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Effervescence autour du port de pêche de Mbour

Effervescence autour du port de pêche de Mbour

Jeudi 27 septembre. Nous voici arrivés à Mbour. L’un des principaux ports de pêche du pays. Ici plus qu’ailleurs on sent battre le cœur de l’Afrique. L’Afrique millénaire qui depuis le commencement des temps s’est toujours tournée vers le commerce, la pêche et les échanges.

De nombreux touristes dédaignent se mélanger à cette effervescence continue qui règne dans ce petit périmètre, mais ce ne serait alors pas visiter l’Afrique que de ne pas voir ces hommes débarquer leurs cagettes de poissons argentés et les porter directement dans les camions frigorifiques qui attendent à la sortie du port. Sans doute une de mes plus belles photos, négociée avec le grossiste par mon guide.

Puis nous descendons la petite artère encombrée de poissons pourris et d’ordures pour se frayer un chemin jusqu’à la plage encombrée de centaines d’étals de poissonniers.

Mon guide tourne en boucle le traditionnel speech qu’il déroule aux touristes tout en évitant de m’emmener au plus près de la plage. Je n’ai que faire de tout ça, je veux voir l’arrivée des pêcheurs de mes yeux et je me fraye un chemin jusqu’à la plage.

Enfin, j’y suis. Près de moi, mon guide tique un peu. Les hommes et les femmes n’aiment pas se faire prendre en photo, mais l’envie est trop forte de capter un tel élan de vie. Les petites mains du port se précipitent vers les bateaux pour décharger les cargaisons. Tout se fait au pas de course. Chaque seconde est comptée. Ici plus qu’ailleurs, le temps est de l’argent. Chaque franc CFA glané se fait au prix d’une course vers la plage chargée de la précieuse cargaison.

Sur la grève, les bateaux affluent par dizaines. C’est une cohue indescriptible. Des hommes se précipitent à l’eau pour venir décharger les embarcations. Je regrette mon pantalon qui m’empêche de me précipiter à l’eau dans leur sillage. J’en oublie toutes les règles de sécurité. Derrière moi, mon guide en reste bouche bée.

Je relève les pans de mon pantalon et je m’enfonce dans l’eau pour aller au plus près. Je ne voudrais manquer ça pour rien au monde. Les bateaux multicolores tanguent dangereusement sur l’eau tandis que des hommes plongés dans l’eau jusqu’à la taille s’accrochent au bastingage et crient aux pêcheurs leur prix pour ramener le poisson jusqu’à la berge. Saisissant.

Dans l’eau, c’est une cohue indescriptible. Les cagettes de polystyrène flottent dans l’eau. Les cargaisons se négocient. Le bois craque. L’odeur de la marée déchire les estomacs.

Mais rien n’empêche cette folie humaine. Des hommes par centaines se précipitent à l’eau. Du prix de leur sueur, de leur entêtement dépendra sans doute ce qu’ils pourront manger ce soir.

Sur la grève, d’autres hommes patientent dans leurs charrettes à cheval que les hommes de main reviennent avec leur cargaison. Elles seront directement chargées et acheminées vers les grossistes. Chacun sa place. Chacun son effort pour faire vivre le port, ses hommes et ses familles.

Pour vraiment sentir (au propre comme au figuré !) l’effervescence d’un port de pêche en Afrique, il faut arpenter la plage de long en large, en travers et sur les côtés. Il faut savoir se mêler à la foule et aux femmes qui attendent de pied ferme sur la grève l’arrivée des marchandises.

Car vers 17 heures, avec l’arrivée des dizaines de pirogues parties en mer depuis le matin, c’est une cohue indescriptible sur la plage et dans l’eau. Les pirogues franchissent la barre de l’océan Atlantique et les pêcheurs débarquent à vive allure leurs paniers remplis de poissons argentés, de coquillages et de crustacés.

Les amarres sont transportées par les marins et plantées à même la plage. Marcher sur la grève nécessite de sans cesse faire attention à ne pas s’entraver aux cordes des amarres qui se tendent et se détendent au gré du roulis des vagues.

Des hommes en cirés et en tee-shirt s’entremêlent et font le va-et-vient entre la plage et les embarcations. Paniers remplis de poissons en équilibre sur la tête.

Sur la plage, les femmes réceptionnent les précieuses marchandises et attendent de pied ferme les marins chargés de leurs caisses. Des parapluies s’ouvrent pour se protéger du soleil. Pas de chance. Toutes se protègent du soleil et me tournent le dos.

Toutes attendent de négocier au mieux la cargaison. Ce seront elles qui se chargeront de trier, d’écailler et de vider les poissons.

À ce jeu-là, il faut savoir s’imposer, crier, hurler, négocier de pied ferme avec les marins pour obtenir d’eux un peu de travail. Les hommes, éberlués par une telle cohue, préfèrent s’en éloigner.

L’ambiance est tout simplement magique et ramène aux temps ancestraux du commerce, loin des standards occidentaux imposés aux quatre coins du monde. Plus qu’ailleurs, le terme de criée prend tout son sens sur la plage de Mbour.

Une fois dispatchés, les produits de la mer sont alors déposés sous une grande criée installée face à la plage. Les poissons bon marché partent vers la fumerie locale tandis que les espèces nobles sont acheminées vers les centres de conditionnement avant d’être vendues le lendemain sur les marchés de Paris, Marseille et de l’Europe entière.

Sur la berge, le poisson débarqué, il faut déjà reprendre la mer. Les marins poussent ensemble les pirogues qui s’en vont rejoindre les embarcations à plus fort tirant d’eau qui ne peuvent s’amarrer directement sur la plage.

Les hommes s’entraident, épuisent leurs forces à défier les courant et la barre qui sépare la plage de l’océan. C’est à ce prix-là que les hommes tireront bénéfice des produits de la mer.

Sur la plage, d’autres hommes s’occupent à fendre les coquillages et les oursins.

D’autres préparent à même la plage le salage des espèces les moins nobles.

Enfin, il ne faudrait pas quitter la plage de Mbour sans grimper sur la petite dune qui sépare le port du chantier naval où l’on construit des pirogues multicolores de différentes tailles, adaptées à chaque type de pêche.

Toutes adaptées à la pêche au filet, les pirogues s’étalent sur plusieurs centaines de mètres. Les plus grosses peuvent transporter jusqu’à une trentaine de marins.

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