Parc national de la langue de Barbarie, les richesses naturelles de la mangrove
Mardi 25 septembre. Incontournable pour découvrir la Langue de Barbarie, la pirogue est essentielle pour aller au plus près de la nature de ce parc national créé en 1976 à une vingtaine de kilomètres au sud de Saint-Louis.
Peu à peu, on s’éloigne donc de la ville pour remonter tranquillement le fleuve Sénégal. Là, les premiers oiseaux apparaissent. En l’occurrence, un magnifique balbuzard qui espionne les eaux du fleuve en quête de poissons.
Autour de nous, la mangrove s’étend à perte de vue et abrite une faune d’une richesse incroyable. Mais à cette saison, encore éloignée de la migration annuelle, les aigrettes et hérons cendrés sont encore les plus nombreux à fréquenter les lieux.
En s’enfonçant encore plus profondément dans la Langue de Barbarie, on découvre les premiers palétuviers de la mangrove.
D’abord isolés, ils deviennent de plus en plus nombreux à mesure que l’on s’enfonce dans le bras d’eau.
La mangrove, et son maintien bien sûr, est essentielle à la préservation du parc naturel. Elle est le lieu de reproduction des poissons, mais aussi des tortues et de certains oiseaux.
La majesté des lieux se renforce à mesure que les forêts de palétuviers se font plus denses.
Les racines de ces arbres surgissent de l’eau, se courbent, s’élancent vers le ciel puis replongent dans les eaux riches du fleuve.
Au loin, les balbuzards, têtus, scrutent les eaux sans broncher. Ils peuvent rester là des heures entières, immobiles, à attendre qu’une proie se présente.
Le parc national de la Langue de Barbarie s’étend le long de la bordure lagunaire continentale, à l’extrême droite sablonneuse de la région, en passant par deux îlots situés en plein milieu du fleuve Sénégal.
Ce sont sur ces petites langues de sable blanc que se réfugient les colonies de pélicans blancs. Car ces cordons dunaires servent de lieux de reproduction pour ces oiseaux si emblématiques du parc.
Ils sont là des milliers à demeure, partageant leur banc de sable blanc avec quelques autres espèces, et notamment les cormorans, qui, comme eux ne migrent pas.
Si les pélicans sont si nombreux dans ce bras du fleuve, c’est que les poissons sont également très nombreux et fournissent une nourriture à l’année.
Vraiment quelle chance j’ai d’être venu à la fin de la saison des pluies, quasiment seul à naviguer sur les eaux du fleuve, ce qui me permet d’observer à loisir ces grands oiseaux majestueux, sans risque de les voir s’envoler par la présence d’autres touristes auprès de notre embarcation.
Mais je veux pouvoir aussi les observer en plein vol, et du coup, mon guide frappe énergiquement ses mains pour les faire fuir. Leur vol groupé, coordonné, est majestueux.
Autour du fleuve, le site est planté de filaos, de palmiers et d’acacias géants où évoluent aigrettes, hérons cendrés, grands cormorans, ibis, aigles pêcheurs, sternes caspiennes et royales, tortues vertes, luths à écailles, varans… Sans oublier les pélicans, blancs et gris.
Une fois arrivés au bout de la langue dunaire (qui s’étend tout de même sur plus de 30 km sur 150 à 400 m de large), nous mettons pieds à terre.
Notre guide nous emmène jusqu’à l’embouchure du fleuve Sénégal, jusqu’au partage des eaux.
Il nous faut marcher vingt bonnes minutes le long de la plage de sable blanc… Et des ordures ramenées par les courants. Mais notre effort vaut la peine. Au loin, nous apercevons enfin la ligne de partage des eaux.
La frontière est bien marquée : d’un côté, les eaux boueuses et chargées de sédiments du fleuve, et de l’autre les eaux bleues de l’océan. On ne peut pas se tromper tellement la différence est bien visible à l’œil nu.
C’est devant cette ligne de partage des eaux que nous prenons quelques photos-souvenirs. C’est idiot sans doute, mais c’est la première fois que je me retrouve vraiment à l’embouchure d’un fleuve.
Le temps d’observer la ligne de partage des eaux entre l’océan Atlantique et le fleuve Sénégal et nous remontons à bord de notre pirogue où Ibou, notre guide, nous attend avec de nouvelles blagues.
Une nouvelle petite photo-souvenir avec mes compagnons suisses d’embarcation et nous remontons de nouveau le fleuve.
Naviguer le long du fleuve, avec en vue la ligne d’eau de l’océan, est une expérience unique. Il semble un moment que le temps se soit arrêté, que nous soyons à notre tour plongés dans un lointain passé, quand les hommes, ici, venaient encore pêcher pour subvenir aux besoins de leur famille.
