Alaverdi, Sanahin, un des plus importants monastères d'Arménie
Lundi 7 octobre. Alaverdi nous tend les bras. La descente vers la ville se fait après toute une série de lacets vertigineux. Le paysage est à couper le souffle.
L’après-midi touche à sa fin, mais il est encore temps d’aller visiter le monastère de Sanahin, situé à trois minutes du logement que nous occuperons pour la nuit.
Inscrit au patrimoine mondial de l’humanité, Sanahin est un site truffé de tombes anciennes, de chapelles sombres et de salles d’étude médiévales.
Ce monastère de Sanahin est un chef-d’œuvre absolu de l’architecture arménienne médiévale, fondé au Xe siècle (vers 966) par la reine Khosrovanuysh, épouse du roi achot III Bagratouni.
Situé dans la magnifique région de Lori, ce complexe monastique a été conçu dès l’origine comme un centre culturel, spirituel et éducatif majeur pour le royaume des Bagratides.
Son nom lui-même, qui signifie littéralement « celui-ci est plus ancien que celui-là », fait référence à son voisin immédiat, le monastère de Haghpat, soulignant son antériorité historique.
Au fil des siècles, Sanahin a survécu à de nombreuses invasions seldjoukides, mongoles et perses, ainsi qu’à de violents séismes, tout en restant un foyer de résistance culturelle et un scriptorium réputé où les moines calligraphiaient et illuminaient de précieux manuscrits.
L’architecture du complexe se distingue par une imbrication complexe et organique de plusieurs édifices religieux et civils, construits principalement en basalte gris foncé.
Le cœur du monastère est l’église principale, Sourp Amenaprkich (Sainte-Sauveur), achevée en 966, qui présente un plan en croix inscrite surmontée d’un dôme imposant.
Elle est flanquée de l’église plus petite de Sourp Astvatsatsin (Sainte-Mère-de-Dieu), bâtie un peu plus tôt entre 928 et 944.
L’ingéniosité des architectes médiévaux s’exprime de manière spectaculaire dans l’académie de Grigor Magistros (XIe siècle), une longue galerie voûtée construite astucieusement entre les deux églises pour servir d’espace d’enseignement tout en renforçant la structure globale du complexe contre les secousses sismiques.
Les gavits (ou narthex) de Sanahin constituent une innovation architecturale majeure et unique à la région.
Le grand gavit de l’église Saint-Sauveur, érigé en 1181, est une vaste salle carrée dont la voûte repose sur quatre colonnes massives en pierre, reliées par des arcs brisés.
Cet espace servait à la fois de lieu d’assemblée pour les laïcs, de tribunal et de sépulture pour la noblesse locale et le clergé.
Un second gavit, attenant à l’église de la Sainte-Mère-de-Dieu, présente une configuration différente avec un toit à double pente soutenu par des arcs transversaux, illustrant la transition et l’évolution des techniques de construction arméniennes sur plus de deux siècles.
La décoration de Sanahin privilégie une sobriété monumentale combinée à une finesse géométrique remarquable dans les détails sculptés.
Sur la façade orientale de l’église Saint-Sauveur, on peut admirer un bas-relief représentant les princes Gurgen et Smbat, les fils de la reine fondatrice, tenant entre leurs mains une maquette miniature de l’église.
Les chapiteaux des colonnes à l’intérieur des gavits sont richement ornés de motifs zoomorphes et anthropomorphes, mêlant des représentations de têtes de taureaux, de lions et de motifs végétaux symbolisant la vie éternelle.
Les encadrements des fenêtres et les portails d’entrée sont ciselés de frises entrelacées complexes qui captent la lumière changeante de la montagne.
Enfin, l’ornementation extèrieure est indissociable des innombrables khatchkars (croix de pierre) qui parsèment le site et le sol des bâtiments.
Le monastère abrite l’une des plus belles collections de ces stèles funéraires et votives, dont le célèbre khatchkar de Grigor Tuteordi (XIIe siècle), véritable dentelle de pierre sculptée avec une précision micrométrique.
Le sol des gavits est entièrement pavé de pierres tombales gravées d’inscriptions en vieux arménien, effacées par le temps et le passage des pèlerins, transformant le monastère en un immense livre d’histoire à ciel ouvert.
Fondé officiellement en 966 par la reine Khosrovanuysh, le monastère de Sanahin s’est rapidement imposé comme le cœur spirituel et politique du royaume des Bagratides, puis du royaume de Lori.
Durant l’âge d’or de la dynastie des Kiourikides (Xe-XIe siècles), le site est devenu un centre intellectuel de premier plan sous l’impulsion de savants comme Grigor Magistros, qui y enseigna la philosophie, la rhétorique et les sciences.
Malgré une période de déclin amorcée par l’invasion des Seldjoukides au XIe siècle, le monastère a connu une renaissance spectaculaire aux XIIe et XIIIe siècles sous la protection de la principauté des Zakarian.
Intégré à la sphère d’influence de la noblesse arméno-géorgienne, Sanahin est alors devenu le panthéon funéraire de cette puissante lignée.
Le complexe a fait face à de nombreuses épreuves, notamment les saccages des Mongols en 1236, les incursions dévastatrices de Tamerlan, les invasions perses et plusieurs séismes majeurs, mais il est toujours resté un symbole de la résilience culturelle et de la préservation de l’identité arménienne.
La bibliothèque de Sanahin, construite en 1063 par la reine Hranouch, est sans doute l’un des joyaux du complexe et témoigne de l’importance du savoir à cette époque.
Ce bâtiment, également appelé le Matenadaran, possède une architecture unique et hautement fonctionnelle : son plan carré est surmonté d’un toit octogonal en pierre, soutenu par des arcs diagonaux qui reposent sur des demi-colonnes engagées dans les murs.
Pour protéger les précieux parchemins de l’humidité et du froid des montagnes du Lori, les architectes ont creusé de grandes niches profondes dans l’épaisseur des parois intérieures, servant d’étagères sécurisées pour les manuscrits.
Ce scriptorium et sa bibliothèque abritaient des centaines de textes religieux, scientifiques, philosophiques et historiques, copiés et enluminés par les moines, faisant de Sanahin un phare universitaire médiéval dont la renommée s’étendait bien au-delà des frontières de l’Arménie.