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Bogotá, l’extraordinaire museo del oro

Pourquoi visiter le musée de l’or ?

Un voyage au cœur de l’orfèvrerie précolombienne

Le Musée de l’Or de Bogotá abrite la plus grande collection d’orfèvrerie précolombienne au monde, avec près de 55 000 pièces en or, tumbaga (alliage d’or et de cuivre) et autres métaux précieux. Créé en 1939 par la Banque de la République pour protéger le patrimoine archéologique colombien, ce musée offre un panorama exceptionnel des techniques et de la symbolique de l’or chez les peuples indigènes qui habitaient le territoire bien avant l’arrivée des conquistadors. Les œuvres exposées, qui couvrent une période de 2 000 ans (environ 500 avant J.-C. jusqu’à la conquête espagnole), témoignent de la maîtrise technique des orfèvres : martelage, soudure, repoussé et surtout la célèbre technique de la « cire perdue », qui permettait de créer des pièces d’une finesse remarquable. Les vitrines présentent des objets de la vie quotidienne, des bijoux, des diadèmes, des pectoraux, des masques funéraires et des statuettes représentant des animaux mythologiques, comme des créatures hybrides mi-jaguar, mi-grenouille, mi-aigle.

La salle des offrandes

Le point culminant de la visite est sans conteste la salle des offrandes, située au troisième étage, qui présente 3 266 pièces d’or brillant dans une pénombre savamment orchestrée . Cette mise en scène spectaculaire vise à recréer l’effet que devaient produire ces objets lorsqu’ils étaient exposés à la lumière des torches lors des cérémonies rituelles. L’or, considéré par les populations autochtones comme un métal sacré, n’avait pas de valeur monétaire : il était le « matériau des dieux », un intermédiaire entre le monde des humains et celui des esprits . Les pièces exposées dans cette salle étaient destinées aux offrandes, notamment aux lacs sacrés comme la lagune de Guatavita, où étaient jetés des objets précieux pour apaiser les divinités . Cette salle plonge le visiteur dans une atmosphère à la fois mystique et envoûtante, unique au monde, qui contraste avec les salles plus didactiques des étages inférieurs.

La légende de l’Eldorado

Le Musée de l’Or dévoile également l’origine de la légende de l’Eldorado, ce mythe qui a nourri l’imaginaire des conquistadors espagnols et des explorateurs pendant des siècles . La pièce maîtresse du musée est la célèbre Balsa Muisca, une petite embarcation en or découverte en 1969 près du village de Pasca, qui illustre de manière saisissante la cérémonie de l’Eldorado . Cette œuvre exceptionnelle représente une scène rituelle : un chef (zipa) recouvert de poudre d’or, entouré de ses principaux dignitaires, voguant sur un radeau au centre d’un lac sacré pour y jeter des offrandes . Ce mythe, fondé sur un rituel réel pratiqué par les Muiscas, a été déformé par les Espagnols qui en ont fait la quête d’une cité fabuleuse d’or massif . Le musée rétablit la vérité historique tout en racontant cette fascinante histoire qui a tant influencé la conquête du continent.

Un musée accessible et bien organisé

Le parcours du musée se déroule sur trois étages, avec des cartels en espagnol et en anglais, ce qui rend la visite accessible aux touristes internationaux . Le deuxième étage est organisé par régions archéologiques (Calima, Quimbaya, Muisca, Zenú, Tairona, San Agustín, etc.), permettant de comprendre les spécificités artistiques et techniques de chaque culture précolombienne . Le musée propose des visites guidées gratuites en anglais et en espagnol, généralement à 11h00 et 16h00 du mardi au samedi, ainsi que des audioguides en quatre langues (espagnol, anglais, français, portugais) pour approfondir la découverte . Le public local très nombreux le dimanche, lorsque l’entrée est gratuite, rend la visite moins agréable ; il est donc conseillé de venir en semaine

Comment visiter le musée de l’or ?

