La symphonie de pierre, un témoin des forces géologiques
Mercredi 8 octobre. Retour à Garni pour admirer de nouveau la symphonie de pierre que j’avais pu voir une première fois il y a quatre ans.
Et il faut bien l’avouer, je ne m’en lasse pas, tant il est rare de pouvoir constater de ses propres yeux les forces en marche de la géologie, preuve que la terre est bien vivante sous nos pieds.
Comme il y a quatre ans encore, c’st en fin d’après-midi que nous arrivons sur le site et une partie de ces tuyaux de pierre qui forment comme un immense orgue naturel sont déjà dans la pénombre.
Mais l’idée aujourd’hui est de faire des photos différentes de la première fois où je m’étais surtout attaché à prendre des photos du coucher de soleil.
Cette fois, je m’attache avant tout aux structures même de cette immense symphonie de pierre, en visant la base des tubes et en m’efforçant d’effacer totalement le ciel qui les entoure.
En d’autres termes, en m’attachant aux seules structures en pierre, je tente de faire parler ces tuyaux, en leur donnant une certaine dynamique visuelle.
Parlons quand même succintement de cette formation géologique unique au monde. Nichée au cœur des gorges de la rivière Azat, dans la province de Kotayk, cette symphonie des pierres se situe juste en contrebas du célèbre temple païen de Garni et à proximité du monastère de Geghard.
Le site se présente sous la forme d’une immense falaise abrupte, tapissée de milliers de colonnes de basalte qui s’élancent verticalement ou se courbent de manière spectaculaire jusqu’à 50 mètres de hauteur.
La perfection géométrique de ces structures est telle que certains s’imaginent au premier regard qu’elles ont été méticuleusement taillées par la main de l’homme, alors qu’elles sont le fruit exclusif des forces brutes de la nature.
L’histoire de la formation de cette symphonie remonte à des centaines de milliers d’années, une époque marquée par une intense activité volcanique dans les montagnes environnantes de Guégham.
Lors d’une éruption massive, des coulées de lave basaltique particulièrement épaisses se sont déversées dans la vallée de la rivière Azat.
En s’accumulant dans les gorges, cette roche en fusion a amorcé un processus de refroidissement extrêmement lent et homogène sous de fortes conditions de pression.
En se solidifiant et en se contractant, la matière a développé des fractures régulières, un phénomène géologique bien connu sous le nom de « prisme de basalte » ou columnar jointing.
Ce fractionnement naturel a donné naissance à d’incroyables prismes polygonaux — principalement des hexagones et des pentagones imbriqués — créant une structure alvéolée d’une régularité géométrique presque mathématique.
L’analogie musicale qui a donné son nom à la Symphonie des pierres n’est pas un hasard, mais une description fidèle de l’impact visuel et sensoriel du lieu.
En observant la paroi du canyon depuis le sol, l’alignement et la succession de ces longs tubes de pierre évoquent irrésistiblement les tuyaux d’un orgue d’église colossal suspendu au-dessus du vide.
Les caprices de l’érosion, sculptés au fil des millénaires par le vent et les crues de la rivière Azat, ont lissé la surface de la roche tout en accentuant le rythme visuel de la falaise.
L’expérience devient totale lorsque le souffle du vent s’engouffre entre les failles rocheuses et se mêle au murmure de l’eau en contrebas, composant une véritable symphonie acoustique et naturelle qui semble faire vibrer la pierre en silence.
Facilement accessible depuis le village de Garni via une piste pavée qui descend dans le canyon, la Symphonie des pierres s’intègre parfaitement dans une journée d’excursion au départ d’Erevan.
Les visiteurs peuvent arpenter le sentier qui longe la paroi rocheuse pour mesurer toute la verticalité vertigineuse de ces orgues basaltiques, tout en admirant à proximité le vieux pont médiéval de Garni datant du XIe siècle.
Classé comme monument naturel protégé, le site offre un contraste entre la roche sombre et géométrique et la végétation sauvage des gorges, ce qui en fait un paradis pour les photographes.
Il rappelle la même signature géologique que la Chaussée des Géants en Irlande du Nord ou la La Tour du Diable aux États-Unis, s’affirmant comme l’un des plus beaux symboles de l’Arménie.