avait pas de latrines avant 1943, deux ans après que la construction du camp n’eut démarré. Le camp était infesté par la vermine comme les poux qui étaient vecteurs de maladies et les prisonniers mourraient en masse d’épidémie de typhus ou d’autres maladies. Le noma, une infection bactérienne liée à la malnutrition, était une cause de mortalité infantile importante dans le camp des Roms.

Auschwitz-Birkenau. Les blocks. Les paillasses. Promiscuité, violence, maladies. Mort. Toujours la mort. De huit cents à mille détenus étaient entassés dans les lits de bois superposés de chaque baraquement. Incapables de s’allonger complètement, ils dormaient en long ou en travers, avec les pieds de l’un sur la tête de l’autre, le cou ou la poitrine. Dépouillés de toute dignité humaine, ils se frappaient, se mordaient, se donnaient des coups de pied afin de grappiller quelques centimètres d’espace supplémentaire pour dormir un peu plus confortablement, ce qui rendait leurs nuits fort courtes.

Auschwitz-Birkenau. L’hiver, une installation de chauffage sommaire parvenait à maintenir une température limitant le nombre de décès par hypothermie. Chaque baraquement était équipé de deux cheminées en briques. Placés à chacune des extrémités du bâtiment leurs foyers étaient reliés par un large conduit bâti à même le sol, dans l’axe du baraquement. Ce système de chauffage demeure l’un des vestiges d’origine encore visibles.

Auschwitz-Birkenau. L’organisation du mouvement de résistance clandestin à Auschwitz remonte à la seconde moitié de 1940, peu après que le camp fut devenu opérationnel, en mai 1940. En septembre 1940, Witold Pilecki est interné au camp. Pilecki, se faisant appeler Tomasz Serafiński s’était laissé capturer par les Allemands dans les rues durant une łapanka (rafle) dans l’unique but de se faire déporter à Auschwitz pour y récolter des informations de première main sur ce tout récent camp de concentration et pour y organiser la résistance.
Sous la direction de Pilecki, l’Union des organisations militaires (ZOW)) fut constituée. Initialement, ce mouvement était composé de prisonniers politiques et de prisonniers de guerre polonais issus d’anciens éléments de l’armée et de la résistance polonaise. En février 1942, le colonel Kazimierz Rawicz, sous le pseudo de Jan Hilkner, organisa une cellule de l’Union de combat armé (ZWZ).

Auschwitz-Birkenau. Les objectifs principaux de la résistance à Auschwitz étaient l’aide apportée aux prisonniers pour survivre, en ce compris la contrebande de médicaments avec l’aide de Polonais à l’extérieur du camp, la collecte d’informations sur les atrocités, l’organisation des évasions et de préparer une éventuelle insurrection du camp.
Cette dernière ne vit jamais le jour bien que plusieurs révoltes furent menées, la plus connue d’entre elles étant le soulèvement des sonderkommandos à Auschwitz II – Birkenau le 7 octobre 1944. Elle commence par la nouvelle d’une sélection en vue de liquider les membres des Kommandos 59 et 69 travaillant dans les crématoires IV et V. Le feu est mis au crématoire IV. Une partie de Sonderkommandos parvint à atteindre la forêt voisine malgré le peu d’armes à leur disposition. Les Allemands se mirent en chasse des fugitifs faisant plusieurs centaines de morts. Le crématoire IV fut détruit

Selon les estimations datant de Franciszek Piper, historien du musée national Auschwitz-Birkenau, le bilan d’Auschwitz s’établit ainsi : 1,3 million de personnes ont été déportées dans les camps d’Auschwitz. 1,1 million de déportés y sont morts dont : 960.000 Juifs, 70.000 à 75.000 Polonais non juifs, 21.000 Tziganes, 15.000 prisonniers de guerre soviétiques, 10.000 à 15.000 détenus d’autres nationalités (Soviétiques, Tchèques, Yougoslaves, Français, Allemands, Autrichiens, Belges, Hollandais).

Auschwitz-Birkenau. Le matin, les prisonniers recevaient une boisson chaude mais pas de nourriture. Le midi, ils recevaient une soupe claire sans viande et le soir, un quignon de pain rassis. La plupart des prisonniers gardaient un peu de pain pour le lendemain matin. La ration journalière ne dépassait pas 700 calories, à l’exception des détenus soumis aux expérimentations médicales qui étaient mieux nourris et mieux vêtus. Les conditions sanitaires étaient déplorables et l’eau potable manquait.

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