Arménie

D’Alaverdi à Garni, en passant par Erevan et Sevan

Table des matières

Comment se déplacer, quel budget, quels vols, quel itinéraire, quels pièges à éviter, visas, sécurité, bons plans, on vous dit tout ici.

Munich - Centre
Erevan est l’une des plus anciennes villes habitées au monde, fondée en 782 avant J.-C. sous le nom de forteresse d’Erebouni, ce qui la rend plus ancienne que Rome. Visiter la capitale arménienne, c’est plonger dans une histoire millénaire marquée par la résilience, une culture unique et une identité profondément ancrée. Le cœur de la cité bat sur la majestueuse Place de la République, entourée de bâtiments monumentaux en tuf rose, une pierre volcanique locale qui donne à la ville son architecture chaleureuse et son surnom de « Ville Rose ». Pour comprendre l’âme arménienne, le passage par le Tsitsernakaberd, le mémorial dédié au génocide de 1915, offre un moment de recueillement poignant et essentiel, tandis que le musée du Matenadaran dévoile une collection inestimable de manuscrits anciens sauvegardés à travers les siècles.
 
Le Musée d’histoire de l’Arménie abrite une collection exceptionnelle de près de 400.000 objets retraçant l’évolution de la région depuis la préhistoire jusqu’à l’époque moderne. Cet établissement permet de plonger au cœur des grandes étapes de l’histoire arménienne, incluant l’époque préhistorique, le royaume antique d’Urartu et l’époque médiévale. Le parcours à travers ses départements d’archéologie, de numismatique et d’ethnographie offre un aperçu remarquable sur l’identité, les traditions et la résilience d’un peuple au carrefour des civilisations orientale et occidentale. Visiter ce musée, c’est avoir le privilège de contempler des pièces archéologiques d’une valeur historique inestimable. Le clou de l’exposition est la plus ancienne chaussure en cuir au monde, vieille de 5.500 ans découvert dans la grotte d’Areni-1. Les collections impressionnent également par leurs grands chariots en bois du XVe siècle avant J.-C. excavés à Lchashen, leurs armes en bronze et leurs bijoux en or d’époque antique.

Erevan surprend par son dynamisme culturel et architectural, dont le symbole absolu est le complexe de la Cascade. Cet escalier géant en calcaire blanc escalade la colline et relie le centre-ville aux quartiers résidentiels supérieurs. À l’intérieur et tout autour, le Centre d’art Cafesjian déploie des galeries d’art contemporain et des sculptures en plein air signées par des artistes de renommée internationale comme Fernando Botero. En grimpant les marches de la Cascade, ou en empruntant les escalators intérieurs, vous accédez à des terrasses aménagées offrant des panoramas spectaculaires. Par temps clair, la ville s’efface pour laisser place à une vue grandiose et presque mystique sur les neiges éternelles du mythique Mont Ararat, symbole sacré de toute la nation arménienne.

La Forteresse de Lori Berdest l’un des joyaux médiévaux de l’Arménie. Érigée entre 1005 et 1025 par le roi David Anhoghin, elle a servi de seconde capitale au royaume de Tashir-Dzoraget. Perchée à 1.379 mètres d’altitude, la citadelle occupe un plateau triangulaire stratégique, cerné par les canyons profonds et vertigineux des rivières Dzoraget et Urut (ou Miskhana). Ce bastion défensif offre un panorama sauvage d’une beauté à couper le souffle. En franchissant son imposante muraille défensive de tuf noir — haute de plusieurs étages et s’étendant sur plus de 200 mètres —, on accède aux ruines d’une véritable cité fortifiée. Le site abrite deux complexes de bains publics chauffés par hypocauste avec des systèmes de tuyaux en argile sophistiqués, ainsi que des habitations ornées de fresques domestiques rarissimes illustrant la vie quotidienne médiévale.

Les gorges des rivières Dzoraget et Urut figurent parmi les plus impressionnants canyons d’Arménie, offrant des paysages spectaculaires. Le canyon du Dzoraget s’enfonce dans la roche, atteignant par endroits des profondeurs de 200 à 300 mètres. Ce décor géologique se caractérise par d’immenses falaises de basalte noir et des orgues volcaniques qui bordent le lit de la rivière. Le point de confluence avec l’Urut (parfois appelée Miskhana) forme un relief stratégique où la roche dessine une gigantesque proue de navire naturelle. Les falaises sont parsemées de belvédères naturels, tels que le Dzoraget Canyon Viewpoint ou le célèbre rocher de Tsitskar à Arevatsag, qui offrent des plongeons au-dessus du vide. Les sentiers forestiers qui longent les cours d’eau permettent d’observer une biodiversité préservée.

