Baie d'Halong, au milieu des pains de sucre
Mardi 23 janvier. Après deux bonnes heures de route, nous voici enfin arrivés sur le port d’embarquement de la baie d’Halong. Bonne nouvelle ! Le temps brumeux de la matinée semble peu à peu se dissiper… La baie d’Halong, c’est vraiment la roulette ! La plupart du temps, elle reste prisonnière de sa gangue brumeuse et sa beauté demeure cachée à bien des yeux de touristes qui ont fait des milliers de kilomètres pour en admirer tous les atours… Quelle chance vraiment !
Jusqu’en 2016, les jonques de croisière partaient et revenaient depuis Bãi Chay. C’est désormais terminé. Désormais tous les cars de touristes, dont le mien évidemment, débarquent à Tuân Châu.
Bon en gros, voilà comment consiste le départ de la croisière qui va me faire naviguer entre les pains de sucre de la baie d’Halong pendant ces deux jours : on attend bien sagement sur le quai que notre barge d’embarquement arrive… chargée de la cargaison de touristes de ces deux derniers jours !
Puis elle arrive enfin, et Tony, notre accompagnateur (oui, oui, celui qui a le petit casque colonial vert sur la tête !), qui s’appelle autant Tony que moi Monsieur Chang, vient nous souhaiter la bienvenue. Notre jonque-hôtel nous attend de l’autre côté de la baie. Pour s’y rendre, on saute donc dans la barge d’embarquement avec nos valises, on enfile notre joli gilet de sauvetage et on traverse les premiers hectomètres de la baie.
En chemin, on croise tout un tas d’autres bateaux amarrés au milieu de la baie. Le nôtre ressemblera à peu près à celui-ci. Bonne nouvelle, nous ne sommes pas plus de quinze à bord… Rien à voir avec d’autres « monstres » que nous croiserons un peu plus tard dans les eaux de la baie.
Le temps d’arriver à notre jonque-hôtel, Tony nous dresse le topo de la journée et du lendemain. Au programme : navigation au milieu de la baie, découverte de grottes sous-marines, kayak au milieu de la baie, panorama depuis le sommet de l’île Tip Top, baignade, et le lendemain, visite de caves avant de rentrer au port pour midi. Ok, pas de mauvaises surprises.
Encore moins quand je découvre la magnifique chambre qui m’attend à bord de la jonque. Vraiment à la hauteur de ce que m’avait décrit mon amie Myriam qui m’avait vivement recommandé l’agence Halong Fantase Cruise. Vraiment, rien à regretter. La chambre est super propre avec vue sur la baie et tout le confort possible. Autant en profiter !
Une fois mes affaires déposées dans ma chambre, on revient dans le hall principal de la jonque pour déguster le thé, puis pour partager ensemble le déjeuner préparé par les cuisiniers du bord. Vraiment délicieux.
Enfin, on remonte les amarres. La croisière commence enfin. La brume finit par se dissiper. Je me tourne vers mon voisin : « We are so lucky with this wonderful blue sky ! » Quelle chance vraiment ! Je n’en reviens toujours pas. Déjà avoir du beau temps sur la baie d’Halong, ce n’est pas toujours facile, mais en hiver, c’est quasiment impossible ! Allez zou, laissons-nous porter par les flots.
Ainsi me voilà naviguant vers la fameuse baie d’Halong. Un rêve. Sans doute l’un des paysages les plus célèbres de l’Asie. C’est bien simple, si baie de Rio ne compte que quelques pains de sucre (magnifiques ô combien), la baie d’Halong en compte plus de 2.000. Tout simplement incomparable. Et pour avoir quand même pas mal bourlingué à travers le monde, à mon sens, la plus belle baie du monde.
Pour y accéder, il faut encore sortir du port et atteindre les premiers pains de sucre. Pour cela, il faut compter au moins une bonne heure. La brume se lève totalement et délivre un paysage à nul autre pareil avec devant nous une forêt de pains de sucre surgissant des profondeurs de la mer, du Golfe de Tonkin en l’occurrence. Éblouissant.
De toutes formes, de toutes tailles, tantôt mastodontes de pierre, tantôt effilés, ces géants de calcaire sur les flancs desquels pousse une végétation abondante s’étirent sur des centaines de kilomètres. Ils sont comme des gardiens d’une mer intérieure, d’un secret qui pourrait être caché là, massifs et imposants, fermant et ouvrant sans cesse la voie.
Devant nous, des centaines de bateaux sillonnent les eaux de la baie. Ils sont plus de 200 sans doute. Des bateaux de toute taille, jonques privées ou jonques hôtels, mastodontes transportant souvent des colonies de touristes chinois.
