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Diriyah, le berceau historique du premier État saoudien

Diriyah, le berceau historique du premier État saoudien

Vendredi 24 octobre. Après la visite du musée national de Ryad, je grimpe dans un taxi et mets le cap vers Diriyah, le berceau historique du premier État saoudien, ancienne cité du désert aujourd’hui classée à l’Unesco.
Cette visite sera sans doute l’un des plus beaux moments que j’ai passé en Arabie Saoudite, probablement aussi parce que j’y suis allé au moment du coucher du soleil, me permettant de bénéficier des plus belles lumières du jour.

Diriyah incarne l’histoire de la formation du premier État saoudien, fondé en 1727 par l’imam Mohammed ben Saoud. Son destin bascule en 1744 avec l’alliance historique entre la famille Al Saoud et le réformateur religieux Mohammed ben Abdelwahhab, créant une entité politique et religieuse qui unifiera progressivement la majeure partie de la péninsule Arabique.

La ville devient un centre de pouvoir et de savoir, attirant des oulémas, des commerçants et des artisans. Son architecture distinctive en briques de terre crue se développe autour de trois quartiers principaux : Ghussaiba, Al-Mulayhed et At-Turaif, ce dernier abritant la résidence des dirigeants et les institutions gouvernementales.

L’expansion de l’État saoudien provoque des conflits avec l’Empire ottoman. Entre 1811 et 1818, Diriyah subit plusieurs campagnes militaires ottomanes dirigées par Ibrahim Pacha, fils du vice-roi d’Égypte.

La ville capitule finalement après un siège de six mois, et ses remparts sont démantelés. Les Ottomans détruisent systématiquement les palais, les mosquées et les bibliothèques, dispersant la population.

Bien que Riyad devienne la nouvelle capitale sous le règne de Turki ben Abdallah en 1824, Diriyah conserve une importance symbolique. Ses ruines deviennent un lieu de mémoire pour la dynastie Al Saoud.

Les projets de restauration débutent au début du XXIe siècle, culminant avec son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2010 pour son « architecture najdie exceptionnelle » et son rôle dans l’histoire de la péninsule Arabique.
Aujourd’hui, les recherches archéologiques menées par la Commission royale pour Diriyah révèlent progressivement l’étendue du réseau commercial de la ville, son système hydraulique avancé et les échanges culturels avec les régions voisines.

Son histoire illustre la résilience d’un État dont les fondations idéologiques et politiques continuent d’influencer l’Arabie saoudite moderne.
Le site se compose de trois zones principales : le quartier d’At-Turaif, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2010, le district voisin d’Al-Bujairi, et les palmeraies historiques.

At-Turaif abrite des palais en briques de terre crue restaurés, dont le palais Salwa, ancienne résidence des dirigeants saoudiens, et le palais Saad ben Saoud, qui accueille désormais des expositions sur l’histoire de la péninsule Arabique.
L’architecture de Diriyah illustre le style najdi traditionnel, avec des façades décorées de motifs géométriques en briques, des portes en bois d’acacia sculpté et des cours intérieures ombragées.

Le projet de restauration, lancé en 2017, a permis de consolider les structures originales en utilisant des techniques et matériaux traditionnels, comme le mélange d’argile et de paille.

Les constructions traditionnelles de Diriyah illustrent l’architecture najdie, un style adapté au climat désertique et aux ressources locales. Les bâtiments sont majoritairement érigés en briques de terre crue (mudbrick), composées d’un mélange d’argile, de paille et d’eau, séchées au soleil.

Cette technique confère une inertie thermique naturelle, maintenant l’intérieur frais en journée et tempéré la nuit. Les structures présentent des murs épais (jusqu’à un mètre) renforcés par des contreforts verticaux, répondant à la nécessité de stabiliser les hautes façades.

Les toits plats utilisent des poutres en bois de palmier recouvertes de nattes végétales et d’une couche d’argile, formant des terrasses accessibles. Les fenêtres, petites et rares, sont protégées par des moucharabiehs en bois permettant la ventilation tout en limitant l’ensoleillement direct.

L’ornementation architecturale puise dans l’art islamique tout en intégrant des motifs locaux. Les façades sont rehaussées de bandeaux en briques formant des motifs géométriques (almocarabes) et d’encadrements de portes sculptés dans le bois d’acacia.

Les cours intérieures (hawsh) organisent la vie familiale autour d’un puits ou d’un arbre, souvent un palmier-dattier, créant un microclimat. Le palais Salwa à Diriyah, exemple emblématique, combine plusieurs cours interconnectées, un système de qanats (canaux d’irrigation souterrains) et des passages voûtés.

Les murs intérieurs étaient originellement enduits d’un mélange de chaux et de sable, parfois teinté avec des ocres naturelles. Les portes monumentales en bois clouté symbolisaient le statut social des habitants.

Ce patrimoine bâti influença l’architecture de toute la région du Najd, avec des variations locales comme les tours de guet à Ha’il ou les maisons-tours à Buraydah. Les techniques de construction traditionnelles sont aujourd’hui réinterprétées dans des projets contemporains, comme le musée d’At-Turaif qui allie restauration à l’identique et innovations écologiques.

