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A travers le dédale du vieux Jeddah, la porte de La Mecque

A travers le dédale du vieux Jeddah, la porte de La Mecque

Mardi 21 octobre. On poursuit notre visite à travers le dédale de rues de la vieille ville de Jeddah. Sur la rive orientale de la mer Rouge, Djedda a été à partir du VIIe siècle l’un des ports les plus importants sur les routes commerciales de l’océan Indien. C’est ici qu’arrivaient les marchandises à destination de La Mecque.

C’était aussi le port d’arrivée pour les pèlerins voyageant par la mer. Ce double rôle a permis le développement d’une ville multiculturelle, caractérisée par une tradition architecturale originale, née de la fusion des traditions de construction en corail de la région côtière de la mer Rouge avec des idées et savoir-faire glanés le long des routes commerciales. Au XIXe siècle, les élites marchandes y ont notamment bâti de superbes maisons-tours.
La ville historique de Djeddah est un témoignage exceptionnel de la tradition architecturale de la mer Rouge, un style de construction autrefois répandu dans les villes situées sur les deux côtes de la mer Rouge, dont ne subsistent que de rares vestiges situés en dehors du royaume d’Arabie Saoudite.

Ce style est caractérisé par les imposantes maisons-tours ornées de larges roshans en bois et construites à la fin du XIXe siècle par les élites marchandes de la ville, et également par des maisons plus basses en pierre de corail, des mosquées, des ribat, des souks et de petites places publiques, cet ensemble composant un espace animé.
La ville historique de Djeddah revêt un rôle symbolique en tant que porte de La Mecque pour les pèlerins musulmans qui ralliaient l’Arabie en bateau depuis le VIIe siècle, à l’époque où le troisième calife Othman ibn Affan fit de Djeddah le port officiel de La Mecque.

Son lien étroit avec le pèlerinage annuel musulman du hadj a donné à la ville historique de Djeddah une population cosmopolite où les musulmans d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient ont vécu et travaillé, contribuant à la croissance et à la prospérité de la ville.
La ville historique de Djeddah témoigne du développement ultime du commerce maritime de l’océan Indien après l’ouverture du canal de Suez en 1869 et l’apparition des bateaux à vapeur qui reliaient l’Europe à l’Inde et à l’Asie.

Ce développement enrichit considérablement de nombreux marchands qui firent construire des maisons somptueusement aménagées, et cela conduisit également à l’essor des souks et des mosquées.

De plus, l’augmentation du nombre de navires de mer permit à un nombre très accru de pèlerins de faire le pèlerinage à La Mecque, ce qui a conduit à l’augmentation du nombre de dispositifs d’hébergement pour ces visiteurs.
Ces maisons-tours roshan sont un exemple exceptionnel d’une typologie de bâtiments unique dans le monde arabo-musulman.

Leur conception esthétique et fonctionnelle spécifique – absence de cour, façades décorées de roshans, pièce au rez-de-chaussée utilisée pour les bureaux et le commerce, pièces louées aux pèlerins – reflète leur adaptation à la fois au climat chaud et humide de la mer Rouge et à la spécificité de Djeddah, porte de la ville sainte de La Mecque pour les pèlerins arrivant par la mer et important pôle commercial international.
La construction des maisons-tours roshan dans la seconde moitié du XIXe siècle illustre l’évolution des flux du commerce et des pèlerinages dans la péninsule Arabique et en Asie suite à l’ouverture du canal de Suez en 1869 et au développement des routes maritimes empruntées par les bateaux à vapeur pour relier l’Europe à l’Inde et à l’est de l’Asie.

L’extraordinaire singularité des maisons-tours de Djeddah est encore accrue du fait qu’elles ne sont pas seulement uniques dans la culture de la région de la mer Rouge, mais aussi les seuls vestiges d’une typologie architecturale née à Djeddah qui, à la fin du XIXe siècle, s’est étendue aux villes voisines du Hedjaz de Médine, La Mecque et Taif, d’où elle a complètement disparu depuis sous la pression du développement moderne.

Un peu d’histoire maintenant. Jeddah, située sur la côte de la mer Rouge, possède une histoire qui remonte à plus de 2.500 ans.
Selon les récits traditionnels, la tribu de Bani Quraych y aurait établi un village de pêcheurs après la mort de Qusayy ibn Kilab, ancêtre de Mahomet.

La ville s’est développée grâce à sa position stratégique comme port commercial reliant l’océan Indien à la Méditerranée.
Au VIIe siècle, le calife Omar ibn al-Khattâb en a fait le port officiel de La Mecque pour les pèlerins arrivant par la mer. Cette décision a transformé Jeddah en une porte d’entrée cruciale pour le pèlerinage du Hajj, renforçant son rôle religieux et économique dans la région.

Sous les dynasties successives, des Mamelouks aux Ottomans, la ville a été fortifiée avec une muraille pour se protéger des incursions portugaises au XVIe siècle. Ces remparts ont défini les limites du quartier historique d’Al-Balad jusqu’au XXe siècle.
Au début du XXe siècle, Jeddah est passée sous le contrôle du roi Abdelaziz Al Saoud après la chute de l’Empire ottoman.

La découverte du pétrole dans les années 1930 a accéléré sa modernisation. Le démantèlement des murailles dans les années 1940 a permis à la ville de s’étendre au-delà d’Al-Balad.
Dans la seconde moitié du XXe siècle, Jeddah est devenue un centre financier et diplomatique majeur, accueillant la première banque islamique moderne en 1975 et le siège de l’Organisation de la coopération islamique. Le développement du port et de l’aéroport international a consolidé son statut de hub régional.

Aujourd’hui, Al-Balad, avec son architecture de corail et de bois, est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. La ville continue de se transformer avec des projets comme Jeddah Tower, conçue pour devenir la plus haute du monde.

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