Pourquoi visiter le quartier de la Candelaria ?
Un passé colonial palpable
Flâner dans La Candelaria, c’est marcher sur les traces des fondateurs de la ville. C’est ici, précisément sur la petite place du Chorro de Quevedo, que le conquistador Gonzalo Jiménez de Quesada a posé les premières pierres de Bogotá, le 6 août 1538, après avoir fait de ce lieu sacré pour les Muiscas un campement . Le quartier doit d’ailleurs son nom à une chapelle dédiée à la Vierge de la Candelaria, érigée par des moines augustins arrivés en 1560 . En déambulant dans ses rues pentues, on croise de nombreuses demeures des XVIIe et XVIIIe siècles aux somptueux balcons et patios coloniaux, qui ont été déclarées biens d’intérêt culturel .
Un musée à ciel ouvert
La Candelaria est un véritable musée vivant. Au-delà de son architecture, le quartier concentre une incroyable densité de musées, de théâtres, de bibliothèques et d’universités . On peut y passer des heures à arpenter les salles du célèbre Musée de l’Or, s’émerveiller devant les généreuses silhouettes du Musée Botero, ou plonger dans l’histoire à la Casa del Florero . Partout, l’art imprègne les murs, tandis que l’agitation des étudiants, des touristes et des artistes de rue crée une atmosphère vibrante et unique .
Des légendes et un art de vivre traditionnel
Pour s’imprégner de l’authenticité du lieu, il faut lever les yeux des façades monumentales pour se perdre dans le dédale des ruelles aux noms évocateurs. « Calle del Pecado Mortal », « Calle del Divorcio » ou « Calle de la Alegría »… ces appellations, chargées de siècles d’histoires et de légendes populaires, donnent le vertige et témoignent d’un riche folklore urbain . La vie de quartier, elle, pulse sur la Plaza de Bolívar, cœur névralgique de la nation, toujours animée, entourée d’édifices emblématiques comme le Capitole ou la Primatiale .
Entre modernité et héritage ancestral
Aujourd’hui, La Candelaria est un vibrant mélange d’ancien et de moderne. On y côtoie une intense activité estudiantine et culturelle, des touristes du monde entier et des habitants perpétuant des traditions séculaires. Malgré les menaces de modernisation au XXe siècle, le quartier a su préserver son âme et est devenu un symbole de résistance patrimoniale . En arpentant ses ruelles pentues, on réalise que ce n’est pas seulement l’histoire de Bogotá qui se raconte, mais celle d’un pays tout entier, toujours en mouvement.
Comment visiter le quartier de la Candelaria ?
Un accès facile
Pour rejoindre La Candelaria, le centre historique de Bogotá, vous avez plusieurs options. Depuis l’aéroport El Dorado, le moyen le plus simple est de prendre un taxi, le trajet coûtant environ 15 à 20 euros (70 000 à 100 000 COP). Une alternative économique est de combiner le bus et le TransMilenio. Prenez la navette gratuite de l’aéroport jusqu’au terminal de TransMilenio le plus proche (comme Portal Eldorado), puis empruntez le système de transport rapide en bus. Descendez à la station « Museo del Oro » ou « Las Aguas », qui se trouvent à quelques minutes de marche. Les lignes de bus du SITP (Sistema Integrado de Transporte Público), comme la ligne L805, desservent également La Candelaria. Une fois dans le quartier, la meilleure façon de l’explorer est à pied.
La découverte des musées et places
La Candelaria abrite une concentration exceptionnelle de musées. Le célèbre Musée de l’Or (Museo del Oro) est ouvert du mardi au dimanche, de 9h00 à 18h00. Le tarif d’entrée pour les étrangers est de 5 000 pesos colombiens (environ 1,20 euro), avec une entrée gratuite le dimanche. Non loin, le Musée Botero, qui expose les célèbres œuvres aux formes généreuses de l’artiste colombien, est gratuit et accessible du lundi au samedi de 9h00 à 19h00, et le dimanche de 10h00 à 17h00. D’autres musées comme le Musée de la Monnaie (Casa de Moneda) proposent également l’entrée gratuite. Pour une première immersion, le Free Tour en français est une excellente option. Ces visites guidées de 2 à 3 heures démarrent généralement le matin (autour de 10h) depuis la place du Chorro de Quevedo, le lieu fondateur de la ville, et vous feront découvrir les ruelles pavées, la Plaza de Bolívar et l’histoire mouvementée du pays, en terminant par un pourboire (tip) libre.
