Berchtesgaden, la traversée du lac Konigssee
Vendredi 14 juillet. Après cette nuit rocambolesque passée dans ma voiture sur le parking de mon auberge, j’ai encore du mal à comprendre que je viens de passer ma nuit dehors. Heureusement nous sommes en été. Vers quatre heures du matin, je suis réveillé par les premiers chants des oiseaux. Il fait encore nuit, mais le jour ne tardera plus longtemps à se lever. Quelle nuit ! J’ai froid. Aller-retour jusqu’à mon coffre pour chercher ma polaire et l’enfiler. Mince ! En me levant, je viens de faire tomber le masque que j’avais mis sur mes yeux pour éviter de dormir avec la lumière du parking. Dans cette semi-obscurité, impossible de la retrouver. Tant pis, je ferme quand même les yeux. Une petite demi-heure plus tard, un riverain fait son petit tour matinal. Ok, je fais comme de si rien n’était… Non, non, je n’ai pas dormi là… Mais si en fait ! Et je ne décolère toujours pas contre mon fichu gps qui m’a fait tourner en bourrique et m’a fait arriver à l’auberge avec presque deux heures de retard. Grrrrrrrrrrrr… Et ces fichus montagnards autrichiens qui ferment toutes les portes passées 21 heures.
Ok, je n’arrive plus à dormir. Autant prendre la route et arriver de bon matin à Berchtesgaden. Une petite demi-heure plus tard, me voici devant le grand parking. Le temps de bien comprendre la situation et je saisis que le nid d’aigle d’Hitler a été démoli il y a bien longtemps. En même temps, je suis plutôt soulagé. Du coup, le réel intérêt d’être ici est de profiter à plein du lac, le Konigsee.
Le principe est simple : des bateaux font la rotation toute la journée entre les différents hameaux qui bordent le lac, l’intérêt étant de s’arrêter à mi-chemin pour une petite randonnée improvisée le long du lac, puis de revenir à son point de chute pour reprendre le bateau vers le point de départ.
Sauf que je comprends ce système bien trop tard. Je ne me suis pas organisé en conséquence et mes affaires chaudes (il fait un froid de canard et la pluie menace de tomber à tout moment) sont restées dans le coffre de la voiture. Vers 7 heures, je prends donc le premier bateau et l’option courte : jusqu’à l’église Sankt Bartholoma. Allez zou, je jette un regard sur la baie et j’embarque.
Après seulement quelques brassées, le petit port de Konigsee où s’amarrent les bateaux électriques qui font le tour du lac. Pas de bateaux à moteur, ici. Et ce, depuis très longtemps, depuis 1909 exactement. D’autres mesures furent prises tout au long du XXe siècle pour maintenir une eau de grande pureté. La France a bien de quoi s’inspirer pour préserver ses espaces naturels.
En sortant du port, les rives du lac se dressent et s’étirent jusqu’au sommet des montagnes. Pendant la dernière glaciation, ce lac profond s’est formé par les mouvements des glaciers et était retenu par un barrage naturel à son écoulement. La beauté du lac et sa rive sont à l’origine du « parc national de Berchtesgaden » qui englobe une grande partie du lac.
Le lac s’écoule par plusieurs ruisseaux vers la Salzach, en Autriche. La « Eistal » (littéralement « vallée de glace »), creusée par le « Eisbach » s’ouvre au centre du « Watzmann ». Les débris emportés par le ruisseau forment une péninsule de 85 ha, le « Hirschau » où se trouvent la chapelle Saint Bartholomä et un relais de chasse (actuellement restaurant avec terrasse). Justement, ce sont ces deux monuments, les seuls de la péninsule qui apparaissent au milieu du fjord.
Sankt Bartholomä. A mi-chemin du lac. C’est ici que je décide de descendre. Et je peste encore de n’avoir pas emmené avec moi mes affaires de randonnée. L’endroit est idéal, et justement très réputé pour ses circuits. Bref, je suis rattrapé par mon impréparation et mon improvisation qui ont suivi mon départ avorté pour la Russie.
Seule petite consolation, le temps n’est vraiment pas au rendez-vous. La pluie menace à tout moment, et bientôt, avec la bruine persistante et le crachin qui vont tomber, les nuages qui vont s’agglutiner autour des montagnes empêchant de rien voir, mes regrets vont finir par s’évanouir.
En attendant, je profite de la belle vue sur le fjord et me dirige vers le relais de chasse… J’ai une faim de loup ! Une bonne tranche de gâteau aux pommes et un café bien chaud n’attendent que moi… Si je parviens à me faire comprendre ! Les deux aubergistes ne parlent pas un traître mot d’anglais. Alors de français.
À mi-chemin de la rive ouest, le paisible reflet des murs blancs et des bulbes rouges de la chapelle Sankt Bartoloma contraste avec les versants abrupts qui l’encadrent.
Étrange tout de même que cette chapelle aux allures orientales posées au bord du fjord.
Cette surprenante église de pèlerinage date de 1134 et abrite à ses côtés le fameux relais de chasse des rois bavarois, aujourd’hui transformé en taverne. C’est ici que je prendrai mon café et mon gâteau aux pommes.
Pour passer le temps avant de reprendre le bateau du retour (le temps se gâte franchement et sans affaire de rando, pas de marche…) Et puis avec la nuit blanche que je viens de passer, pas vraiment le goût à l’effort aujourd’hui, je fais une petite balade le long du fjord.
Depuis le rivage, on a une vue à couper le souffle sur tout le fjord creusé par les glaciers, il y a 100.000 ans de ça… Une vue profonde et encore claire, agrémentée de jolis premiers plans : des fleurs.
Mais aussi quelques rochers et de la végétation… Quelques troncs d’arbres.
Des souches mortes…
Sans oublier la langue étroite du rivage… Bref, de magnifiques perspectives qui permettent de rehausser la beauté de ce lieu étonnant.
Retour vers la chapelle et le relais de chasse. Des prés ont été aménagés dans cette étroite bande de terre surmontée des sommets du parc naturel, et notamment du Watzmann, un des parcours les plus difficiles des Alpes orientales.
Toujours pas de bateau à l’horizon, si ce n’est quelques embarcations privées qui remontent et descendent le lac. Je décide donc de faire une nouvelle petite excursion le long du rivage, mais cette fois-ci, sur la rive opposée.
Un petit chemin pédestre a été aménagé le long du rivage, bordé à l’est par les prés et la prairie.
D’ici, le point de vue sur le fjord est beaucoup moins spectaculaire, mais on peut tout de même juger de la clarté des eaux préservée par l’interdiction de la circulation des bateaux à moteur sur le lac.
Et une fois encore, je m’amuse avec les premiers plans pour donner quelques perspectives sympathiques sur le décor du lac.
Retour à l’embarcadère. Cette fois-ci, la silhouette du bateau du retour apparaît au fond du lac. Il pleut maintenant franchement et le mauvais temps pousse une colonie de Chinois à venir s’abriter sous le toit de l’embarcadère. Pour eux, cette visite du lac Konigssee ne sera qu’un simple aller-retour. Je jette un dernier regard sur le fjord à travers les fenêtres de mon abri.
Quelques minutes plus tard, je suis à l’abri de la pluie et du vent qui viennent fouetter les hublots du bateau. La brume et les nuages viennent gâcher la vue sur les montagnes. Vraiment pas de regret de ne pas avoir fait la rando. Pour voir quoi au juste ?