Forteresse de Golubac, une très belle place forte au bord du Danube
Mardi 14 juillet. La route qui va de Belgrade à la forteresse de Golubac est normalement assez rapide car elle emprunte sur une trentaine de kilomètres l’autoroute puis vient rejoindre une nouvelle route tracée le long du Danube.
Normalement mais aujourd’hui, non. De nombreux travaux sont en cours sur la nouvelle voie et oblige à faire un large détour, et mène tout droit vers de nouveaux embouteillages.
Enfin, après une heure trente de route, me voici arrivé à Golubac, sans doute la plus belle des forteresse dressée le long du Danube, facilement accesible par un parking aménagé à l’entrée du site.
Dressée sur le cours du Danube, posée au milieu d’un très beau parc arboré, la forteresse de Golubac impressionne en effet par sa beauté et par le soin apporté par sa restauration.
Pour y accéder, on suit pendant cinq bonnes minutes le chemin de terre aménagé le long des rives du Danube depuis lequel on a une vue d’ensemble sur toute la forteresse.
La forteresse, presque entièrement reconstruite, est divisée en différentes zones de visite (prix des billets variables en fonction du nombre de zones visitées). Seule la zone I qui comprend le corps principal de la forteresse, est accesible toute l’année.
Belle citadelle médiévale construite sur un éperon rocheux surplombant le Danube à son point le plus large, la forteresse de Golubac a été érifée sur le site d’un ancien camp romain (Castrum Columbarum).
La forteresse est érigée au début du XIVe siècle sur un promontoire rocheux abrupt dominant le Danube. Les premières mentions documentées de ce site militaire fortifié remontent à l’année 1335.
Sa situation à l’entrée des gorges des Portes de Fer lui confère un rôle stratégique pour le contrôle du trafic fluvial. La structure architecturale initiale comprend neuf tours reliées par des remparts adaptés au relief.
Le royaume de Hongrie et l’État médiéval serbe se disputent la possession de la place forte durant plusieurs décennies. Le prince serbe Lazar Hrebeljanovic s’empare du site à la fin du XIVe siècle avant que les Ottomans ne la conquièrent brièvement en 1391.
Le despote serbe Stefan Lazarevic récupère ensuite la forteresse par traité diplomatique au début du XVe siècle. À sa mort en 1427, le commandant local Jeremija refuse de céder le lieu aux Hongrois et vend la forteresse aux troupes ottomanes.
Les armées du sultan consolident les fortifications de l’édifice afin de résister aux nouvelles armes à feu. Ils construisent une dixième tour de forme octogonale pour surveiller le port fluvial adjacent.
Le roi de Hongrie Mathias Corvin assiège le site en 1481 sans parvenir à déloger définitivement la garnison musulmane.
L’Empire ottoman maintient sa présence militaire dominante malgré les assauts répétés des forces autrichiennes et des rebelles serbes.
La forteresse perd de son importance militaire tactique au cours des XVIIIe et XIXe siècles au profit d’un rôle purement civil.
Les insurgés serbes occupent temporairement l’édifice lors de la révolte de Koca et du premier soulèvement serbe.
En avril 1867, les Ottomans évacuent leurs dernières garnisons des places fortes de la région. Le commandant turc remet officiellement les clés du château au prince serbe Mihailo Obrenovic III.
L’évacuation des troupes ottomanes en avril 1867 marque la fin de l’utilisation de la forteresse comme garnison de guerre.
Le gouvernement de la Principauté de Serbie n’entretient plus le site à des fins stratégiques en raison de l’évolution de la technologie de l’artillerie.
L’édifice est alors abandonné par les autorités publiques et se détériore progressivement au cours des décennies suivantes.
La végétation sauvage recouvre les structures en pierre tandis que la population locale utilise parfois les matériaux des remparts bas pour des constructions privées.
Après la fin de la Première Guerre mondiale, l’État yougoslave décide de moderniser le réseau routier régional pour désenclaver les Balkans.
