Sine Saloum, une réserve ornithologique de premier plan
Vendredi 28 septembre. Le Sine Saloum. Nous y voici enfin. Sans doute l’une des régions naturelles les plus étonnantes et magnifiques du Sénégal. À moins de 200 kilomètres au sud de Dakar. Pour en avoir une petite vision, nous allons remonter une partie du delta en pirogue, en passant tout d’abord au large de l’île aux oiseaux, puis en direction de Mar Lodge, et cet après-midi, vers l’île aux coquillages. Allez zou, on embarque à bord de la pirogue.
En remontant le cours du delta, on aperçoit sur ses berges les populations qui vivent au bord du confluent des fleuves Siné et Saloum. Les populations sont nombreuses à faire les allers et retours en pirogue entre les berges et les îles qui peuplent le delta.
La plupart viennent sur le « continent » pour y chercher les denrées et les produits qu’on ne trouve pas sur les îles. Un grand nombre d’entre eux sont des marchands et des grossistes qui viennent alimenter les commerces des îles.
Mais sur les rives, on trouve également des jeunes qui viennent s’essayer à l’exercice de la pêche au filet. Certains demeurent tout près des berges…
D’autres n’hésitent pas à prendre les pirogues et à remonter le delta à coups de rame.
Nous nous éloignons des berges et nous enfonçons plus profondément dans le delta. Il couvre une surface de quelque 334.000 hectares qui se divisent en neuf forêts classées, deux aires marines protégées, deux réserves naturelles communautaires, sans oublier les 76.000 ha du parc naturel du delta du Saloum.
L’ensemble de ce parc est classé Réserve mondiale de la biosphère par l’Unesco et Zone humide d’importance internationale. Pour résumer, un lieu incontournable quand on visite le Sénégal. Et pour moi, mon meilleur souvenir de tout mon voyage avec cette balade en pirogue sensationnelle.
Coincé entre la Petite Côte et la Gambie, le delta du Saloum recèle un fouillis inextricable de milliers d’îles, canaux et bancs de sable où les palétuviers s’épanouissent pleinement pour former l’une des plus belles mangroves d’Afrique de l’ouest.
Aujourd’hui plus que tout autre jour, je ne vais pas regretter d’être parti à la saison intermédiaire, car les eaux de la réserve naturelle sont quasiment vides de touristes. À dire vrai, nous n’en croiserons pas et c’est ainsi l’occasion d’admirer les oiseaux en toute liberté.
Et pour cause, le Sine Saloum abrite un des plus grands sites ornithologiques d’Afrique de l’Ouest avec plus de 200 espèces recensées. Il rivalise avec le Banc d’Arguin, en Mauritanie, et le parc de Djoudj, toujours dans le nord du Sénégal, mais fermé encore à cette saison. Si on peut y voir des sternes, des aigrettes, des hérons, des marabouts et autres cormorans, l’oiseau roi est sans aucun doute le pélican.
Et si le pélican blanc est bien le maître des lieux, plus au nord, ici, l’espèce dominante est le pélican gris, plus petit que son aîné avec la peau grisâtre de sa poche. Il fréquente surtout les eaux douces (grands lacs, larges cours d’eau), mais aussi les estuaires et les lacs salés.
Du haut de ses longues pattes, le héron ne semble pas du tout impressionné par la présence massive de ces pélicans gris.
Espèce grégaire sur les sites de reproduction, le pélican gris pêche individuellement, et parfois à plusieurs. Il passe la nuit en groupe sur des falaises, au sol sur des îlots ou d’autres sites calmes.
La présence de la mangrove et des branches des palétuviers est très importante pour sa survie. C’est ici qu’il se reproduit, à l’abri des regards des autres espèces du Sine Saloum.
Il vit en étroite harmonie avec les nombreux groupes de cormorans. Et pour cause, les eaux du delta sont riches en poissons et en coquillages. On y trouve notamment des barracudas, des thiofs, mérous, huîtres de palétuvier, et de nombreux crabes violonistes.
Les hérons cendrés, les marabouts et les aigrettes sont les oiseaux échassiers les plus représentés dans le delta du Saloum.
Même si un bon nombre d’entre eux demeurent au Sine Saloum une grande partie de l’année, apercevoir des groupes de flamants roses n’est pas chose commune. C’est pourtant la chance que je vais avoir en cette fin septembre.
En remontant le cours du delta du Saloum, on croise la route d’un groupe d’une trentaine d’individus. Sagement dressés sur leurs hautes pattes, les échassiers ne prêtent pas tout d’abord grand intérêt à notre présence, mais soudain, un premier oiseau commence à prendre son envol, suivi bientôt de toute la colonie. Tout simplement magique.
Leurs longues pattes surgissent brusquement de l’eau et semblent littéralement courir à la surface ! Merveilleux. Et très sincèrement, inoubliable. Une grande émotion m’envahit. Et sans rien laisser paraître, je demeure fasciné par cet envol tandis que mon Nikon capte la scène en mode rafale.
Les flamants roses constituent une espèce grégaire, vivant en groupes comptant souvent plusieurs centaines à plusieurs milliers d’individus. Leur plumage, à quoi ils doivent leur nom, est pourtant en grande partie blanc rosâtre. Ce sont les couvertures ailaires qui, chez le flamant rose, revêtent une couleur rose intense, avec des rémiges primaires et secondaires noires.
Le bec, unique parmi les oiseaux, est courbé et sa morphologie permet la filtration de la vase et de l’eau. Il est rose également, avec la pointe noire. Les pattes, longues et fines, sont roses chez l’adulte.
Leur couleur vient des pigments caroténoïdes présents dans les algues et les crustacés qu’ils consomment.
À cause de leur taille, les flamants doivent prendre quelques mètres d’élan pour décoller des eaux. Erratiques, ils volent en formation, en gardant cou et pattes étirés. Les battements d’ailes, puissants et réguliers, les propulsent à 60 km/h sur des étapes de plusieurs centaines de kilomètres.
Les femelles sont en moyenne plus petites que les mâles. Le cri ressemble à celui d’une oie. Le flamant rose dort debout sur une ou deux pattes, la tête cachée sous une aile.
Notre excursion au large de l’île aux oiseaux s’achève bientôt. Au milieu de la mangrove, perchés sur des branches de palétuviers, d’autres oiseaux scrutent méticuleusement la surface de l’eau en quête de poissons.
À deux pas de là, les pélicans gris barbotent tranquillement dans les eaux du delta.