L’intérêt de la visite de Diriyah aux dernières heures du jour est également la possibilité de profiter des incroyables jeux de lumière projetés sur les murs de la vieille ville. Conçue pour mettre en valeur l’architecture en briques de terre crue, l’illumination nocturne transforme les façades ocre en toiles dynamiques où se déploient des projections chromatiques évolutives.

Trois systèmes complémentaires sont utilisés : des projecteurs LED enfouis dans le paysage éclairent les contours des bâtiments avec des températures de couleur variables, allant des orangés chauds évoquant le coucher du soleil aux bleutés lunaires.
Des mappings vidéo animés recréent virtuellement les motifs géométriques traditionnels (girih) qui ornaient originellement les murs, tandis que des lasers tracent des calligraphies arabes poétiques sur les surfaces les plus lisses.

Cette plongée au cœur de l’histoire de la première capitale saoudienne est également un prétexte pour moi d’aborder plus généralement l’histoire de ce grand pays du Moyen Orient. Avant l’islam, la région était habitée par des sociétés tribales et des royaumes organisés.

Le royaume de Dadan (IXe-IIe siècle av. J.-C.) dans l’oasis d’AlUla contrôlait les routes de l’encens, suivi par le royaume lihyanite. Au sud, le royaume de Kinda (Ve-VIe siècle) établit une confédération tribale couvrant une vaste zone.

Au nord, Pétra fut la capitale des Nabatéens (IVe siècle av. J.-C.-106 apr. J.-C.), dont l’influence s’étendait jusqu’à Hegra (Madâin Sâlih). L’Empire romain annexa le nord-ouest en 106, créant la province d’Arabie Pétrée.

Au sud-ouest, les royaumes himyarites (110 av. J.-C.-525 apr. J.-C.) développèrent une civilisation avancée avec des systèmes d’irrigation sophistiqués. L’avènement de l’islam au VIIe siècle transforma radicalement la région. La Mecque et Médine devinrent les centres spirituels d’un empire qui s’étendit de l’Espagne à l’Inde.

Les califats omeyyade (661-750) et abbasside (750-1258) intégrèrent la péninsole dans un réseau commercial et culturel vaste, bien que le pouvoir central se soit progressivement éloigné vers Damas puis Bagdad. Aux Xe-XIIe siècles, les Qarmates chiites établirent un état égalitaire dans l’est de la péninsule, connue pour avoir saccagé La Mecque en 930.

Leur déclin permit l’essor des dynasties sharifiennes à La Mecque, qui gouvernèrent le Hijaz jusqu’au XXe siècle. À partir du XVe siècle, la péninsule vit naître des émirats locaux, comme celui des Banu Khâlid à Al-Ahsa, tandis que la région du Najd restait organisée autour d’oasis et de confédérations tribales.

La fondation de Diriyah en 1446-1447 par Mani’al-Muraydi, ancêtre des Al Saoud, posa les bases du premier État saoudien. Cette période prémoderne fut marquée par la compétition entre pouvoirs locaux, le contrôle des routes de pèlerinage et la préservation de l’autonomie face aux empires ottoman et portugais.

L’histoire de l’Arabie saoudite après le XVIIIe siècle est marquée par la formation des trois États saoudiens successifs, culminant avec la création du royaume moderne en 1932. Fondé par l’alliance entre l’imam Mohammed ben Saoud de Diriyah et le réformateur religieux Mohammed ben Abdelwahhab, le premier État saoudien (1744-1818) unifia progressivement le Najd et étendit son influence jusqu’au Hijaz et à l’est de la péninsule.

Sa capitale, Diriyah, devint un centre politique et religieux. L’expansion saoudienne provoqua la réaction de l’Empire ottoman, qui ordonna sa destruction. Après un long siège, Diriyah tomba en 1818 et son dernier dirigeant, Abdullah ben Saoud, fut exécuté à Istanbul.
Établi par Turki ben Abdallah qui transféra la capitale à Riyadh, le deuxième État saoudien (1824-1891) retrouva partiellement le territoire du premier, mais fut affaibli par des conflits internes.

La bataille d’Al-Mulaida en 1891 mit fin à ce régime, poussant la famille Al Saoud à l’exil au Koweït. En 1902, Abdelaziz Al Saoud (Ibn Saoud) reprit Riyadh avec une petite troupe.

Il conquiert systématiquement le Najd (1921), le Hijaz (1925) et l’Asir (1926). Le royaume d’Arabie saoudite fut proclamé le 23 septembre 1932. La découverte du pétrole en 1938 transforma radicalement le pays. Le roi Fayçal (1964-1975) initia une modernisation prudente, tandis que les chocs pétroliers des années 1970 renforcèrent l’influence internationale du royaume.

La crise de 1979 avec la prise de la Grande Mosquée de La Mecque accéléra un conservatisme religieux. Les guerres du Golfe (1990-1991, 2003) positionnèrent le pays comme un allié stratégique des États-Unis.
Le roi Abdallah (2005-2015) lança des projets économiques et éducatifs, ouvrant des universités comme la KAUST. Depuis 2015, le roi Salmane et le prince héritier Mohammed ben Salmane impulsent la Vision 2030 pour diversifier l’économie et réformer la société, avec des initiatives comme NEOM, l’autorisation du cinéma ou l’émancipation des femmes.

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