L’Église d’Odzoun représente l’un des plus parfaits exemples de la transition architecturale paléochrétienne dans le Caucase. Construite initialement au VIe siècle, cette basilique à coupole se distingue par sa structure en felsite rose, une pierre volcanique qui lui confère des nuances changeantes selon la lumière du jour. Contrairement aux monastères plus tardifs, Odzoun offre un plan longitudinal spacieux hérité des traditions byzantines, complété par de superbes galeries extérieures à arcades. le site abrite à l’extérieur un monument funéraire du VIe siècle en pierre qui se compose de deux stèles verticales enchâssées dans des arcades doubles reposant sur un socle à degrés. Les stèles représentant des scènes bibliques et le récit de la conversion de l’Arménie au christianisme. 

Fondé au Xe siècle sous le règne de la reine Khosrovanuysh, le complexe de Sanahin est un exemple de l’architecture religieuse arménienne. Le site frappe par l’imbrication de ses différents édifices religieux. On y découvre  l’église principale Saint-Sauveur  et l’église Sainte-Mère-de-Dieu. Leurs structures massives en basalte sombre contrastent avec la nature environnante. Les gavit, ces narthex arméniens typiques aux arches de pierre croisées et aux piliers sculptés, créent des espaces intérieurs d’une solennité unique qui saisit les visiteurs. Sanahin était un phare de savoir pour toute la région. Son nom signifie “celui-ci est plus ancien que celui-là”, en référence au monastère voisin de Haghpat. Au Moyen Âge, le site abritait une académie réputée, une université et un scriptorium où des moines copistes et des scientifiques étudiaient la théologie, la philosophie, la médecine et la rhétorique. En visitant la bibliothèque, caractérisée par son architecture ingénieuse conçue pour protéger les précieux manuscrits de l’humidité, vous ressentirez l’importance académique et la richesse intellectuelle qui émanaient de ces murs il y a mille ans.

Haghpat incarne la perfection artistique de la “Renaissance arménienne”. L’élément central du complexe est l’église Saint-Nishan, dont la construction remonte à la fin du Xe siècle. Ce qui frappe, c’est l’harmonie des volumes et l’élégance de son grand gavit. Ce vaste espace intérieur est soutenu par des arches audacieuses qui se croisent pour soutenir une coupole centrale. À l’extérieur, le flanc oriental de l’église arbore un bas-relief représentant les princes Smbat et Gurgen offrant une maquette de l’église à la Vierge. Il ne faudra pas manquer son magnifique clocher indépendant, érigé en 1245. Contrairement à la majorité des monastères de la région, cette tour à trois niveaux s’élève à l’écart des bâtiments principaux. Sa structure en pierre sombre, percée de fenêtres arquées et surmontée d’une rotonde ouverte à colonnes, combine légèreté visuelle et solidité défensive. Ce clocher est considéré comme l’un des plus beaux exemples d’ingénierie médiévale dans tout le Caucase.

Contrairement à la majorité des édifices religieux arméniens, ouverts sur la nature, Akhtala a été édifié à l’intérieur d’une imposante citadelle fortifiée. Construite sur un éperon rocheux entouré de canyons profonds, la forteresse offre une protection naturelle remarquable. Vous serez impressionné par ses hautes murailles en basalte et ses puissantes tours semi-circulaires qui ont parfaitement résisté aux outrages du temps. Passer sa grande porte fortifiée au nord donne l’impression de pénétrer dans un château fort médiéval, où le sacré s’est allié à la puissance militaire pour faire face aux invasions. Le trésor le plus précieux d’Akhtala se cache à l’intérieur de son église principale, l’église de la Sainte-Mère-de-Dieu. Alors que la plupart des églises arméniennes affichent des murs en pierre brute et sombre, l’intérieur d’Akhtala est entièrement recouvert de fresques murales monumentales du XIIIe siècle. Ces peintures éclatantes représentent des scènes bibliques, à l’image du Nouveau Testament et de la Communion des Apôtres. Elles affichent des pigments d’une intensité chromatique qui fascinent les amateurs d’art. 

