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Angkok, le mystérieux temple du Bayon

Angkok, le mystérieux temple du Bayon

Mercredi 31 janvier. L’émerveillement, la stupéfaction, le mystère… Les sentiments s’entremêlent à mesure que je m’approche du temple du Bayon. Depuis la voie royale, je dois encore traverser une forêt peuplée d’arbres et de blocs de pierres qui n’attendent que la main des restaurateurs pour revivre.

Je marche face au soleil. Le Bayon se dresse dans la lumière comme un vaisseau fantastique surgissant de la brume.

Je passe une première enceinte, faite de pans de murs, de colonnes et de linteaux.

Sur les linteaux justement, les premières décorations apparaissent. À couper le souffle. L’art khmer est à son apogée. La finesse de certains bas-reliefs laisse sans voix.

Enfin j’ai fait le tour de ce vaste temple-montagne pour me présenter avec le soleil dans le dos ou de trois-quart. Pas question de gâcher les photos en les prenant à contre-jour.

Enfin, le voici. Un mythe. Une légende presque. Avec lui se sont enflammées toutes les passions françaises et européennes pour ce temple sorti du tréfonds de la jungle cambodgienne. Le Bayon est en effet le temple central de l’ancienne ville d’Angkor Thom, capitale des souverains khmers. Il est situé à l’intersection des routes Nord-Sud et Est-Ouest.

C’est le dernier des « temples-montagnes » du site d’Angkor, bâti par Jayavarman VII, restaurateur de la puissance du royaume khmer d’Angkor après l’invasion des Chams.

Car après l’âge d’or du règne de Suryavarman II, de 1112 à 1152 (j’y reviendrai au moment d’évoquer Angkor Wat), l’empire connaît une longue période de guerre et une succession de rois sans envergure. Il faut donc attendre 1187 pour voir arriver au pouvoir Jayavarman VII, le fondateur du Bayon, qui vient de vaincre les Chams. Ces derniers, venus du centre du Vietnam voisin avaient osé s’attaquer au royaume Khmer et avaient pillé Angkor !

La danse des bas-reliefs du Bayon. Étourdissante. Quelque 10.000 personnages, tous différents, décorent les galeries du premier niveau.

Les fresques de la galerie Est relatent les sanglants exploits de l’armée khmère contre les Chams, tandis que celles de la galerie Sud témoignent de la vie quotidienne des Khmers au XIIe siècle : pêche, chasse, combats de cochons, scènes de marché, accouchement, etc.

On peut aussi y admirer la bataille du Grand Lac Tonlé Sap, et divers duels.

Sa décoration est d’une exceptionnelle richesse, à l’apogée de l’art bouddhique mahayana, elle est comme corsetée dans un périmètre extrêmement réduit d’environ 150 m de côté pour l’enceinte extérieure.

Les bas-reliefs du temple évoquent le passé d’Angkor, avec de nombreux détails empruntés à la vie quotidienne. Selon Bernard-Philippe Groslier, « Pour la première fois les sculpteurs khmers purent laisser aller leur ciseau au gré de leur inspiration. »

La beauté de ces bas-reliefs est à couper le souffle. L’imagination est à son comble, la finesse des sculptures étourdissante, créant un mélange époustouflant de sensualité, de force et de mysticisme.

Les scènes de la vie quotidienne répondent aux parades militaires, aux butins ramenés par les souverains. Ici, des poissons de toutes espèces et de toutes tailles surgissent de l’eau, là du gibier galope au milieu de la forêt tropicale, ailleurs, des courtisans viennent rendre hommage au roi, l’armée royale défile majestueusement. Exceptionnel.

Debout sur son char de guerre, le souverain conduit la manœuvre, lance ses armées, dirige son armée…

… et l’armée lui répond, s’engage dans le combat. Les soldats brandissent leurs lances au-dessus de leur tête, tiennent dans leur main gauche de petits boucliers, écrasent littéralement leurs ennemis.

Le souverain s’engage dans la partie, et, assis sur son cornac, rue au milieu de la mêlée avec son éléphant de guerre. Époustouflant.

Le temple du Bayon. Avec le temple d’Angkor Wat, le plus célèbre monument d’Angkor. La « montagne magique ». Le mystère incarné.

Une forêt de têtes de pierre regardant toutes dans la même direction. Une massive montagne de 54 tours (même s’il n’en reste plus que 37 aujourd’hui…). Chacune était censée représenter les 54 provinces de l’empire Khmer.

J’ai tout mon temps. Et surtout pas l’envie de me jeter dans la cohue du flot des touristes chinois. Je prends mon temps pour visiter les premier et deuxième niveaux de ce temple-montagne.

Car le Bayon est une sorte de pyramide à trois niveaux, d’une hauteur de totale de 43 mètres. Ce temple-montagne est un dédale où il faut absolument se perdre pour en saisir toute la magie.

Le plan général est d’une grande complexité : les tours-sanctuaires sont partout à la fois, suivant d’abord un schéma au carré le long des murs d’enceinte, puis en cercle, le long de la montagne centrale. Et pour compliquer le tout, les portes et les allées observent une disposition cruciforme.

Au final, une étrange sensation s’empare de chaque visiteur, étourdi qu’il est entre les galeries, les terrasses, les escaliers et les tours !

Enfin, j’accède au dernier niveau. Des tours parfois dressées depuis le premier ou le deuxième niveau se dressent les visages du Bayon. Gigantesques. Imposants. Mystérieux avec ce léger sourire qui semble traverser leur face.

Ici et là, des corps de dragons géants s’allongent entre deux tours. Le temps d’en faire le tour, et je m’aperçois qu’un autre visage me scrute taillé sur l’autre face de la tour. Vertigineux.

Le soleil de cette fin de journée commence à frapper les visages d’un bel éclat doré.

Me voici donc au sommet du temple-montagne du Bayon, au milieu des visages gigantesques taillés dans la pierre. Au sommet des 54 tours, quatre visages sont censés représenter les quatre vertus du Bouddha : au sud, la sympathie ; à l’est, la pitié ; au nord, l’humeur égale ; à l’ouest, l’égalité.

Ces figures patinées par la lumière blonde du soleil sont d’une beauté sans pareille. Étourdissant. Ce sont à l’origine 216 visages aux sourires énigmatiques qui irradient le royaume. À bien les regarder, on croirait même qu’ils nous observent depuis leur piédestal de sérénité.

Certains scientifiques se demandent aujourd’hui si les visages du Bayon ne sont pas également une représentation du grand roi Jayavarman VII qui rétablit le royaume dans son intégrité après avoir bouté les Chams hors du royaume Khmer et les avoir renvoyés au fin fond du Vietnam, sans doute tout près de My Son que j’ai pu visiter quelques jours plus tôt.

Longtemps les chercheurs ont cru qu’il s’agissait d’un temple dédié à Shiva ou Brahma, puis uniquement au Bouddha. Puis on a compris qu’il a été construit à une époque de transition entre le brahmanisme et le bouddhisme.

Au-delà de la symbolique bouddhiste, il s’agirait donc plus d’un panthéon consacré aux dieux adorés au Moyen Âge par tous les Khmers, mais dont l’hôte central est devenu le Bouddha.

Toujours est-il que les moines bouddhistes sont aujourd’hui très nombreux à s’être appropriés les lieux…

En quittant le Bayon, j’ai ainsi la chance de capter ce moment incroyable : cette file indienne de moines marchant d’un bon pas aux abords du Bayon. Un moment magique.

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