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Angkok, le mystérieux temple du Bayon

Pourquoi visiter le temple Bayon ?

Un chef-d’œuvre du “baroque” angkorien

Construit à la fin du XIIe siècle par le roi bouddhiste Jayavarman VII, le Bayon est le temple d’État de sa nouvelle capitale, Angkor Thom. Son architecture est souvent comparée à un style “baroque” par les experts, en contraste avec le classicisme d’Angkor Wat. Ce qui le rend unique, c’est sa structure labyrinthique et l’atmosphère mystérieuse qui s’en dégage, loin des temples plus linéaires du parc. Le Bayon est le cœur spirituel et politique de l’ancienne cité, un lieu où l’art atteint des sommets d’expressivité.

Les énigmatiques visages de pierre

L’élément le plus célèbre et fascinant du Bayon est la multitude de tours ornées de visages souriants. Plus de 200 de ces visages géants, sereins et énigmatiques, ornent encore les tours du temple. Ils regardent vers les quatre points cardinaux, symbolisant peut-être la présence bienveillante du roi Jayavarman VII sous les traits du bodhisattva Avalokiteshvara, ou une forme de pouvoir universel. Cette profusion de visages crée une expérience visuelle unique, un spectacle de “forêt de pierre” qui fascine et interroge les visiteurs depuis des siècles.

Des bas-reliefs d’une richesse exceptionnelle

Au-delà des tours à visages, le Bayon est célèbre pour ses bas-reliefs d’une exceptionnelle variété. Contrairement à d’autres temples qui se concentrent sur des scènes mythologiques, les galeries extérieures du Bayon dépeignent aussi la vie quotidienne de l’empire khmer. On y voit des scènes de marché, des pêcheurs au travail, des banquets ou des soldats en campagne. Ces représentations offrent un témoignage inestimable sur la société de l’époque, mêlant histoire et légende, et constituent un véritable livre d’histoire en pierre.

Une expérience de visite à ne pas manquer

Le Bayon est incontournable lors de la visite du parc d’Angkor. Situé au centre d’Angkor Thom, il est ouvert tous les jours de 7h30 à 17h30. L’entrée est incluse dans le billet d’accès au parc archéologique. Pour profiter pleinement de son atmosphère et éviter la foule, il est conseillé d’y venir tôt le matin ou en fin d’après-midi. La visite du Bayon est une expérience à la fois esthétique, historique et spirituelle, qui laisse une impression durable sur tous ceux qui s’y aventurent.

Comment visiter les différents temples d’Angkor ?

Trois circuits pour s’adapter à tous les rythmes

L’immensité du parc d’Angkor (plus de 400 km²) peut être déroutante. Pour la parcourir, tout est pensé autour de deux itinéraires de visite. Le Petit Circuit, le plus classique, concentre les temples les plus célèbres en une boucle d’environ 20 kilomètres : Angkor Wat, le Bayon aux visages de pierre et Ta Prohm enlacé par les racines des fromagers en sont les étapes phares. Pour ceux qui disposent de plus de temps, le Grand Circuit s’éloigne davantage vers le nord-est et mène à des sites plus préservés comme Preah Khan, Neak Pean ou le Pre Rup, célèbre pour son coucher de soleil. Le choix du circuit déterminera l’organisation de votre journée, mais il est tout à fait possible de combiner les deux sur plusieurs jours.

Les horaires d’ouverture précis pour chaque site

Les horaires des temples sont désormais bien établis en 2026 et varient pour s’adapter aux levers et couchers de soleil. Le temple d’Angkor Wat ouvre plus tôt que les autres, à 5h00, pour permettre d’admirer le lever du soleil, et ferme à 18h00 . La majorité des temples du Petit et du Grand Circuit (Bayon, Ta Prohm, etc.) sont accessibles de 6h00 à 18h30. Enfin, quatre sites sont officiellement dédiés à l’observation du coucher (Pre Rup, Phnom Krom, Sras Srang et la porte Tonle Om) ; ils ouvrent à 5h00 et ferment à 19h00. Une règle de grâce de 30 minutes est appliquée partout : si vous êtes déjà à l’intérieur d’un temple à l’heure de fermeture, vous avez une demi-heure supplémentaire pour en sortir tranquillement.

