Panama city, la baie de toutes les convoitises
Mardi 9 juillet. Avant de retourner à l’hôtel me reposer un peu, impossible de résister à l’envie de découvrir un peu cette fameuse baie de Panama qui fut l’objet de tant de convoitises pendant des siècles, véritable tête de pont de l’empire colonial espagnol durant deux siècles.
Et pour cela, il faut aller jusqu’à la pointe nord du Casco Viejo, dépasser les vieux bâtiments décrépis de la pointe des Français et monter jusqu’à la promenade envahie le jour par une horde de petits marchands ambulants.
De là, on a une vue sur une grande partie de la baie laissée quasiment à l’abandon, ensablée et envasée depuis qu’un immense pont en béton rejoint les deux côtés de l’anse de Panama. Difficile dans ces conditions d’imaginer les premiers galions espagnols accoster dans cette fameuse baie, chargés de chevaux, d’armes, de munitions et de conquistadors assoiffés de pouvoir, de conquête et de rêves d’ascension sociale.
C’est pourtant bien ici, dans cette baie, que les premiers conquistadors ont débarquée pour partir à l’assaut des richesses de l’Amérique centrale et du Sud, à l’assaut des empires Incas et Aztèques, ivres de gloire et de reconnaissance.
Panama la Vieja, ce qui est aujourd’hui la vieille ville, a été fondée le 15 août 1519 par le conquistador Pedro Arias Dávila, avec 100 habitants. Premier établissement européen sur la côte Pacifique, le village de pêcheurs devient rapidement une tête de pont pour l’exploration et la conquête de la région du Pérou et un point de transit pour l’or et l’argent à destination de l’Espagne.
Les métaux arrivent de Callao par bateau, puis sont transportés à dos de mule de Panama à Nombre de Dios où des bateaux venus de Carthagène les chargent. Deux ans plus tard, en 1521, la ville acquiert le titre de Ciudad Real (« cité royale ») et un blason par arrêté royal de Charles Quint.
La prospérité de Panama devient l’objet de nombreuses convoitises des pirates. En 1671, le pirate gallois Henry Morgan avec ses 1.200 hommes bat les forces locales lors de la bataille de Mata Asnillos, puis saccage complètement la ville.
En 1670 Henry Morgan fait avertir les Aventuriers, tant Français qu’AngIais de la Jamaïque, de la Tortue et de Saint-Domingue, qu’il formait une armée considérable afin d’attaquer une place importante, assurant que s’il remportait la victoire, chacun aurait assez de bien pour se retirer, et que pour lui, il se flattait que ce serait son dernier voyage et donna rendez-vous à sa bande au cap Tiburon à Haïti.
Après avoir séjourné quelque temps au Cap Tiburon, Morgan se voit chef d’une flotte de trente-sept vaisseaux, tant petits que grands. Le sien était le plus considérable, sur lequel il avait mis vingt-quatre pièces de canon et huit barces de fonte. Les autres navires étaient montés de 16, 14, 12, 10 ou enfin quatre pièces de canon au moins.
Morgan se retrouva bientôt à la tête de 2.200 hommes tous résolus à bien se battre pour avoir un riche butin. Morgan tint ensuite conseil avec tous les capitaines et les autres principaux officiers, pour décider de la place serait attaquée. Il en proposa trois : Panama, Carthagène et Veracruz, dans le Golfe de la nouvelle Espagne…
Après une courte réflexion, Panama fut choisie. Et pour cause, Panama était celle dont la prise serait la plus avantageuse, parce qu’elle était la plus riche des trois. Après une bonne centaine de mètres à pied le long de la promenade, on passe de l’autre côté de la pointe des Français pour avoir une autre vue sur la baie et sa forêt de gratte-ciel qui poussent comme des champignons.
Allez je profite de cette petite balade sur le front de mer pour rompre les chaînes… et poursuivre mon aventure au cœur de l’histoire des pirates du XVIIe siècle et du sac de Panama par les compagnons de Morgan, le corsaire gallois.