Localisation et accès

Le musée de l’Or se trouve au cœur du quartier historique de La Candelaria, à l’angle de la Carrera 6 et de la Calle 16, sur le parque Santander. Pour vous y rendre, le moyen de transport le plus pratique est le système TransMilenio : descendez à la station Museo del Oro, située à quelques pas de l’entrée. Si vous venez en voiture, sachez que le musée ne dispose pas de parking propre, mais des parkings payants sont disponibles dans les environs. L’accès depuis le nord se fait par la Carrera 5. Le quartier est également très accessible à pied depuis d’autres sites touristiques majeurs comme la place Bolívar ou le musée Botero.

Horaires d’ouverture

Le musée est ouvert du mardi au samedi de 9h00 à 19h00, avec une dernière entrée autorisée à 18h00. Le dimanche et les jours fériés, les portes sont ouvertes de 10h00 à 17h00, la dernière admission ayant lieu à 16h00. Le musée est fermé le lundi, y compris les lundis fériés.  Le parcours de visite dure au minimum une heure trente, mais vous aurez largement de quoi vous occuper pendant deux heures, voire plus.

Tarifs :

Les tarifs varient selon votre nationalité et le jour de la semaine. Du mardi au samedi, l’entrée pour les étrangers est fixée à 21 000 pesos colombiens . Les ressortissants colombiens paient 10 000 pesos, et les étudiants (sur présentation d’un justificatif) bénéficient d’un tarif réduit à 5 000 pesos. Le dimanche, l’entrée est totalement gratuite pour tous les visiteurs. Attention, cette gratuité attire la foule : pour une visite plus paisible, privilégiez les matinées en semaine . Les enfants de moins de 12 ans et les personnes âgées de plus de 62 ans entrent gratuitement tous les jours. Les billets peuvent être achetés en ligne (réservé aux visiteurs étrangers) ou directement à la billetterie du musée, où le paiement s’effectue en espèces (pesos colombiens) ou par carte de crédit .

Visites guidées et audioguides

Le musée propose des visites guidées gratuites, sans réservation préalable, en espagnol et en anglais . Du mardi au vendredi, les visites en espagnol ont lieu à 11h00, 15h00 et 16h00, et les visites en anglais à 11h00 et 16h00 . Le samedi, les horaires sont élargis : espagnol à 10h00, 11h00, 15h00 et 16h00 ; anglais à 11h00 et 16h00 . Si vous préférez explorer à votre rythme, des audioguides sont disponibles en location à la billetterie pour 8 000 pesos, en espagnol, anglais, français et portugais . L’exposition permanente est répartie sur quatre salles aux deuxième et troisième étages, avec des textes bilingues espagnol-anglais. Le clou de la visite est la salle des offrandes (Ofrenda), au troisième étage, qui plonge le visiteur dans l’univers des cérémonies rituelles avec une mise en scène spectaculaire. Le musée dispose de casiers pour déposer vos bagages, d’un café San Alberto et d’un restaurant Aracataca pour une pause gourmande.

Bogotá, l’extraordinaire museo del oro

Jeudi 12 juillet. Adieu Villa de Lleyva. Ce matin, nous nous sommes levés de bonne heure pour attraper le bus de 9 heures, direction Bogotá. Dernière étape de notre long voyage en Équateur et en Colombie. Trois heures de route pour retourner à la capitale. Arrivé à Bogotá, un vrai taxi nous ramène jusqu’à l’hôtel. Chouette. Nous avons tout le temps pour aller visiter le museo del Oro. Le plus beau musée d’Amérique du Sud. Un bijou. Au sens propre comme au figuré.

Entièrement consacré à l’or de la période précolombienne, il renferme plus de 50.000 pièces. Un chiffre impressionnant qu’il convient toutefois de rapprocher avec la fortune qui, à l’époque de la conquête espagnole, fut coulée pour financer l’empire de Charles Quint : l’or des Incas, l’or des Mayas, l’or des Aztèques, des Zapotèques, des Muiscas… La liste est longue.

