Mar Lodj, un village du Sine Saloum
Vendredi 28 septembre. À l’extrémité du bolong, nous voici donc arrivés à l’île de Mar Lodj. Un havre de paix. Située dans le delta du Saloum, cette île est inscrite dans la liste du patrimoine mondial de l’Unesco depuis le 24 juin 2011.
Sa plage, située à même le delta est un petit paradis pour la pêche. D’ailleurs ses 5.000 habitants vivent essentiellement de cette pratique (la zone est l’une des meilleures du Sénégal).
Cette île magnifique présente un écosystème très riche. Entre ses bolong, ses dunes de sable, et sa proximité avec d’autres localités, l’activité touristique y épouse bien les contours de dame nature.
On peut y faire des promenades en pirogue et des excursions de pêche jusqu’à Toubacouta, un village de pêcheurs, mais aussi des balades en calèche à travers les dunes de sable et des escapades vers les îles aux coquillages au milieu des baobabs millénaires, où l’on observera une multitude d’oiseaux.
C’est donc en balade en calèche que j’irai explorer cette île de Mar Lodj, et ce, en compagnie de mon jeune guide, auquel je donne seulement une dizaine d’années quand Yérim prétend qu’il en a au moins 26… Je n’y crois pas une seconde !
Plus que partout ailleurs au Sénégal, les arbres y sont tout à la fois centenaires et sacrés, l’un n’allant pas sans l’autre bien évidemment.
Arrêt obligatoire à l’église du village de Mar Lodj. C’est ici, sous cette chapelle octogonale qu’est conservée sa Vierge noire. Mais je ne la verrai pas.
Joseph, mon jeune guide, me raconte l’histoire du prêtre qui a créé cette église au début des années 50. Sa messe y est, paraît-il très réputée, du fait des tams-tams qui résonnent chaque dimanche à l’intérieur.
Une petite photo-souvenir devant le mur de parpaing dressé à l’entrée de l’église. « Quand les yeux sont en pleurs, la bouche a du mal à sourire… » Ne serait-ce pas là une lapalissade ?
Arrivés au cœur du village, impossible de ne pas s’arrêter devant cet immense arbre qui domine toutes les habitations. Un lieu sacré pour toute la population.
Et pour cause, à bien y regarder, il ne s’agit pas d’un simple arbre, mais de trois arbres qui ont fini par fusionner l’un avec l’autre. Les branches de l’un ont fini par coloniser le tronc de l’autre, à entremêler ses branches avec les racines de l’autre. Tout simplement magique.
Une fusion d’autant plus importante que les trois arbres ont été plantés, l’un par les Musulmans du village, l’autre par les chrétiens, et le dernier par les animistes. Un imposant fromager, un rônier et un caïlcedrat entremêlent dès lors leur tronc. Il symbolise l’entente entre les trois religions pratiquées sur l’île : l’islam, le christianisme et l’animisme.
À deux pas de là, une coopérative de femmes propose de vendre le miel et la confiture fabriqués sur place. J’en achèterai un pot chacun.
Pour me remercier, la vendeuse me permet de réaliser quelques photos d’elle et de sa petite famille. Un agréable moment passé en bonne compagnie.
Puis je poursuis mon périple à travers les rues du village. Une grande partie des maisons datent encore de l’époque coloniale et menacent de s’effondrer.
Quelques femmes me jettent au passage des regards étonnés. Mon appareil photo intrigue.
Qu’importe, j’aime me promener au milieu de ces rues ensablées, gardées par de simples piquets de bois plantés à même le sol.
Arrêt obligatoire sur la place principale du village de Mar Lodj pour une petite séance de tam-tam téléphonique ! Mon jeune guide est apparemment un expert !
Avant l’arrivée du téléphone dans les villages, c’était là le seul moyen de communiquer entre villageois pour annoncer les nouvelles.
À deux pas de là, sous un kiosque bétonné et ombragé se rassemblent les aînés du village. En Afrique, la parole des anciens vaut toutes les paroles du monde. Ce sont eux qui détiennent encore le pouvoir.
À une dizaine de mètres de là, un autre fromager géant se dresse sur la place. Arbre sacré qu’il n’est pas question de couper un jour.
Avant de quitter le village, mon guide m’arrête au petit village artisanal dressé à deux pas du port. Ici, sont rassemblées les femmes du village qui proposent aux touristes le fruit de leur artisanat… ou pas. Bon nombre de souvenirs sont aussi vendus sur les étals de Dakar ou de l’île de Gorée. L’Afrique. Toujours l’Afrique.
Après cette visite, on s’en retourne prendre notre pirogue pour revenir vers le port de N’Dangane où Yérim a laissé sa voiture.
Depuis le fleuve, on aperçoit les pirogues du quartier des pêcheurs où vivent la plupart des habitants du village.
Situé au bord du delta du Saloum, Ndangane constitue souvent une première étape dans l’exploration du Sine Saloum. C’est d’ici que partent la plupart des pirogues qui remontent le fleuve en direction de l’île de Mar Lodj.
La plupart du millier d’habitants qui travaillent ici vivent soit du tourisme (80 € la journée en pirogue !), soit du produit de la pêche…