Tam Coc, de grotte en grotte, en remontant la rivière
Jeudi 25 janvier. C’est dans un véritable petit paradis que je me lève aujourd’hui. Hier, avec la nuit, je n’avais pas pu me rendre compte à quel point ce petit coin de la terre est merveilleux. La région de Ninh Binh, appelée également la « baie d’Halong des terres » mérite amplement sa réputation. Pour la découvrir, rien ne vaut une petite promenade en barque le long de la rivière qui traverse le village de Tam Coc.
Le temps d’enfiler un gilet de sauvetage, de régler le droit d’entrée (une poignée de dongs) et de faire un selfie, et me voici à bord de la barque qui va me faire découvrir l’un des plus beaux endroits du Vietnam.
Et Tam Coc est le meilleur endroit possible où découvrir la baie d’Halong des terres. Pour remonter la rivière, je paye les services de ma rameuse en chef qui va me faire découvrir ce paysage extraordinaire.
Bon, autant le dire tout de suite, en ayant dormi sur place (excellente nuit au Lys Homestay !), et en m’étant levé de bonne heure, je suis parmi les premiers touristes à solliciter l’une des nombreuses rameuses qui attendent les promeneurs sur les marches de l’embarcadère. À cette heure matinale, pas de colonies de Chinois, la rivière est à moi tout seul ! Les bus débarqueront de Hanoï bien plus tard dans la matinée… Ouf !
Les premiers coups de rame de ma capitaine nous font traverser le petit village de Tam Toc. Ici, le temps semble s’être comme figé. On est bien loin, voire à des années-lumière de l’agitation de Hanoi !
Puis on quitte lentement le village en traversant un étroit corridor. On s’engage enfin dans cette jungle de pitons karstiques.
Pour la petite histoire, c’est ici, dans ce petit paradis éloigné de l’agitation de la ville qu’ont été tournées de nombreuses scènes du film « Indochine » avec Catherine Deneuve. Et pour cause, la brume qui enveloppe régulièrement la baie d’Halong n’est pas aussi importante à l’intérieur des terres.
Au loin, les premières élévations de blocs de calcaire apparaissent sur l’horizon. Des premiers pitons également. Il règne ici un calme absolu que seuls les coups de rame de ma guide viennent perturber. Pour l’anecdote, les rameuses de Tam Coc, des femmes pour la plupart, pratiquent l’art de la rame… avec les pieds ! Sans doute moins fatigant, je suppose.
Juste avant d’arriver à la première grotte (on en verra trois), à droite du lac, vers les bananiers, une grande cavité abritait un hôpital vietcong pendant la guerre du Vietnam. Certaines autres servirent de prison à des aviateurs capturés… Elles servirent également de caches au Vietminh pendant la guerre contre les Français.
En s’approchant un peu plus près des pains de sucre, on aperçoit plus nettement ces fameuses cavités creusées dans le calcaire.
Enfin apparaît la baie d’Halong des terres dans toute sa splendeur : une succession de pains karstiques, le dédale de la rivière qui se faufile entre les pitons rocheux et la végétation qui s’accrochent aux flancs des falaises érodées.
La suite de l’excursion nous emmène naturellement vers une succession de grottes que nous traversons en nous penchant pour éviter de nous cogner la tête. La barque à fond plat est vraiment idéale pour passer ces obstacles naturels.
Sur le parcours, il y a trois grottes au total. Ici, rien à voir avec Surprise Caves et ses plafonds patinés par la main de l’homme. Ici, tout est naturel. L’eau a mis des millions d’années pour percer la roche calcaire et se faufiler dans ces goulots étroits. La première grotte ne fait pas moins de 127 mètres de long tout de même.
Passés ces obstacles, on débouche sur un paysage fantastique fait de pitons rocheux, de pains de sucre karstiques, de roches déchiquetées, taraudées, creusées à la base et épousant des formes bizarres. Si certains des sommets sont quasiment pelés, d’autres au contraire recèlent d’une riche végétation.
Tout au bout de la promenade, une crique ferme la rivière. C’est ici que se sont donné rendez-vous des marchandes ambulantes qui vendent leurs produits depuis leur barque à fond plat.
Pour m’étancher la soif, on me propose un délicieux jus d’orange pressé à la main bien sûr. Sans oublier un petit cornet de découpes d’ananas et de mangues. Délicieux !
Ma rameuse en chef s’octroie également une petite pause bien méritée après tant d’efforts consentis. Et un petit café à la clé. Mon Nikon fait des merveilles dans cet univers si pittoresque.
Après notre petite pause restauration, nous commençons le trajet retour. « Nous »… J’ai presque honte de dire ça. Car en fait c’est bien ma rameuse en chef qui fait tout le travail. Son art de la rame avec les pieds est véritablement impressionnant.
Cette méthode de rame avec les pieds est véritablement traditionnelle, même si parfois, ma rameuse use de ses mains… pour se reposer les pieds !
En redescendant le cours de la rivière, nous commençons également à croiser de nouvelles embarcations chargées de touristes. Je me dis que j’ai bien de la chance de m’être levé de si nonne heure pour échapper au tourisme de masse et profiter à plein de cette balade dans le calme et la sérénité du petit matin.
Au milieu du lac et de sa couronne de pitons rocheux, je place la molette de mon Nikon sur la fonction hdr, histoire de donner un effet presque pictural à mes photos. Mais bon, je ne suis pas véritablement emballé du résultat. D’autant plus que pour réaliser de tels clichés, il vaut mieux bénéficier d’un endroit stable ou se munir d’un trépied, chose qui n’est pas le cas sur ma barque à fond plat.
Je m’y essaie encore une fois au passage des grottes, histoire de tenter de reproduire la lumière que mon œil perçoit depuis les profondeurs de ces caves. Mais une fois encore, rien n’y fait. Le manque de stabilité nuit considérablement à la qualité de l’assemblage final de ma photo hdr.
En observant de près les contours de la grotte, on peut même apercevoir les différentes couches de clichés réalisés. Pour info, un cliché hdr est le fruit de l’assemblage d’au moins trois photos : une sous-exposée, une surexposée, et une medium. Le mélange des trois donne le cliché final et est censé reproduire au mieux la vision de la perception humaine de la lumière.
Rien de probant donc. Du coup, à l’approche des défilés karstiques qui recèlent autant de petites cavités creusées dans le calcaire de leur base, j’opte de nouveau pour une prise de vue plus classique.
C’est dans cet étroit corridor que ma rameuse en chef sort quelques exemplaires de broderies. Un rituel presque inévitable pour les touristes… Allez, je cède pour un petit napperon. Balades en barque et vente de broderies à bord des bateaux constituent l’essentiel des revenus pour des centaines de familles des environs de Ninh Binh.
Passé le corridor, on regagne les premiers contreforts du village. Autour, rivière et rizières inondées se confondent pour donner un spectacle splendide. Des maisons de pêcheurs sont collées aux rochers. Un temple apparaît.
Enfin, nous voici de nouveau au port. Impossible de quitter ma rameuse sans prendre quelques clichés d’elle. Quel courage de travailler dans de telles conditions !