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Angkor, le mystérieux temple Preah Khan

Angkor, le mystérieux temple Preah Khan

Jeudi 1er février. Voici maintenant le temple Preah Khan. Autant le dire tout de suite, un de mes coups de cœur parmi les nombreux temples d’Angkor. Beaucoup moins visité de la Bayon, Angkor Wat ou le Baphuon, il ne ressemble pourtant à aucun autre. Ici, pas de temple-montagne, mais un ensemble monastique qui s’étendait à sa construction sur plus de 56 hectares !

Pour cette visite, je bénéficie en outre de la magnifique lumière hivernale, blonde à souhait en cette fin d’après-midi, qui n’écrase en rien les édifices, mais au contraire les met en évidence tout en les patinant.

Bien plus qu’un temple, il témoigne de l’organisation d’une petite cité qui intégrait notamment une université. Le Preah Khan (« épée sacrée » en khmer) était un complexe monastique bouddhiste nommé Jayaçri (« victoire glorieuse » en sanskrit) en l’honneur de la victoire sur les Chams de Jayavarman VII qui l’érigea en 1191.

Cette ville antique, capitale provisoire pendant la construction d’Ankgor Thom, tout comme le monastère fut terminée après que Jayavarman VII se fut installé dans son nouveau palais (1190). La ville était alors entourée d’immenses douves et son monastère abritait quelque 430 divinités. Son personnel engloutissait quelque 10 tonnes de riz par jour !

Aujourd’hui grignoté par quelques fromagers qui ont profité de l’abandon passé pour allonger leurs immenses racines au gré des ruines, ce temple était pourtant l’un des plus importants centres monastiques bouddhistes.

Les 5.324 villages alentour comptaient près de 100.000 âmes (97.840, précise une stèle) dont plus de 47.000 personnes étaient attachées à l’entretien du temple, 4.506 cuisiniers et 1.000 danseuses ! Les habitations étaient disséminées dans la forêt autour du temple.

Ce temple « à plat » est entouré d’une première enceinte d’environ 800 m sur 700 pour 5 m de haut, elle-même bordée de douves de plus de 20 m de large. Le complexe est formé d’une multitude de constructions réalisées à plat, dont l’enchevêtrement est assez complexe, du fait des diverses fondations religieuses qui y ont été édifiées.

Les chaussées dallées qui franchissent les douves sont, comme à Angkor Thom, ornées de balustrades composées de géants fabuleux (deva) tenant un nāga. Originalité, le soubassement de ces chaussées est orné de bas-reliefs.

Au centre du temple se dresse un magnifique lingam aux trois formes : rond en dessous pour Shiva, octogonal pour Vishnou et carré pour Brahma.

On pénètre dans le temple par l’entrée Est, où on longe une chaussée encadrée de plots où figuraient des bas-reliefs de bouddhas, tous détruits par les Brahamistes au XIIIe siècle.

Au centre de cette ancienne cité, le temple de Preah Khan (« L’épée sacrée du roi ») me rappelle le temple de Ta Prohm, notamment avec ces immenses fromagers qui grignotent les ruines.

Ici aussi, la végétation s’est développée parmi les dédales de pierres, mais avec moins de violence. Moins connu que le Ta Prohm, du coup celui-ci est quasi désert… et c’est tant mieux !

L’enceinte du temple comprend de nombreux édifices annexes dont une « salle aux danseuses », des bassins, des « bibliothèques », des « cloîtres » interconnectés par des galeries que l’on doit traverser pour atteindre l’enceinte du sanctuaire, lui-même un entrelacs dense de galeries et de salles à colonnades entourant la tour-sanctuaire centrale.

En clair, on se retrouve dans un véritable labyrinthe. Quel bonheur de se perdre, de se retrouver dans une impasse ou une cour fermée, de découvrir au hasard de magnifiques apsaras, danseuses divines à la féminité exacerbée.

Au XIIIe siècle, sous le règne du roi Jayavarman VIII qui imposa un retour à l’hindouisme, la plupart des représentations du Bouddha ornant le Preah Khan ont été détruites ou transformées.

Comme toutes les autres structures angkoriennes, le Preah Khan est le gardien de l’héritage culturel des Khmers. Toutefois, ce temple-là a marqué une étape majeure dans l’histoire d’Angkor, celle de la grande réforme religieuse qui, tout en tolérant l’hindouisme, institua le bouddhisme cambodgien.

Malgré les pillages dont il a été victime au cours des décennies passées, comme bien d’autres sites, le Preah Khan témoigne toujours de sa splendeur à travers ses magnifiques vestiges. Ses galeries voûtées sont d’une incroyable beauté, architecture qui n’a rien à envier aux grandes constructions occidentales.

Aujourd’hui, envahi par les racines de fromagers géants, Preah Khan demeure un exemple remarquable d’architecture de plain-pied dite de style « complexe monastique ».

Passé la deuxième porte du temple, on peut voir d’immenses fromagers embrasser et compresser le toit de la galerie. L’intérieur est couvert de bas-reliefs et de fausses fenêtres, colonnes sculptées et motifs végétaux.

Les apsaras sont partout. Il faut imaginer ici les mille danseuses qui chaque jour venaient divertir le roi dans son palais.

On peut aussi voir une succession de portes tout le long de la galerie qui mène jusqu’au centre du temple.

Et de fausses portes aussi. De superbes frises ciselées comme celle représentant le bouddha en char.

Autre scène remarquable : le bouddha attaqué par des démons. Il appelle la « déesse terre » à la rescousse. Celle-ci tire alors ses cheveux et les transforme en torrents, puis en mer qui noie les démons…

Les bibliothèques avec leurs magnifiques colonnes (ici embrasées par le soleil de cette fin de journée) sont d’une beauté architecturale sans nom.

En regagnant la sortie du temple, je m’attarde encore entre la 3e et la 4e enceinte. Les chaussées dallées qui franchissent les douves sont ornées de balustrades composées de géants fabuleux (deva) tenant un nāga.

Au nord du « Hall de danse » se dresse un bâtiment de deux étages avec de grandes colonnes circulaires. Ce serait les ruines d’un grenier à grains selon l’hypothèse la plus avancée.

La cour entre le « Hall de danse » et la deuxième enceinte abrite les vestiges de deux petites bibliothèques.

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