Voici donc tout ce qu’il reste de l’or des Indiens dérobé par les conquistadors espagnols. Le tout présenté sur trois étages dans une muséographie remarquable.

Une première salle est ainsi consacrée aux habitants et l’or dans la Colombie pré-hispanique. On y explique ainsi la manière de fondre et de travailler l’or. Les objets sont ensuite présentés par régions archéologiques. Il y en a une dizaine, du haut plateau du Nariño à la région de Calima, du haut Magdalena au haut Cauca, de la Cordillère orientale à la côte Pacifique.

On apprend ainsi que la production d’or dans les Andes était déjà active dès 500 av. J.-C. Chaque ethnie indienne avait ses rituels propres, ses méthodes et son savoir-faire métallurgique, ainsi que son style d’ornementation.

Les orfèvres s’inspiraient souvent de la nature et des animaux. On voit ainsi des diadèmes imitant des plumes ou un pectoral en forme d’oiseau, du haut Nariño.

On peut également admirer des masques de jaguar provenant des cultures de la côte Pacifique (Tumaco-La Tolita).

De la région Calima, on admire aussi de magnifiques pendentifs en or pour le nez, de la période Yotoco (200 av. J.-C. – 1.300 apr. J.-C.) .

On peut également voir des pendentifs en forme de poisson ailé provenant du haut Magdalena (dans la région de San Agustín) qui reste un important gisement archéologique.

Du moyen Cauca, on trouve de superbes casques en or et encore des pendentifs zoomorphes (lézards, escargots, chauves-souris, oiseaux, etc.). Sans oublier de magnifiques boucles d’oreilles en filigrane de la région Caraïbe.

Enfin, la visite de la salle 2 s’étend aux bijoux des indiens Muiscas de la Cordillère orientale, dans la région de Villa de Lleyva.

Toute une série de masques encore. L’art précolombien à son sommet. Les surréalistes et autres impressionnistes n’ont rien inventé. C’est tout simplement sublime.

Le museo del Oro de Bogotá abrite la plus grande collection jamais réunie d’objets en or pré-hispaniques au monde. La Banque de la République a directement racheté les pièces aux collectionneurs privés et aux guaqueros, les pilleurs de tombes.

La salle 3 du musée aborde les thèmes de la cosmologie et du symbolisme : comment ces sociétés interprétaient le monde qui les entourait.

Au sein de cette salle, on trouve des Poporos. Des bâtonnets en or qui permettait de porter la poudre de coca à la bouche.

Le musée rassemble une riche collection de pectoraux. La salle 4, la salle des offrandes présente le monde des chamans et des sorciers, qui sont souvent représentés assis pour penser, interpréter les secrets du cosmos, et contrôler les forces qui régulent la vie.

De nombreux animaux sont représentés. La faune et la flore inspiraient visiblement les artistes. Mais outre cette magnifique grenouille, de nombreux objets représentaient des oiseaux en vol (aigles, faucons, éperviers et autres rapaces…) qui symbolisaient le vol extatique du chaman.

Le chaman n’était pas exempt de représentation comme le prouve cette magnifique pièce en or. La plupart de ces objets n’étaient pas destinés au commerce ou à l’enrichissement.

Certains tunjos (des figurines en or représentant des guerriers) servaient d’offrandes dans des rituels comme celui de la laguna de Guatavita.
Couvert de paillettes et de poudre d’or de la tête aux pieds, le cacique se baignait dans le lac puis jetait des objets en or dans les eaux pour honorer les dieux. C’est d’ailleurs ce rituel qui a donné naissance au mythe de l’El Dorado.

Ce rituel des offrandes pouvait se dérouler dans un lac comme dans une grotte ou un champ cultivé.

La muséographie du museo del oro est vraiment exceptionnelle. Elle permet ainsi de restituer les parures que portaient guerriers, chamans et autres caciques des tribus indiennes.

Ma visite du museo del Oro de Bogotá se poursuit dans la salle 4 consacrée aux offrandes et au monde des chamans. Rien vu de pareil depuis ma visite du musée des arts précolombiens de Mexico, il y a 4 ans de ça. Tout simplement inouï.