En cette fin du XVIIe siècle, tous les ans, les galions du Roi d’Espagne chargé d’argent arrivaient des mines du Pérou à Panama d’où il était apporté par terre de cette ville à celle de Portobello, sur des mulets, afin d’y être chargé pour l’Espagne.
Toutes les marchandises qui allaient au Pérou, étaient aussi déchargées à Portobello et portées par la même commodité des mulets à Panama, d’où elles étaient chargées sur des galions de la mer du Sud, et rapportées au Pérou, au Chili ou en d’autres lieux sous la domination du Roi d’Espagne.
Les pirates de Morgan conclurent ainsi de prendre l’île Sainte Catherine, pour avoir des guides qui conduiraient l’armée à cette ville, parce que cette île qui tenait lieu dans les Indes pour le Roi d’Espagne, permettait d’y trouver des bandits relégués, qui seraient bien aises de servir de guides, et de sortir ainsi de l’esclavage.
Après quoi Henri Morgan se fit reconnaître de tous comme Amiral et Général. Il fit également prêter le serment de fidélité, et divisa sa flotte en deux escadres tous deux différends pavillons ; l’une sous le pavillon Royal d’Angleterre, qu’il portait au grand mât et l’autre sous le pavillon blanc.
Le 28 janvier 1671, Morgan commanda à ses gens de se préparer au combat. À partir du lever du soleil, les pirates commencent à descendre de la colline en 4 groupes de 300 hommes armés de mousquets pour rejoindre une petite éminence, d’où ils découvrirent l’armée des Espagnols qui marchait en bon ordre. Le gouverneur de Panama se prépare alors pour la défense avec 1.200 fantassins et 400 cavaliers dont une partie seulement est des soldats professionnels.
Cette force espagnole a seulement 600 armes à feu, composées principalement d’arquebuses. Les autres soldats ne sont principalement armés d’armes coupantes pour la défense, comme des machettes, des piques et des lances.
Morgan fit ranger son armée en bataille. Les deux cents enfants perdus furent devant pour s’opposer à la cavalerie, qui espérait venir fondre sur les Aventuriers mais le terrain étant un peu marécageux, les chevaux ne voulaient pas passer. Les enfants perdus, chargèrent : la moitié tirait pendant que l’autre chargeait, si bien que le feu était continu, et que chaque coup portait. Ce combat dura environ deux heures et toute la cavalerie fut défaite.
Sans autre option, le gouverneur de Panama ordonna à toute l’infanterie d’avancer, mais le premier tir de barrage de mousquets des pirates s’acheva avec environ 100 hommes hors de combats, ce qui provoqua la fuite de toutes les troupes locales et leur défaite.
Les corsaires poursuivent les vaincus vers la ville, mettant hors de combats entre 400 et 500 habitants. La ville de Panama était alors ouverte de toutes parts, et sans murailles, n’ayant pour toute forteresse que deux redoutes ; une sur le bord de la mer avec six pièces de canon de fonte, et l’autre vers le chemin qui venait de « Venta de Cruces », sur laquelle il y avait huit pièces de canon de bronze.
Elle pouvait contenir six à sept mille maisons toutes bâties en bois de cèdre. Les rues étaient belles, larges. Il y avait huit monastères, tant d’hommes que de femmes, une Église épiscopale, et une paroissiale, un hôpital administré par des religieuses…
Après avoir entendu parler de la défaite, un capitaine de l’artillerie fit sauter des barils de poudre dispersés à travers la ville, provoquant un gigantesque incendie. Les pirates entrèrent dans la ville et le combat commença dans les rues et sur la plage de Prieta, sur la côte sud, pour le contrôle des bateaux. Un grand nombre de corsaires parvinrent à mettre hors de combat tous les défenseurs. Les pirates contrôlaient alors Panama Viejo, et commencèrent le sac de la ville tout en combattant le feu jusqu’à minuit…