My Son, au milieu des palais et des temples Cham

My Son, au milieu des palais et des temples Cham

Mardi 30 janvier. Petite excursion ce matin vers le site de l’ancienne capitale du royaume Cham, My Son. Situé à environ 50 kilomètres de Hoy An et de Da Nang, il s’agit du site archéologique le plus important du royaume du Champa, site qui fut étudié au XIXe siècle par l’archéologue français Parmentier et au début du XXe siècle.

Ce sanctuaire Champa a été édifié au IVe siècle, créé par l’empereur Bhadravarman. Au fil du temps, la cité prit une telle ampleur qu’elle devint la capitale du royaume, ainsi qu’un important centre religieux. Sa culture fut d’abord influencée par la religion hindouiste, puis bouddhiste.

Aujourd’hui, le site a perdu beaucoup de son importance, mais j’adore les vieilles ruines, l’atmosphère qu’il s’en dégage, comme si des fantômes hantaient encore ses allées et ses temples.

Seules une dizaine de tours tiennent encore debout, des vestiges de palais et de temples, amplement suffisants pour que la magie opère encore. Il se dégage une réelle poésie de ce lieu, sans doute à cause de ces ruines posées sur un vaste plateau entouré de collines et de jungle. Quelques herbes grignotent peu à peu les palais, et au détour d’une façade, on peut encore admirer un visage, une nymphe, une déesse au charme infini et troublant.

Pour essayer d’imaginer l’importance de cette capitale du royaume Cham, il faut comprendre que les vestiges de la cité ne représentent qu’une infime partie de ce qu’elle pouvait être, sans doute moins d’un dixième ! Et pour cause… L’armée américaine ne trouva rien de mieux que de bombarder le site lors de la guerre du Vietnam.

Il n’empêche, se promener au milieu de ces ruines, de ces palais évanouis provoque une réelle sensation de bonheur. Pas vraiment motivé pour écouter les explications en anglais de notre guide, je préfère aller flâner au milieu des ruines et profiter de la paix qui règne ici.

En observant les colonnes rangées sur le sol, les socles alignés impeccablement, les façades encore debout des palais, on imagine sans mal tout le faste de cette cité antique.

Aujourd’hui, le site de My Son se divise en trois grosses parties : les groupes B, C et D, les groupes E et F, et le groupe G. C’est par les trois premiers que la visite commence. Avec tout d’abord, le Kalan C1, un temple dédié à Shiva, avec son unique porte orientée à l’Est et fausses portes, le tout surmonté par un toit en forme de barque.

Au cœur du groupe B, voici le Kalan B1 si reconnaissable avec son lingam (symbole phallique) dressé sur un yoni carré. Ce sanctuaire date de 1704 et était dédié au deu-roi Bhadresvara. Lors des fêtes, le lingam était recouvert d’un chapeau en or sur lequel on versait de l’eau.
Le liquide se déversait par une fente orientée au nord, en direction du dieu Kuvera, dieu de la Prospérité, avant d’être récupéré et bu pour ses propriétés curatives. Selon une autre hypothèse, ce lingam représentait le Mont du temple, avec ses deux sources qui se réunissent en un seul ruisseau, celui que l’on traverse pour accéder au site.

Le temple B5 est le mieux conservé du site, reconnaissable entre tous par son toit en forme de barque. Il était un sanctuaire réservé au roi où l’on déposait des objets de cultes et des livres sacrés. Dans la partie basse du temple, on peut apercevoir des représentations des divinités aux mains jointes. Leur tête était naguère recouverte d’or. Sur les côtés, on peut voir deux petites fenêtres aux épaisses colonnes et, au-dessus, un bas-relief en grès montrant deux éléphants qui se font face.

Entre les deux temples principaux, sur la droite, on peut voir de nombreuses colonnes alignées par terre et des morceaux de chapiteaux. Sur les colonnes, des motifs hindo-musulmans ont été sculptés… Quant aux fûts des colonnes, ils rappellent étrangement ceux des colonnes ioniennes ! Toujours au pied de ces colonnes, on peut aussi voir des pétales de fleurs qui sont des motifs bouddhistes du XIe siècle.

Pour la petite histoire, il faut savoir que Marco Polo est venu jusqu’ici, se mêlant à la population du royaume Cham, rencontrant jusqu’à son souverain, lequel avait le droit sur toutes les jeunes filles de son royaume !

Pour ce qui est de la grande histoire par contre, il faut savoir que le royaume du Champa exista du IIe au XVe siècle, s’étendant de Hué jusqu’au cap Saint-Jacques. Ici, au sud du 18e parallèle, en lisière de l’empire chinois, se mélangeaient divers groupes malayo-polynésiens, grands navigateurs venus probablement d’Indonésie.

Le premier roi Cham fut Sri Mara, au IIe siècle. Face à la menace d’extension de la Chine, plusieurs régions s’unifièrent pour entrer en résistance contre l’encombrant voisin. Il s’agissait alors de peuples de marins, de pêcheurs et de pirates. Au IVe siècle apparut le terme de Champa pour qualifier cette longue bande côtière qui échappait l’hégémonie chinoise. Son véritable unificateur fut le roi Bhadravarman 1er en l’an 400.

Si My Son était le principal centre religieux du royaume Cham, sa capitale changea plusieurs fois de lieux. Au Ve siècle, elle s’installa à Simhapura, au sud-ouest de Da Nang, avant de déménager au VIIIe siècle à Po Nagar, puis de s’implanter un siècle plus tard à Indrapura, à une soixantaine de kilomètres de Da Nang. Durant 200 ans, cette capitale brilla d’un grand éclat. Puis au XIe siècle, la capitale fut encore transférée à Vijaya, au sud du pays.

Pendant tout ce temps, du IVe au XIIIe siècle, se développa la splendeur de My Son, le principal centre religieux Cham. Épargné par la guerre et par son voisin du royaume Viet préoccupé par les excursions chinoises, le royaume Cham résista tant bien que mal aux attaques des Khmers d’Angkor. Au XIe siècle, à son apogée, le royaume se couvrit de temples et de sanctuaires.

Situé entre les groupes B et C et la rivière, le groupe D accueille un mandapa, une salle de méditation en quelque sorte. C’est un long édifice, avec une entrée percée à l’est, où sont exposés quelques beaux ornements du Xe siècle. À l’intérieur, il ne faut pas manquer le superbe shiva dansant… dont la tête a été coupée. Au final, toutes les statues sont décapitées, non par reniement, mais pour annuler le cycle des réincarnations.

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