Les tarifs des billets et où les acheter

L’accès au parc est réglementé par un pass (Angkor Pass) disponible en trois formules. Le billet d’une journée coûte 37 dollars, le pass de trois jours (valable une semaine) est à 62 dollars et le pass de sept jours (valable un mois) à 72 dollars. Le pass de trois jours est le plus populaire car il offre le meilleur rapport qualité-prix pour une visite complète. L’achat se fait en ligne sur le site officiel d’Angkor Enterprise, ou directement au bureau des billets (Angkor Ticket Office) qui ouvre à 4h30 pour les premiers visiteurs. Une photo d’identité vous sera prise sur place pour imprimer votre ticket, qu’il est indispensable de conserver précieusement.

Comment se déplacer et les précautions à prendre

Pour explorer le parc, le moyen le plus pratique et le plus populaire est le tuk-tuk. Il est facile de louer un chauffeur pour une journée complète (environ 15 à 20 dollars) qui vous emmènera de temple en temple et vous attendra sur place. Pour une expérience plus libre, la location de vélos (environ 2 dollars par jour) ou de scooters est également possible. Le code vestimentaire est strict et doit être respecté : les épaules et les genoux doivent être couverts avec un tissu opaque. Une attention particulière est à porter à la tour centrale d’Angkor Wat (Bakan) : elle est ouverte tous les jours, mais ferme les après-midis des 14 et 28 de chaque mois pour des travaux de conservation.

Angkok, le mystérieux temple du Bayon

Mercredi 31 janvier. L’émerveillement, la stupéfaction, le mystère… Les sentiments s’entremêlent à mesure que je m’approche du temple du Bayon. Depuis la voie royale, je dois encore traverser une forêt peuplée d’arbres et de blocs de pierres qui n’attendent que la main des restaurateurs pour revivre.

Je marche face au soleil. Le Bayon se dresse dans la lumière comme un vaisseau fantastique surgissant de la brume.

Je passe une première enceinte, faite de pans de murs, de colonnes et de linteaux.

Sur les linteaux justement, les premières décorations apparaissent. À couper le souffle. L’art khmer est à son apogée. La finesse de certains bas-reliefs laisse sans voix.

Enfin j’ai fait le tour de ce vaste temple-montagne pour me présenter avec le soleil dans le dos ou de trois-quart. Pas question de gâcher les photos en les prenant à contre-jour.

Enfin, le voici. Un mythe. Une légende presque. Avec lui se sont enflammées toutes les passions françaises et européennes pour ce temple sorti du tréfonds de la jungle cambodgienne. Le Bayon est en effet le temple central de l’ancienne ville d’Angkor Thom, capitale des souverains khmers. Il est situé à l’intersection des routes Nord-Sud et Est-Ouest.

C’est le dernier des « temples-montagnes » du site d’Angkor, bâti par Jayavarman VII, restaurateur de la puissance du royaume khmer d’Angkor après l’invasion des Chams.

Car après l’âge d’or du règne de Suryavarman II, de 1112 à 1152 (j’y reviendrai au moment d’évoquer Angkor Wat), l’empire connaît une longue période de guerre et une succession de rois sans envergure. Il faut donc attendre 1187 pour voir arriver au pouvoir Jayavarman VII, le fondateur du Bayon, qui vient de vaincre les Chams. Ces derniers, venus du centre du Vietnam voisin avaient osé s’attaquer au royaume Khmer et avaient pillé Angkor !

La danse des bas-reliefs du Bayon. Étourdissante. Quelque 10.000 personnages, tous différents, décorent les galeries du premier niveau.

Les fresques de la galerie Est relatent les sanglants exploits de l’armée khmère contre les Chams, tandis que celles de la galerie Sud témoignent de la vie quotidienne des Khmers au XIIe siècle : pêche, chasse, combats de cochons, scènes de marché, accouchement, etc.

On peut aussi y admirer la bataille du Grand Lac Tonlé Sap, et divers duels.

Sa décoration est d’une exceptionnelle richesse, à l’apogée de l’art bouddhique mahayana, elle est comme corsetée dans un périmètre extrêmement réduit d’environ 150 m de côté pour l’enceinte extérieure.

Les bas-reliefs du temple évoquent le passé d’Angkor, avec de nombreux détails empruntés à la vie quotidienne. Selon Bernard-Philippe Groslier, « Pour la première fois les sculpteurs khmers purent laisser aller leur ciseau au gré de leur inspiration. »

La beauté de ces bas-reliefs est à couper le souffle. L’imagination est à son comble, la finesse des sculptures étourdissante, créant un mélange époustouflant de sensualité, de force et de mysticisme.

