Pourquoi visiter Erevan ?
Comment visiter Erevan ?
Erevan, l'extraordinaire musée archéologique de la ville
Dimanche 6 octobre. Si vous deviez ne faire qu’une chose à Erevan, c’est bien visiter le musée d’histoire et de préhistoire de la ville qui brille par son extraordinaire collection d’artefacts datant de l’âge de bronze.
Car il ne faut pas l’oublier, mais l’Arménie fut à la fois dans et à l’extérieur des principaux empires qui se succédèrent dans cette partie du monde, carrefour entre deux mondes et une incroyable diversité de civilisations, entre empires mésopotamien, grec, romain ou perse.
Le Musée d’histoire d’Erevan, fondé en 1931, est l’un des gardiens les plus précieux de la mémoire de la capitale arménienne. Initialement rattaché au Conseil municipal de la ville, il a changé plusieurs fois d’emplacement avant de s’installer de manière permanente dans l’aile droite du bâtiment de la mairie d’Erevan, un complexe architectural moderne et imposant.
À travers ses vastes départements, il conserve une collection nationale inestimable de plus de 400.000 objets.
Cette institution ne se contente pas d’exposer des antiquités : elle fait office de centre de recherche scientifique de premier plan, orchestrant des fouilles archéologiques et documentant l’héritage d’une civilisation millénaire qui s’étend de la préhistoire à nos jours.
La section archéologique, qui représente environ 35 % des collections, est mondialement réputée pour ses trésors d’une rareté exceptionnelle.
C’est ici que repose l’un des objets les plus célèbres du patrimoine mondial : la chaussure d’Areni-1, découverte dans une grotte de la région de Vayots Dzor, authentifiée comme la plus ancienne chaussure en cuir monobloc connue au monde, datant de plus de 5.500 ans.
Le musée abrite également de monumentaux chariots en bois à quatre roues du XVe-XIVe siècle avant J.-C., excavés au bord du lac Sevan, conservés dans un état de fraîcheur prodigieux.
Les collections préhistoriques du Paléolithique, du Néolithique et de l’âge du bronze brossent le portrait d’un plateau arménien qui fut l’un des berceaux technologiques et agricoles de l’humanité.
L’époque glorieuse du royaume d’Urartu (l’âge du fer) occupe une place centrale et éblouit par son raffinement.
Le musée détient la célèbre inscription cunéiforme de 782 avant J.-C., gravée sur une dalle de basalte par le roi Argishti Ier pour décréter la fondation de la forteresse d’Erebouni, l’acte de naissance officiel de la ville d’Erevan.
Les vitrines regorgent de chefs-d’œuvre de la métallurgie urartéenne : des casques militaires richement gravés, des boucliers en bronze, des ceintures historiées représentant des scènes de chasse et de sacrifices, ainsi que de superbes statuettes et des rhytons en argent.
Ces artefacts témoignent de la puissance politique et de la sophistication artistique d’un empire qui rivalisait directement avec les Assyriens.
La riche collection numismatique, constituant près de 45 % du fonds du musée, offre une chronique métallique fascinante de la souveraineté arménienne. Elle rassemble des dizaines de milliers de monnaies en or, en argent et en bronze frappées à l’effigie des grands dirigeants du pays.
On y admire notamment les pièces rares de la dynastie des Artaxiades, et plus particulièrement celles de Tigrane le Grand (95-55 avant J.-C.), représentant le souverain coiffé de sa tiare étoilée de “Roi des Rois”.
Le département conserve également les monnaies médiévales des royaumes de Sophène, de Cilicie et des Kyurikiens, complétées par des pièces romaines, perses, byzantines et ottomanes qui rappellent la position géostratégique de l’Arménie comme carrefour majeur des réseaux commerciaux mondiaux.
Le département d’ethnographie (environ 8 % des collections) met en valeur la culture matérielle et spirituelle du peuple à travers les siècles.
Les galeries exposent une splendide collection de tapis arméniens traditionnels, caractérisés par leurs motifs géométriques complexes et leurs représentations stylisées de dragons, teintés grâce à la célèbre cochenille de l’Ararat.
Les visiteurs peuvent y contempler des parures de bijoux en filigrane d’argent, des ustensiles en cuivre ciselé provenant de grands centres artisanaux comme Van ou Erzeroum, ainsi que des ensembles complets de costumes nationaux (taraz) révélant l’identité régionale de chaque province historique.
Parmi les pièces maîtresses en bois sculpté figure la sublime porte du monastère des Saints-Apôtres (Mousch), datée du XIIe siècle, un chef-d’œuvre absolu d’art décoratif chrétien qui a survécu aux destructions de l’histoire.
Enfin, la section de documents et d’histoire moderne (qui rassemble 12 % du catalogue) éclaire les périodes de transition complexes jusqu’à l’ère contemporaine.
Elle abrite de précieux manuscrits médiévaux, des cartes géographiques anciennes, des décrets royaux (gontaks) et les premiers livres imprimés en arménien à Venise, Marseille ou Amsterdam.
Le musée consacre des espaces poignants et rigoureux aux luttes de libération nationale, à l’histoire de la Première République et aux traumatismes du XXe siècle, notamment le génocide culturel et humain perpétré contre le peuple arménien.
À travers ce parcours chronologique global, le Musée d’histoire de l’Arménie réussit son pari : relier le passé le plus lointain aux aspirations futures d’un État pérenne.