Pour illustrer le sujet, les objets exposés représentent des chamans et des sorciers de différentes ethnies présentes dans la Grande Colombie, qui allait alors du Panama au nord, au sud de l’Équateur.

De magnifiques pectoraux sont exposés. Un grand nombre en forme d’homme-oiseau, notamment dans la région du haut Cauca.

Un grand nombre de poporos sont également exposés. La consommation des feuilles de coca chez les Indiens supposait l’utilisation de ces fameux récipients faits pour garder la poudre alcaline. De la chaux de coquillages marins était mélangée à la chique des feuilles de coca pour produire des effets stimulants… et hallucinatoires.

Dans cette salle toujours, de nombreuses parures sont encore présentées avec, en toile de fond, une silhouette censée représenter un guerrier indien.

Un chef muisca raconta un jour aux conquistadors espagnols que lors d’un de ses vols d’homme-oiseau, il était arrivé jusqu’à Santa Marta, sur la côte Caraïbes, à plus de 1.000 kilomètres de là.

On voit ici ces fameux hommes-oiseaux, coiffés de plumes dorées.

Ce type de voyage hallucinatoire ne pouvait s’effectuer que sous l’effet du yopo, un hallucinogène puissant dont les prêtres-chamans étaient des experts.

D’où l’importance de ces objets en or représentant des hommes-oiseaux.

Rempart du passé précolombien de la Colombie, le Musée de l’Or de Bogotá est né pour renforcer l’identité des Colombiens. Il reste aujourd’hui le principal gardien du patrimoine archéologique du pays.

À l’origine, ce musée a été créé pour empêcher que les principales pièces archéologiques du pays soient vendues à l’étranger et quittent définitivement le pays. Un grand pillage a ainsi été évité.

En décembre 1939, la Banco de la República acquit le Quimbaya poporo, une pièce d’une beauté extraordinaire avec laquelle débuta la collection. Il contient 59.479 objets, notamment d’orfèvrerie, mais aussi des textiles, des pierres et de la céramique provenant des sites archéologiques les plus variés de la Colombie.

Masques, pectoraux, bracelets, statuettes, poporos, voici encore quelques-unes des plus belles pièces du musée de l’or. En tous les cas, celles que j’ai sélectionnées, qui me touchent vraiment au cœur.

Impossible de quitter la salle des offrandes sans aller admirer l’impressionnante collection de masques de chamans.

Ils sont une dizaine à être conservé à l’abri de la lumière, tout à la fois terrifiant et censés impressionner ceux qui les observaient.

Puis nous passons dans la dernière salle du musée : la chambre de l’offrande. La surprise finale du parcours. Il s’agit d’une vaste salle circulaire dont les parois arrondies abritent plus de 3.000 objets en or.

Une fois entrés à l’intérieur, les portes de la salle se referment derrière nous… La lumière faiblit peu à peu…

Derrière une vitrine apparaît la pièce majeure du musée : le radeau votif appelé la Balsa de la ofrenda. Une petite pièce finement ciselée qui représente un radeau fait de roseaux et de bambous au centre duquel se tient un chef. Celui-ci porte une coiffe, des pendentifs pour les oreilles et le nez.
Il est flanqué d’autres personnages plus petits dont deux portent des étendards comme ceux décrits par les chroniqueurs de l’époque des conquistadores. Cette pièce a été trouvée en 1969 dans une ancienne grotte muisca, près de la ville de Pasca, au sud de Bogotá.

Autour de nous, des éclairages spéciaux mettent en lumière une multitude de trésors d’orfèvrerie disposés tout autour de la salle. Des centaines et des centaines de pectoraux en or massif…

À nos pieds, une fosse s’éclaire et fait apparaître des centaines d’objets en or disposés pêle-mêle. Le saint des saints pour les Indiens.

Dans les croyances indiennes, l’or était considéré comme les larmes du soleil, la divinité suprême.

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