Les gorges de la Debed frappent par la beauté brute de leurs panoramas. Les falaises de basalte abruptes s’élèvent de part et d’autre de la rivière, créant un contraste avec les forêts denses et les plateaux verdoyants qui couronnent le canyon. Que vous parcouriez la route sinueuse au fond de la vallée ou que vous preniez de la hauteur, le paysage change constamment au gré de la lumière et de la brume, très fréquente dans la région. Les petits villages installés sur les plateaux ou à flanc de falaise, comme Tumanyan ou Alaverdi, vivent au rythme des saisons, de l’élevage et de l’apiculture. Séjourner dans les maisons d’hôtes locales permet de goûter à la cuisine du Lori, réputée pour ses herbes sauvages, ses fromages et ses barbecues traditionnels.

Contrairement à d’autres édifices religieux construits sur des falaises arides, ce monastère est blotti dans la vallée du village de Gosh, entouré par les forêts denses et les montagnes de la région de Tavush.  Gochavank abrite un trésor artistique mondialement reconnu : le khachkar sculpté par le maître Poghos en 1291, souvent appelé la “croix de dentelle”. Située devant l’entrée de l’église Saint-Grégoire-l’Illuminateur, cette pierre de croix arménienne impressionne par la complexité de son exécution. Le sculpteur a réussi l’exploit de tailler le tuf volcanique avec une minutie telle que les motifs géométriques et floraux entrelacés semblent faits de fil de soie. Observer de près cette œuvre fascinante permet de mesurer toute l’apogée de l’artisanat d’art arménien du XIIIe siècle. Gochavank fut l’un des centres culturels, académiques et scientifiques les plus influents du Caucase médiéval. C’est ici que Mkhitar Goch a rédigé le premier Code de lois d’Arménie (Datastanagirk), qui a servi de base juridique pendant des siècles. Le monastère disposait d’un scriptorium et d’une vaste bibliothèque (Matenadaran) surmontée d’un clocher, dont l’architecture ingénieuse permettait de conserver et de copier de précieux manuscrits. Flâner dans les ruines de l’université donne un aperçu de l’intense vie intellectuelle qui animait ces lieux.

Représentant près de 5 % de la superficie de l’Arménie, le lac Sevan  est encerclée par les sommets de la chaîne de Gegham. La couleur de l’eau passe d’un bleu azur éclatant à un turquoise profond ou un bleu marine selon l’heure de la journée. Pour les voyageurs, c’est l’endroit idéal pour admirer des couchers de soleil qui embrasent les sommets environnants. Le site le plus célèbre est le monastère de Sevanavank, fondé en 874 par la princesse Mariam. Érigées à l’origine sur une île isolée, ses deux églises en pierre volcanique noire se découpent sur le bleu du ciel et du lac. Le sommet offre un panorama à 360 degrés sur le lac. Le long de la rive occidentale, vous découvrirez le monastère de Hayravank, bâti en pierre de tuf de couleur ocre et noire, qui surplombe le lac de manière abrupte. Un peu plus loin se trouve le village de Noradouz, qui abrite le plus grand cimetière de khachkars au monde. Ce champ de pierres compte près de 900 stèles gravées du Moyen Âge, témoignages uniques de l’art funéraire arménien.

Le monastère fortifié est perché sur une petite colline rocheuse qui émerge de la plaine agricole de l’Ararat. En toile de fond, le mont Ararat déploie ses deux sommets enneigés qui culminent à plus de 5.000 mètres d’altitude. L’image de cette petite forteresse de pierre ocre se détachant contre le géant de glace est l’icône touristique absolue du pays. C’est le lieu idéal pour réaliser des photographies, en particulier au lever ou au coucher du soleil lorsque la lumière embrase la roche. Khor Virap possède une importance spirituelle immense. Son nom signifie “la fosse profonde”. C’est ici que le roi païen Tiridate IV fit emprisonner Saint Grégoire l’Illuminateur à la fin du IIIe siècle en raison de sa foi chrétienne. Selon la tradition, le saint survécut miraculeusement treize ans dans un cachot obscur. Après avoir guéri le roi d’une grave maladie, Grégoire le convertit, faisant de l’Arménie la première nation au monde à adopter le christianisme comme religion d’État en 301.