Sur le pont du bateau, la bannière étoilée de jaune sur fond rouge du drapeau du Vietnam claque au vent…
Je me dépêche de demander à un de mes accompagnateurs de bord une photo-souvenir. Je n’arrive toujours pas à réaliser la chance que j’aie : naviguer sur la baie d’Halong par temps clair. Inouï !
Sur le pont, on profite des transats déployés à chaque bord pour admirer le spectacle en toute décontraction. Mon rêve se poursuit à la vitesse de quelques nœuds marins, ma vision des eaux bleues du golfe du Tonkin seulement coupées par les géants karstiques des pains de sucre. Quel bonheur !
On continue notre croisière au milieu de la baie. On passe le premier corridor de pains de sucre, et nous voici bientôt en plein milieu d’un paysage ahurissant de beauté, cerné de pics karstiques, de monts érodés par les pluies et le vent, rongés par l’acidité portée par les vents venus de la côte chargés de la pollution des usines et des nombreuses mines à ciel ouvert de la région.
Ha Long signifie « descente du dragon ». Selon la légende, il serait descendu dans la baie pour y domestiquer les courants marins. Avec les violents mouvements de sa queue, il aurait entaillé la montagne. Puis il aurait plongé dans la mer, le niveau de l’eau monta brutalement, et celle-ci s’engouffra dans les crevasses, ne laissant apparaître que les sommets les plus élevés de la montagne…
Au final, cette histoire de dragon et de montagne engloutie n’est pas si loin de la réalité. Il y a des millions d’années, Halong était encore un immense plateau taraudé par l’eau de pluie. Et sous son action et son acidité, son immense plateau calcaire se désagrégea, ne laissant plus apparaître que les roches les plus dures, livré ensuite aux vents et à la salinité de la mer.
Bon voilà, en attendant de plus amples explications, on en profite pleinement, allongés sur les transats du pont du bateau…
Nouvelle petite séance photos-souvenirs, puis je me replonge dans les explications de mon guide.
La présence de tous ces pains de sucres (plus de 2.000 tout de même !), s’explique ainsi par l’érosion, d’où ces formes déchiquetées, ces grottes, cavités et autres tunnels qui transpercent l’ancien plateau calcaire.
Pour la petite histoire, la baie d’Halong servit à la fois de refuges et de caches pour les hommes et les armes des Vietcongs durant la guerre du Vietnam. Comment en effet les débusquer au milieu de ce vaste labyrinthe ?
En attendant, on continue de se faufiler à travers ce dédale de montagnes marines, de blocs karstiques, de promontoires et de blocs qui rappellent les paysages du film Avatar…
À bord, on alterne la navigation et les excursions à bon rythme, toujours sous la conduite de Tony qui multiplie les facéties pour bien se faire voir des touristes. Peut-être en fait-il un peu trop tout de même… Mais bon, business is business ! Même au pays de l’oncle Hô Chi Minh.
Bon, pour cette petite étape, je n’ai rien trouvé de mieux à faire que mettre quelques belles photos de cette petite escapade sur la baie d’Halong, entre navigation et excursions organisées par notre cher Tony. L’idée est simple : on navigue une bonne heure, on jette les amarres à proximité du point d’excursion, on grimpe à bord du canot du bateau, et on part en visite.
Comme ici, au large de l’île de Tip Top, qui offre le plus beau panorama sur la baie d’Halong quand on se trouve à son sommet. Mais ici, c’est la vue que l’on a depuis la plage où on peut se baigner un petit quart d’heure après la grimpette jusqu’au point culminant de l’île.
Pendant toute l’heure que dure l’excursion, le ballet des canots est quasi incessant. Les jonques-hôtels attendent au loin, dans des eaux plus profondes.
Pour la petite histoire, la baie d’Halong a été classée au Patrimoine mondial de l’humanité en 1993, sous le critère de « beauté naturelle ». C’est peu de le dire ! Une deuxième inscription a été demandée par les autorités vietnamiennes au titre de sa valeur écologique… Et cela sous la pression de la communauté scientifique qui s’inquiète de la pollution qui ronge peu à peu le bas des falaises et des pains de sucre.
Le danger résulte du contact entre la poussière de charbon en provenance des mines toutes proches avec l’oxygène de l’eau. Ce mélange produit un gaz carbonique acidifiant qui ronge le calcaire.
En attendant, nous profitons de ce spectacle saisissant, loin de l’industrialisation galopante de la côte à laquelle il faut ajouter la disparition progressive des mangroves, le pillage des fonds marins et l’exploitation anarchique du potentiel touristique de la baie.
Bon, voici pêle-mêle quelques belles photos prises au cours de notre navigation au milieu de la baie… C’est si beau que je me passerai de commentaires.