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Podgorze, le ghetto et l’extermination des Juifs de Cracovie

Pourquoi visiter Podgorze et le ghetto juif de Cracovie ?

Le témoignage poignant d’un crime planifié

Le quartier de Podgórze abrite l’ancien ghetto juif de Cracovie, créé par le régime nazi le 3 mars 1941. Sur son territoire autrefois habité par 3 000 personnes, plus de 15 000 Juifs y furent entassés dans des conditions inhumaines. Isolé du reste de la ville par des murs et des barbelés, ce lieu fut le théâtre de la persécution systématique des Juifs, marquant une étape tragique dans leur extermination. Visiter Podgórze, c’est confronter l’horreur et l’absurdité d’un crime de masse minutieusement organisé.

Un mémorial à ciel ouvert

Au cœur de l’ancien ghetto, la place des Héros du Ghetto, autrefois appelée place Zgody, est aujourd’hui un mémorial bouleversant. On y trouve le célèbre monument des “chaises vides” : 70 chaises en bronze éparpillées sur la place, rappelant les meubles et les effets personnels que les Juifs déportés ont dû abandonner. C’est sur cette place que s’opérait la sélection des Juifs avant leur transfert vers les camps d’extermination. Non loin de là, des vestiges du mur d’enceinte du ghetto sont encore visibles, un rappel brutal de l’enfermement et de l’oppression.

L’héritage vivant de la “liste de Schindler”

Juste à côté de l’ancien ghetto se trouve l’emblématique usine d’Oskar Schindler, transformée aujourd’hui en un musée saisissant. Le bâtiment a été immortalisé par le film de Steven Spielberg “La liste de Schindler”, qui raconte comment cet industriel allemand a sauvé plus d’un millier de Juifs en les employant dans sa fabrique d’émail. Le musée offre une plongée immersive et émouvante dans la vie à Cracovie pendant l’occupation nazie, au-delà de la seule histoire de Schindler. Il est devenu un passage obligé pour comprendre la tragédie du ghetto et les actes de bravoure qui s’y sont déroulés.

Un acte de mémoire pour les générations futures

Enfin, se rendre à Podgórze, c’est participer à un devoir de mémoire essentiel. Le ghetto fut liquidé entre mars 1943 et juin 1944, avec la plupart de ses habitants déportés vers les camps de concentration et d’extermination de Belzec, d’Auschwitz-Birkenau ou encore vers le camp de travail forcé de Płaszów. Dans ce lieu de recueillement, chaque visiteur devient un témoin de l’histoire. C’est aussi l’occasion de réfléchir à la fragilité de la paix et à l’importance de lutter contre toutes les formes d’intolérance, pour que de telles tragédies ne puissent jamais se reproduire.

Comment visiter Podgorze et le ghetto juif de Cracovie ?

Localisation et accès au quartier de Podgórze

Podgórze est situé sur la rive droite de la Vistule, au sud de la vieille ville de Cracovie. Depuis la place du marché (Rynek Główny), comptez environ vingt-cinq minutes de marche ou dix minutes en voiture. Les transports en commun sont très pratiques : vous pouvez emprunter le tramway numéro 8 ou 13 depuis l’arrêt “Plac Wszystkich Świętych” jusqu’à la place des Héros du Ghetto . La ligne de tramway numéro 3, au départ de l’office de poste principal, vous dépose également directement sur la place. Le quartier est facilement accessible à pied depuis le quartier juif de Kazimierz, situé juste de l’autre côté du pont.

La place des Héros du Ghetto, un mémorial en plein air

La place des Héros du Ghetto (Plac Bohaterów Getta) est le point central de la visite, un lieu de mémoire accessible gratuitement et à toute heure . Vous pourrez y admirer le célèbre mémorial des “chaises vides”, composé de soixante-dix chaises en bronze éparpillées, symboles des meubles et des biens abandonnés par les Juifs déportés. Non loin de là, un fragment du mur d’enceinte du ghetto est toujours visible, un vestige poignant de l’enfermement et de l’oppression. Ce lieu est accessible sans restriction horaire ni droit d’entrée.

La pharmacie de l’Aigle, un musée du souvenir

Située au numéro 18 de la place des Héros du Ghetto, la Pharmacie de l’Aigle (Apteka pod Orłem) est un musée incontournable, tenu par Tadeusz Pankiewicz, le seul Polonais autorisé à rester dans le ghetto. Le musée est ouvert du mercredi au dimanche de 9  à 17 heures, avec une dernière admission trente minutes avant la fermeture. Le lundi, il n’est ouvert que de 10  à 14 heures, et il est fermé le mardi. Le tarif d’entrée est de 20 zlotys pour le billet normal, 15 zlotys pour le tarif réduit, et l’entrée est gratuite le mercredi. Le musée propose une exposition basée sur les mémoires de Pankiewicz, offrant un témoignage unique de la vie dans le ghetto.