Sécurité, gastronomie locale
Le quartier est très touristique et dynamique, mais il est crucial de rester vigilant, surtout la nuit. Évitez les rues isolées et les zones peu éclairées après le coucher du soleil, et ne montrez pas ostensiblement vos objets de valeur. Côté gastronomie, le quartier regorge d’adresses pour goûter aux spécialités locales comme le ajiaco (soupe de poulet et pommes de terre) ou l’incontournable chocolat chaud avec du fromage. Des adresses comme “Café de la Pena” (Carrera 3 #9-66) ou “Mama Lupe” sont très appréciées. Vous trouverez également de nombreux petits restaurants de rue proposant des arepas et des empanadas pour un budget modique. Pour une ambiance plus internationale, “Chopperia GastroPub” est une bonne option.
Un exemple d’itinéraire
Une journée typique dans La Candelaria pourrait commencer par un free tour le matin pour vous repérer. Profitez de l’après-midi pour visiter un ou deux musées, comme le Musée de l’Or ou le Musée Botero, qui sont proches.
Bogotá, au hasard des rues de la capitale
Lundi 9 juillet. Bogotá. Les stigmates des années de plomb sont encore bien présents à travers tout le quartier historique de la capitale. Vitrine du tourisme naissant. Sécuriser les rues à tout prix pour redorer le blason d’un pays mis à feu et à sang pendant trois décennies par les cartels de la drogue, les guérillas et les polices paramilitaires.
Car si aujourd’hui le quartier de la Candelaria est aussi propret que sécurisé par la présence des militaires qui en ferment l’accès, il n’en a pas toujours été ainsi. Revenons donc sur l’histoire récente de la capitale colombienne.
Longtemps restée dans son jus colonial, épargnée par les soubresauts du monde, Bogotá verse brusquement dans le tragique à l’aube du XXe siècle avec la Guerre civile des mille jours (1899-1902) menée entre les libéraux et les conservateurs qui met le pays à feu et à sang sans épargner la capitale. Une révolte sanglante qui inaugure presque un siècle de conflits armés.
Le début du XXe offre cependant à la capitale un semblant de répit, la ville cultivant à la fois sa richesse culturelle et artistique (ne l’appelle-t-on as l’Athènes de l’Amérique du Sud ?) et son conservatisme religieux, qui, on le voit, s’affiche encore dans les nombreuses boutiques du centre de la ville.
Mais ce n’est qu’un répit. Au sortir de la guerre, en avril 1948, le maire de Bogotá, pourtant si populaire, est assassiné. Sa mort provoque une émeute qui dégénère rapidement en révolte populaire connue sous le nom de « Bogotazo ».
Dans la foulée de ce meurtre, la foule s’attaque aux symboles du pouvoir conservateur accusé d’être à l’origine de cet assassinat : ministères, capitale, cathédrale, églises, couvents, demeures de riches bourgeois, etc. Près de 126 édifices sont incendiés, et bien d’autres détruits.
La Casa del Florero, qui abrite aujourd’hui le musée de l’Indépendance, est, elle, épargnée. Il est vrai que cette demeure coloniale du XVIe siècle demeure un symbole fort avec son toit de tuiles rouges et sa véranda en bois. Car c’est dans cette demeure que se déroula l’événement qui allait précipiter le pays vers l’Indépendance. Le 20 juillet 1810, deux frères créoles, Antonio et Francisco Morales, brisèrent le vase d’un riche espagnol. Par ce geste, ils voulurent mettre un terme à la colonisation espagnole du royaume de la Nouvelle-Grenade…
À l’angle de la plaza Bolivar, impossible de savoir si l’ancien couvent du XVIIe siècle qui abrita longtemps un collège jésuite, et qui accueille aujourd’hui le Museo Colonial, fut lui aussi épargné par la flambée de violence de 1948.
Toujours est-il que le vieux centre colonial autour de la calle 7 disparaît dans les flammes en quelques heures. On peut l’imaginer encore sur ces photographies prises autour de la calle 9 et 10.
Au total, cette flambée de violence dans la ville fit entre 3.000 et 5.000 morts. Et la spirale de violence ainsi enclenchée va frapper la capitale régulièrement entre 1948 et 1965… Après quoi un autre fléau va s’abattre brutalement sur la ville : la violence et le terrorisme commandités par les barons de la drogue.
Bon allez zou, on file manger dans une petite gargote placée à deux pas de notre hôtel. Pas vraiment fameux, mais trois fois moins cher que le resto des Sorcières, La Brujera, la veille au soir.