Bogotá, l’extraordinaire museo del oro
Jeudi 12 juillet. Adieu Villa de Lleyva. Ce matin, nous nous sommes levés de bonne heure pour attraper le bus de 9 heures, direction Bogotá. Dernière étape de notre long voyage en Équateur et en Colombie. Trois heures de route pour retourner à la capitale. Arrivé à Bogotá, un vrai taxi nous ramène jusqu’à l’hôtel. Chouette. Nous avons tout le temps pour aller visiter le museo del Oro. Le plus beau musée d’Amérique du Sud. Un bijou. Au sens propre comme au figuré.
Entièrement consacré à l’or de la période précolombienne, il renferme plus de 50.000 pièces. Un chiffre impressionnant qu’il convient toutefois de rapprocher avec la fortune qui, à l’époque de la conquête espagnole, fut coulée pour financer l’empire de Charles Quint : l’or des Incas, l’or des Mayas, l’or des Aztèques, des Zapotèques, des Muiscas… La liste est longue.
Voici donc tout ce qu’il reste de l’or des Indiens dérobé par les conquistadors espagnols. Le tout présenté sur trois étages dans une muséographie remarquable.
Une première salle est ainsi consacrée aux habitants et l’or dans la Colombie pré-hispanique. On y explique ainsi la manière de fondre et de travailler l’or. Les objets sont ensuite présentés par régions archéologiques. Il y en a une dizaine, du haut plateau du Nariño à la région de Calima, du haut Magdalena au haut Cauca, de la Cordillère orientale à la côte Pacifique.
On apprend ainsi que la production d’or dans les Andes était déjà active dès 500 av. J.-C. Chaque ethnie indienne avait ses rituels propres, ses méthodes et son savoir-faire métallurgique, ainsi que son style d’ornementation.
Les orfèvres s’inspiraient souvent de la nature et des animaux. On voit ainsi des diadèmes imitant des plumes ou un pectoral en forme d’oiseau, du haut Nariño.
On peut également admirer des masques de jaguar provenant des cultures de la côte Pacifique (Tumaco-La Tolita).
De la région Calima, on admire aussi de magnifiques pendentifs en or pour le nez, de la période Yotoco (200 av. J.-C. – 1.300 apr. J.-C.) .
On peut également voir des pendentifs en forme de poisson ailé provenant du haut Magdalena (dans la région de San Agustín) qui reste un important gisement archéologique.
Du moyen Cauca, on trouve de superbes casques en or et encore des pendentifs zoomorphes (lézards, escargots, chauves-souris, oiseaux, etc.). Sans oublier de magnifiques boucles d’oreilles en filigrane de la région Caraïbe.
Enfin, la visite de la salle 2 s’étend aux bijoux des indiens Muiscas de la Cordillère orientale, dans la région de Villa de Lleyva.
Toute une série de masques encore. L’art précolombien à son sommet. Les surréalistes et autres impressionnistes n’ont rien inventé. C’est tout simplement sublime.
Le museo del Oro de Bogotá abrite la plus grande collection jamais réunie d’objets en or pré-hispaniques au monde. La Banque de la République a directement racheté les pièces aux collectionneurs privés et aux guaqueros, les pilleurs de tombes.
La salle 3 du musée aborde les thèmes de la cosmologie et du symbolisme : comment ces sociétés interprétaient le monde qui les entourait.
Au sein de cette salle, on trouve des Poporos. Des bâtonnets en or qui permettait de porter la poudre de coca à la bouche.
Le musée rassemble une riche collection de pectoraux. La salle 4, la salle des offrandes présente le monde des chamans et des sorciers, qui sont souvent représentés assis pour penser, interpréter les secrets du cosmos, et contrôler les forces qui régulent la vie.
De nombreux animaux sont représentés. La faune et la flore inspiraient visiblement les artistes. Mais outre cette magnifique grenouille, de nombreux objets représentaient des oiseaux en vol (aigles, faucons, éperviers et autres rapaces…) qui symbolisaient le vol extatique du chaman.
Le chaman n’était pas exempt de représentation comme le prouve cette magnifique pièce en or. La plupart de ces objets n’étaient pas destinés au commerce ou à l’enrichissement.
Certains tunjos (des figurines en or représentant des guerriers) servaient d’offrandes dans des rituels comme celui de la laguna de Guatavita.
Couvert de paillettes et de poudre d’or de la tête aux pieds, le cacique se baignait dans le lac puis jetait des objets en or dans les eaux pour honorer les dieux. C’est d’ailleurs ce rituel qui a donné naissance au mythe de l’El Dorado.