Les scènes de la vie quotidienne répondent aux parades militaires, aux butins ramenés par les souverains. Ici, des poissons de toutes espèces et de toutes tailles surgissent de l’eau, là du gibier galope au milieu de la forêt tropicale, ailleurs, des courtisans viennent rendre hommage au roi, l’armée royale défile majestueusement. Exceptionnel.

Debout sur son char de guerre, le souverain conduit la manœuvre, lance ses armées, dirige son armée…

… et l’armée lui répond, s’engage dans le combat. Les soldats brandissent leurs lances au-dessus de leur tête, tiennent dans leur main gauche de petits boucliers, écrasent littéralement leurs ennemis.

Le souverain s’engage dans la partie, et, assis sur son cornac, rue au milieu de la mêlée avec son éléphant de guerre. Époustouflant.

Le temple du Bayon. Avec le temple d’Angkor Wat, le plus célèbre monument d’Angkor. La « montagne magique ». Le mystère incarné.

Une forêt de têtes de pierre regardant toutes dans la même direction. Une massive montagne de 54 tours (même s’il n’en reste plus que 37 aujourd’hui…). Chacune était censée représenter les 54 provinces de l’empire Khmer.

J’ai tout mon temps. Et surtout pas l’envie de me jeter dans la cohue du flot des touristes chinois. Je prends mon temps pour visiter les premier et deuxième niveaux de ce temple-montagne.

Car le Bayon est une sorte de pyramide à trois niveaux, d’une hauteur de totale de 43 mètres. Ce temple-montagne est un dédale où il faut absolument se perdre pour en saisir toute la magie.

Le plan général est d’une grande complexité : les tours-sanctuaires sont partout à la fois, suivant d’abord un schéma au carré le long des murs d’enceinte, puis en cercle, le long de la montagne centrale. Et pour compliquer le tout, les portes et les allées observent une disposition cruciforme.

Au final, une étrange sensation s’empare de chaque visiteur, étourdi qu’il est entre les galeries, les terrasses, les escaliers et les tours !

Enfin, j’accède au dernier niveau. Des tours parfois dressées depuis le premier ou le deuxième niveau se dressent les visages du Bayon. Gigantesques. Imposants. Mystérieux avec ce léger sourire qui semble traverser leur face.

Ici et là, des corps de dragons géants s’allongent entre deux tours. Le temps d’en faire le tour, et je m’aperçois qu’un autre visage me scrute taillé sur l’autre face de la tour. Vertigineux.

Le soleil de cette fin de journée commence à frapper les visages d’un bel éclat doré.

Me voici donc au sommet du temple-montagne du Bayon, au milieu des visages gigantesques taillés dans la pierre. Au sommet des 54 tours, quatre visages sont censés représenter les quatre vertus du Bouddha : au sud, la sympathie ; à l’est, la pitié ; au nord, l’humeur égale ; à l’ouest, l’égalité.

Ces figures patinées par la lumière blonde du soleil sont d’une beauté sans pareille. Étourdissant. Ce sont à l’origine 216 visages aux sourires énigmatiques qui irradient le royaume. À bien les regarder, on croirait même qu’ils nous observent depuis leur piédestal de sérénité.

Certains scientifiques se demandent aujourd’hui si les visages du Bayon ne sont pas également une représentation du grand roi Jayavarman VII qui rétablit le royaume dans son intégrité après avoir bouté les Chams hors du royaume Khmer et les avoir renvoyés au fin fond du Vietnam, sans doute tout près de My Son que j’ai pu visiter quelques jours plus tôt.

Longtemps les chercheurs ont cru qu’il s’agissait d’un temple dédié à Shiva ou Brahma, puis uniquement au Bouddha. Puis on a compris qu’il a été construit à une époque de transition entre le brahmanisme et le bouddhisme.

Au-delà de la symbolique bouddhiste, il s’agirait donc plus d’un panthéon consacré aux dieux adorés au Moyen Âge par tous les Khmers, mais dont l’hôte central est devenu le Bouddha.

Toujours est-il que les moines bouddhistes sont aujourd’hui très nombreux à s’être appropriés les lieux…

En quittant le Bayon, j’ai ainsi la chance de capter ce moment incroyable : cette file indienne de moines marchant d’un bon pas aux abords du Bayon. Un moment magique.

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