Les ingénieurs civils percent un tunnel routier directement à travers la roche et les remparts inférieurs de la forteresse.
Cette nouvelle route goudronnée permet de relier le centre de la Serbie aux localités situées le long du Danube.
Le trafic des voitures et des camions passe ainsi au milieu de l’ancienne cour intérieure de la place forte, ce qui fragilise les structures maçonnées médiévales.
La construction du barrage hydroélectrique de Djerdap à la fin des années 1960 modifie profondément l’environnement du monument.
La mise en eau du réservoir élève le niveau moyen du Danube, ce qui provoque l’inondation définitive des parties les plus basses de la forteresse.
Les fondations du mur d’enceinte inférieur, la rive fortifiée et la base de certaines tours défensives se retrouvent sous l’eau.
Une première campagne de recherches archéologiques et de conservation est menée entre 1969 et 1987 pour limiter l’érosion des pierres.
Le complexe médiéval bénéficie d’un vaste programme de revitalisation financé par l’Union européenne à partir de l’année 2014.
Les travaux de génie civil permettent d’abord de forer un nouveau tunnel routier en dehors de l’enceinte historique afin de dévier la circulation automobile.
Les architectes reconstruisent les toitures des dix tours, consolident les courtines et restaurent l’ancien palais de la forteresse.
Le site fortifié rouvre officiellement au public en 2019 et s’impose comme l’un des principaux centres touristiques et culturels de l’est de la Serbie.
Enfin, je ne veux pas quitter le site sans vous raconter quelques-unes des légendes locales associées à la forteresse de Golubac.
L’une des principales histoires populaires explique le nom même de la forteresse par le destin d’une jeune fille serbe. Un commandant ottoman de la place forte tombe amoureux de cette habitante prénommée Golubana, mais celle-ci refuse ses avances.
Pour la punir de ce rejet, l’officier la fait enchaîner à un rocher isolé au milieu du Danube, situé face aux remparts. La jeune femme meurt sur ce récif qui porte aujourd’hui encore le nom de Baba-Kaj, un terme signifiant se repentir en langue turque.
La tour principale et la plus haute du complexe fortifié possède une forme architecturale singulière qui a nourri l’imaginaire des habitants de la région. Cette structure, construite au sommet du promontoire rocheux, présente une base polygonale surmontée d’un toit pointu en bois.
La mémoire collective locale assimile cette silhouette à la forme d’un chapeau traditionnel de l’époque médiévale. Les récits transmis de génération en génération affirment qu’une reine ou une noble dame y fut emprisonnée pour l’éternité avec son couvre-chef.
Une autre tradition orale lie la construction de la citadelle à la présence massive d’oiseaux dans les falaises environnantes. Selon ce récit, une reine byzantine nommée Hélène est retenue captive par ses ennemis au sommet de la plus haute tour du site.
Pour tromper sa solitude et son désespoir, la prisonnière apprivoise et nourrit des centaines de colombes sauvages qui nichent dans la roche. Le mot colombe se traduisant par golub en serbe, le lieu aurait conservé ce nom en souvenir des compagnons ailés de la souveraine.
Enfin, la période de prospérité sous le règne du despote Stefan Lazarevic a donné naissance à des croyances concernant des richesses dissimulées.
Les rumeurs locales prétendent que les dirigeants serbes ont aménagé des galeries souterraines secrètes sous les fondations des tours inférieures.
Ces cavités creusées dans le calcaire auraient servi à cacher l’or de la principauté face à la progression des armées ottomanes dans les Balkans. Les récits affirment que l’accès à ces salles est définitivement immergé sous les eaux du Danube depuis la construction du barrage.
Voilà, la visite de la forteresse de Golubac s’achève. Mais avant de quitter les rives du Danube, je prends quelques minutes pour m’asseoir à la terrasse du café du site pour admirer la place forte tout en sirotant un chocolat et en dégustant un gâteau fait maison. La vie est belle.