Ce rituel des offrandes pouvait se dérouler dans un lac comme dans une grotte ou un champ cultivé.
La muséographie du museo del oro est vraiment exceptionnelle. Elle permet ainsi de restituer les parures que portaient guerriers, chamans et autres caciques des tribus indiennes.
Ma visite du museo del Oro de Bogotá se poursuit dans la salle 4 consacrée aux offrandes et au monde des chamans. Rien vu de pareil depuis ma visite du musée des arts précolombiens de Mexico, il y a 4 ans de ça. Tout simplement inouï.
Pour illustrer le sujet, les objets exposés représentent des chamans et des sorciers de différentes ethnies présentes dans la Grande Colombie, qui allait alors du Panama au nord, au sud de l’Équateur.
De magnifiques pectoraux sont exposés. Un grand nombre en forme d’homme-oiseau, notamment dans la région du haut Cauca.
Un grand nombre de poporos sont également exposés. La consommation des feuilles de coca chez les Indiens supposait l’utilisation de ces fameux récipients faits pour garder la poudre alcaline. De la chaux de coquillages marins était mélangée à la chique des feuilles de coca pour produire des effets stimulants… et hallucinatoires.
Dans cette salle toujours, de nombreuses parures sont encore présentées avec, en toile de fond, une silhouette censée représenter un guerrier indien.
Un chef muisca raconta un jour aux conquistadors espagnols que lors d’un de ses vols d’homme-oiseau, il était arrivé jusqu’à Santa Marta, sur la côte Caraïbes, à plus de 1.000 kilomètres de là.
On voit ici ces fameux hommes-oiseaux, coiffés de plumes dorées.
Ce type de voyage hallucinatoire ne pouvait s’effectuer que sous l’effet du yopo, un hallucinogène puissant dont les prêtres-chamans étaient des experts.
D’où l’importance de ces objets en or représentant des hommes-oiseaux.
Rempart du passé précolombien de la Colombie, le Musée de l’Or de Bogotá est né pour renforcer l’identité des Colombiens. Il reste aujourd’hui le principal gardien du patrimoine archéologique du pays.
À l’origine, ce musée a été créé pour empêcher que les principales pièces archéologiques du pays soient vendues à l’étranger et quittent définitivement le pays. Un grand pillage a ainsi été évité.
En décembre 1939, la Banco de la República acquit le Quimbaya poporo, une pièce d’une beauté extraordinaire avec laquelle débuta la collection. Il contient 59.479 objets, notamment d’orfèvrerie, mais aussi des textiles, des pierres et de la céramique provenant des sites archéologiques les plus variés de la Colombie.
Masques, pectoraux, bracelets, statuettes, poporos, voici encore quelques-unes des plus belles pièces du musée de l’or. En tous les cas, celles que j’ai sélectionnées, qui me touchent vraiment au cœur.
Impossible de quitter la salle des offrandes sans aller admirer l’impressionnante collection de masques de chamans.
Ils sont une dizaine à être conservé à l’abri de la lumière, tout à la fois terrifiant et censés impressionner ceux qui les observaient.
Puis nous passons dans la dernière salle du musée : la chambre de l’offrande. La surprise finale du parcours. Il s’agit d’une vaste salle circulaire dont les parois arrondies abritent plus de 3.000 objets en or.
Une fois entrés à l’intérieur, les portes de la salle se referment derrière nous… La lumière faiblit peu à peu…
Derrière une vitrine apparaît la pièce majeure du musée : le radeau votif appelé la Balsa de la ofrenda. Une petite pièce finement ciselée qui représente un radeau fait de roseaux et de bambous au centre duquel se tient un chef. Celui-ci porte une coiffe, des pendentifs pour les oreilles et le nez.
Il est flanqué d’autres personnages plus petits dont deux portent des étendards comme ceux décrits par les chroniqueurs de l’époque des conquistadores. Cette pièce a été trouvée en 1969 dans une ancienne grotte muisca, près de la ville de Pasca, au sud de Bogotá.
Autour de nous, des éclairages spéciaux mettent en lumière une multitude de trésors d’orfèvrerie disposés tout autour de la salle. Des centaines et des centaines de pectoraux en or massif…
À nos pieds, une fosse s’éclaire et fait apparaître des centaines d’objets en or disposés pêle-mêle. Le saint des saints pour les Indiens.
Dans les croyances indiennes, l’or était considéré comme les larmes du soleil, la divinité suprême.