L’usine d’Oskar Schindler et les visites guidées

L’usine d’Oskar Schindler, située à la limite de Podgórze, fait partie intégrante de l’expérience. Le musée, installé dans l’ancienne fabrique d’émail, retrace l’histoire de l’occupation allemande à Cracovie et le sauvetage de plus d’un millier de Juifs par Schindler. Il est conseillé de réserver les billets à l’avance, car l’affluence est importante. Pour une visite plus complète, de nombreuses agences proposent des visites guidées à pied du ghetto, d’une durée d’environ une heure, avec un guide expert qui vous fera découvrir les lieux emblématiques et les histoires poignantes qui s’y rattachent. Les prix de ces visites varient selon les prestataires.

Podgorze, le ghetto et l'extermination des Juifs de Cracovie

Vendredi 10 mars. C’est encore un long chemin vers le recueillement et la compassion qui m’attend. Je traverse le pont Powstancow Slqkich qui enjambe la Vistule pour me rendre sur la rive sud du fleuve, dans le quartier de Podgorze, tristement célèbre pour avoir abrité le ghetto juif pendant l’occupation nazie.
De ce mouroir à ciel ouvert, il ne reste aujourd’hui que deux minuscules tronçons de l’ancien mur derrière lesquels étaient entassés plus de 20.000 juifs de Cracovie et de sa région. Des murs comme des tables de la loi alignées les unes après les autres. J’ai la gorge serrée. Des larmes me viennent aux yeux. Bouche sèche.

Une plaque rappelle qu’ici se dressait le ghetto juif imaginé par l’administration nazie. Mais du ghetto lui-même, il ne reste pratiquement rien, juste des rues et des maisons dans un triste état.

Quant au camp de concentration de Plaszow où furent transférés les Juifs qui avaient survécu à la liquidation du ghetto le 13 mars 1943 et échappé à la déportation à Auschwitz, il ne reste qu’un simple monument commémoratif dédié aux victimes des pratiques barbares d’Amon Goeth, le tristement célèbre officier en charge du camp, immortalisé dans le film de Spielberg, La Liste de Schindler.

Mais le mieux encore pour appréhender ce lieu de mémoire est de se promener au hasard de ces minuscules rues dont certaines maisons ont depuis été rasées, d’autres abritant sur leurs murs d’exceptionnelles fresques du souvenir, et d’autres encore se délabrant avec leur temps, attendant leur tour d’être rasée.

C’est une bien étrange atmosphère qui règne dans ces rues. Nul touriste ici, nul signe ostentatoire de richesses. Des murs sales, des plâtres qui apparaissent çà et là, des façades borgnes.

En relevant la tête vers les étages, on imagine l’incroyable promiscuité qui devait régner ici quand le ghetto grouillait de plus de 20.000 prisonniers juifs. Je crois que jamais je n’oublierai ce moment passé dans le ghetto. Tous ces gens qui vivaient dans la peur d’être raflés et d’être envoyés dans les camps de la mort… C’est horrible.

Une dernière épreuve m’attend avant la fin de la journée : la visite de la fabrique d’Oskar Schindler. Juste parmi les Justes, qui, ému par le sort funeste de la communauté juive, il sauva plus de 1.200 d’entre eux de l’enfer de la Shoah. Il parvint à les soustraire du camp de Plaszow et d’Auschwitz en se jouant de l’administration nazie. Du coup, en arrivant de la fabrique Schindler, je suis transporté par une très vive émotion. Trop sans doute. À force de tarder, je finis par laisser passer la dernière visite de la journée.

Que m’importe. Je suis devant le portrait de tous ces hommes et ces femmes, ces enfants qui ont été sauvés par la seule volonté d’un homme : Oskar Schindler. Je suis vraiment bouleversé et j’ai peine à retenir encore mes larmes en écrivant ces quelques mots…

De son usine de batterie de cuisine en émail, Oskar Schindler ne tira finalement aucune fortune. Il dilapida tout son argent pour racheter la vie de tous ses ouvriers. C’est l’histoire que raconte Spielberg dans son film. Après la guerre, malheureux en affaires, il fut à plusieurs reprises tiré d’affaires par ses anciens ouvriers. En 1962, il fut déclaré « Juste des Nations ». À sa mort, en 1974, il fut enterré en Israël.

Voilà, cette longue journée (trop longue) s’achève par un dernier regard lancé sur le triste quartier de Podgorze, sur l’histoire de ces milliers d’hommes et de femmes qui ont été assassinés aux yeux de tous. Mon regard se noie dans les eaux noires de la Vistule. Je suis épuisé.

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