Sur la longue langue de sable, les oiseaux sont encore très présents. Hérons cendrés et cormorans scrutent attentivement la surface de l’eau en quête de poissons.
Sur la plage, les crabes d’eau douce cavalent à cent à l’heure à la pointe de leurs minuscules pinces. Un sixième sens les avertit immédiatement de notre présence toute proche, et sentant le danger, se précipitent à vive allure dans les eaux salées de l’océan afin de nous échapper.
Au-dessus de nos têtes, le vol groupé des pélicans vient cisailler le bleu du ciel. Majestueux magique comme leurs ailes blanches tachées de noir.
Plus loin, ô surprise, un ibis rose a déjà traversé les milliers de kilomètres de sa migration pour venir passer l’hiver au cœur de la Langue de Barbarie. Son long bec noir et son vol plané, agile, lui permettront d’attraper facilement ses proies à la surface du fleuve.
Au loin, sur les premières tiges vertes des palétuviers, les aigrettes patientent elles aussi le moment de capturer une proie.
En remontant de nouveau le fleuve, nous faisons une halte sur une des îles du fleuve Sénégal. Un sanctuaire pour les pélicans blancs et les cormorans.
Nous nous approchons très lentement à bord de notre pirogue, mais les pélicans ont comme un sixième sens qui les avertit de notre présence. Certains d’entre eux prennent leur envol.
Les uns après les autres, les pélicans décollent. C’est un spectacle extraordinaire et d’une grande beauté. Il semble que tous soient unis par le même instinct de préservation.
De dos, on apprécie encore mieux leur technique de vol, la façon dont ils extraient d’abord leurs pattes de l’eau, les rétractent contre leur corps pour s’élancer dans les airs.
Nous nous éloignons de nouveau. L’inquiétude palpable s’apaise chez les pélicans. Leur vie communautaire reprend comme si de rien n’était. Ils sont des centaines sur les bancs de sable de l’île.
Certains d’entre eux profitent de cet instant pour aller faire trempette, tandis que les plus âgés, dressés sur leurs pattes, guettent encore la présence des hommes et veillent su leur progéniture.
Puis c’est la détente générale. Moins nerveux désormais, les pélicans en profitent pour faire un brin de toilette, les uns dans les eaux du fleuve, les autres perchés sur leurs deux pattes nettoyant leur plumage à grands coups de bec.
Retour dans la mangrove. Une occasion unique d’observer tous les oiseaux qui la peuplent. Et notamment les aigrettes blanches.
Il faut apprécier au plus vite la présence de tous ces oiseaux, au vol si majestueux, car il pourrait bien un jour tous disparaître. Non pas à cause du réchauffement climatique, encore que, mais bien par la faute des hommes, qui, en 2003, afin de sauvegarder l’île Saint-Louis, décidèrent de creuser un canal de délestage de 4 m de large à travers la langue de sable, à 7 km au sud de la ville… Grosse erreur.
Grosse erreur car le chenal qui coupait la lagune en deux n’a pas été stabilisé, et du coup, s’est rapidement agrandi pour atteindre jusqu’à 1 km de large ! Ainsi, la mer pénètre de plus en plus dans l’estuaire, lequel s’ensable, tandis que ses rives s’érodent. Aujourd’hui, plusieurs îlots sablonneux, dont certains habités, menacent tout simplement de disparaître. Tout comme la mangrove qui abrite tous ces oiseaux.
Quinze ans pus tard, l’écosystème de la Langue de Barbarie est grandement fragilisé. Et dans les années à venir, il pourrait tout simplement disparaître. Avec ses bancs de sable et ses îlots qui abritent aujourd’hui toutes ces colonies de pélicans et de cormorans.
En attendant, j’ai encore la chance de pouvoir les observer, de voir les pélicans rétracter leurs ailes avant de s’élancer dans le vide, puis de les ouvrir aussitôt pour prendre la portance des courants ascendants.
Le spectacle est saisissant. Les pélicans se comptent par centaines. Tout comme les cormorans qui vivent en symbiose avec leurs grands cousins.
Au milieu de la mangrove, parmi les branchages et les feuilles de palétuviers, les aigrettes et les cormorans se côtoient dans la bonne entente.
Au sommet des palétuviers, les oiseaux guettent une hypothétique proie qui pourrait surgir de la surface de l’eau du fleuve.
Plus bas encore, de nouveaux bancs de sable et d’autres colonies de pélicans et de cormorans. Chacun scrute la surface de l’eau à la recherche de poissons.
Et quand on s’approche trop près d’eux, chacun s’élance aussitôt, les uns après les autres, disciplinés, pour reformer le groupe ailleurs, sur d’autres bancs de sable qui attendent la colonie. Magique.