Le réservoir d’Azat, situé en aval de la vallée, est un immense lac artificiel d’une beauté sauvage, entouré par les paysages désertiques et les montagnes arides du marz de Ararat. Construit en 1976 sur le cours de la rivière Azat, ce plan d’eau stocke environ 70 millions de mètres cubes d’eau destinés à l’irrigation des terres agricoles de la plaine. Le réservoir offre le spectacle visuel de ses eaux calmes aux reflets bleu profond ou turquoise qui contrastent avec les reliefs volcaniques ocre et le mont Yeranos qui se dressent en arrière-plan, créant un décor aux allures de canyon américain. La vallée de l’Azat se distingue par son environnement géologique dramatique et sauvage. La rivière a creusé un canyon profond bordé de hautes falaises de basalte gris et ocre. À quelques kilomètres du monastère, au cœur des mêmes gorges, se trouve la célèbre formation de la Symphonie des Pierres, d’immenses colonnes basaltiques hexagonales suspendues qui ressemblent aux tuyaux d’un orgue géant. Les versants abrupts, parsemés de grottes naturelles ayant servi de refuges aux ermites, offrent un contraste saisissant avec la végétation qui borde le cours d’eau, faisant de la vallée un paradis pour les amoureux de nature. 

L’attrait de la Symphonie des Pierres réside dans sa structure géométrique.  Sur plusieurs dizaines de mètres de hauteur, des milliers de colonnes de basalte hexagonales et pentagonales se dressent de manière parfaitement symétrique. En se penchant vers le lit de la rivière, ces structures massives semblent suspendues dans le vide, évoquant les tuyaux d’un orgue d’église monumental. C’est cette ressemblance avec un instrument de musique géant sculpté dans la roche qui lui a valu son nom et qui en fait l’un des sites naturels les plus photographiés du Caucase. Le site est un livre de géologie à ciel ouvert. Ces orgues basaltiques sont le résultat d’une activité volcanique survenue il y a des millions d’années. Lorsque la lave riche en basalte s’est déversée dans la vallée, elle a refroidi très lentement et de manière homogène, provoquant une contraction thermique de la roche qui s’est fissurée selon ces motifs géométriques parfaits. 

Le temple de Garni surprend par son allure familière et pourtant totalement inattendue dans cette région du monde. Construit en basalte gris-noir local, il suit les canons de l’architecture ionique classique avec ses 24 colonnes qui soutiennent un entablement richement sculpté. Dédié à l’origine à Mihr, le dieu du Soleil de la mythologie arménienne fortement influencée par le mithraïsme romain, le monument témoigne des liens culturels et politiques étroits qui unissaient le royaume d’Arménie à l’Empire romain sous le règne du roi Tiridate Ier. Garni ne se limite pas à son temple emblématique ; il abrite un complexe archéologique qui révèle le mode de vie de la royauté arménienne antique. En vous promenant dans l’enceinte de la forteresse, vous découvrirez les ruines d’un palais royal, d’une église circulaire du VIIe siècle, et surtout les thermes romains du IIIe siècle. Ces bains publics abritent une mosaïque de sol en pierre naturelle représentant des divinités marines et des figures de la mythologie grecque, accompagnée d’une inscription énigmatique en grec ancien.

Depuis le parvis ou les colonnes arrières du temple, la terre se dérobe pour laisser place à des falaises de basalte abruptes qui plongent à pic sur plus de cent mètres de profondeur. Le promontoire de Garni agit comme une proue de navire avançant au-dessus du vide, offrant une sensation d’immensité. Le contraste est total entre la géométrie parfaite et ordonnée du monument gréco-romain et la rudesse sauvage et chaotique du canyon creusé par la rivière Azat. Au printemps, le fond du canyon se pare d’un vert tendre alimenté par la fonte des neiges, tandis qu’en automne, les vergers de Garni se colorent d’or et de rouge. L’heure de la journée transforme l’expérience : la lumière rasante du matin ou du coucher du soleil étire les ombres des falaises, accentue le relief des orgues de basalte et embrase la roche ocre des montagnes environnantes.