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Angkor, le mystérieux temple Preah Khan

Pourquoi visiter le temple Preah Khan ?

Un temple-monastère érigé en l’honneur du père du roi

Construit en 1191 par le grand roi bouddhiste Jayavarman VII, Preah Khan est bien plus qu’un simple temple : c’est un vaste complexe monastique et universitaire dédié à la mémoire de son père. Son nom, qui signifie “Épée Sacrée”, provient de son nom originel Nagara Jayasri, la “cité sainte de la victoire”, en référence au site même où le roi remporta une bataille décisive contre les Chams. À son apogée, cette institution combinait les fonctions de ville, de temple et d’université bouddhiste, employant près de 100 000 personnes, dont 1 000 danseuses et 1 000 enseignants, ce qui témoigne de son importance capitale dans l’empire khmer.

Une atmosphère de cité perdue

À l’instar de son célèbre voisin Ta Prohm, Preah Khan a été volontairement laissé en grande partie dans l’état où il a été redécouvert, offrant une expérience immersive où la végétation luxuriante s’entremêle aux ruines. En déambulant dans ses longs couloirs voûtés et ses cours intérieures, on découvre des arbres fromagers dont les racines monumentales épousent les murs de latérite, créant un dialogue fascinant entre la nature et l’architecture. Cette atmosphère de “cité perdue”, bien que moins fréquentée que Ta Prohm, en fait un lieu de prédilection pour les photographes et les voyageurs en quête de sérénité et d’authenticité.

Un parcours architectural aux mille détails

Le temple se distingue par son plan linéaire et ses galeries à double fonction, abritant à la fois des sanctuaires bouddhistes et des divinités hindoues dans une fusion religieuse unique. L’un des mystères les plus fascinants du site est un bâtiment à deux étages aux colonnes rondes, unique à Angkor, dont la fonction reste inconnue – bibliothèque, grenier ou trésorerie ? – et dont le style évoque étrangement l’architecture grecque. Ne manquez pas non plus la Salle des Danseurs, ornée de délicates sculptures d’apsaras, ou les “flammes éternelles” créées par un jeu de lumière dans le sanctuaire central, qui ajoutent à la magie du lieu.

Un site à l’écart des foules

Situé à l’extrémité nord du parc archéologique, Preah Khan est facilement accessible en tuk-tuk depuis Siem Reap (environ 15 à 20 dollars la journée) et nécessite un billet d’entrée au parc d’Angkor . Comptez entre une heure trente et deux heures pour explorer ce vaste labyrinthe de 140 acres, en entrant par la porte ouest et en ressortant par la porte est pour une expérience complète. Les meilleurs moments pour le visiter sont tôt le matin ou en fin d’après-midi, lorsque la lumière magnifie les sculptures et que l’affluence est moindre, et n’oubliez pas d’emporter de l’eau et des chaussures confortables pour arpenter les terrains inégaux de ce joyau préservé d’Angkor.

Comment visiter les différents temples d’Angkor ?

Trois circuits pour s’adapter à tous les rythmes

L’immensité du parc d’Angkor (plus de 400 km²) peut être déroutante. Pour la parcourir, tout est pensé autour de deux itinéraires de visite. Le Petit Circuit, le plus classique, concentre les temples les plus célèbres en une boucle d’environ 20 kilomètres : Angkor Wat, le Bayon aux visages de pierre et Ta Prohm enlacé par les racines des fromagers en sont les étapes phares. Pour ceux qui disposent de plus de temps, le Grand Circuit s’éloigne davantage vers le nord-est et mène à des sites plus préservés comme Preah Khan, Neak Pean ou le Pre Rup, célèbre pour son coucher de soleil. Le choix du circuit déterminera l’organisation de votre journée, mais il est tout à fait possible de combiner les deux sur plusieurs jours.

Les horaires d’ouverture précis pour chaque site

Les horaires des temples sont désormais bien établis en 2026 et varient pour s’adapter aux levers et couchers de soleil. Le temple d’Angkor Wat ouvre plus tôt que les autres, à 5h00, pour permettre d’admirer le lever du soleil, et ferme à 18h00 . La majorité des temples du Petit et du Grand Circuit (Bayon, Ta Prohm, etc.) sont accessibles de 6h00 à 18h30. Enfin, quatre sites sont officiellement dédiés à l’observation du coucher (Pre Rup, Phnom Krom, Sras Srang et la porte Tonle Om) ; ils ouvrent à 5h00 et ferment à 19h00. Une règle de grâce de 30 minutes est appliquée partout : si vous êtes déjà à l’intérieur d’un temple à l’heure de fermeture, vous avez une demi-heure supplémentaire pour en sortir tranquillement.

Les tarifs des billets et où les acheter

L’accès au parc est réglementé par un pass (Angkor Pass) disponible en trois formules. Le billet d’une journée coûte 37 dollars, le pass de trois jours (valable une semaine) est à 62 dollars et le pass de sept jours (valable un mois) à 72 dollars. Le pass de trois jours est le plus populaire car il offre le meilleur rapport qualité-prix pour une visite complète. L’achat se fait en ligne sur le site officiel d’Angkor Enterprise, ou directement au bureau des billets (Angkor Ticket Office) qui ouvre à 4h30 pour les premiers visiteurs. Une photo d’identité vous sera prise sur place pour imprimer votre ticket, qu’il est indispensable de conserver précieusement.

Comment se déplacer et les précautions à prendre

Pour explorer le parc, le moyen le plus pratique et le plus populaire est le tuk-tuk. Il est facile de louer un chauffeur pour une journée complète (environ 15 à 20 dollars) qui vous emmènera de temple en temple et vous attendra sur place. Pour une expérience plus libre, la location de vélos (environ 2 dollars par jour) ou de scooters est également possible. Le code vestimentaire est strict et doit être respecté : les épaules et les genoux doivent être couverts avec un tissu opaque. Une attention particulière est à porter à la tour centrale d’Angkor Wat (Bakan) : elle est ouverte tous les jours, mais ferme les après-midis des 14 et 28 de chaque mois pour des travaux de conservation.

Angkor, le mystérieux temple Preah Khan

Jeudi 1er février. Voici maintenant le temple Preah Khan. Autant le dire tout de suite, un de mes coups de cœur parmi les nombreux temples d’Angkor. Beaucoup moins visité de la Bayon, Angkor Wat ou le Baphuon, il ne ressemble pourtant à aucun autre. Ici, pas de temple-montagne, mais un ensemble monastique qui s’étendait à sa construction sur plus de 56 hectares !

Pour cette visite, je bénéficie en outre de la magnifique lumière hivernale, blonde à souhait en cette fin d’après-midi, qui n’écrase en rien les édifices, mais au contraire les met en évidence tout en les patinant.

Bien plus qu’un temple, il témoigne de l’organisation d’une petite cité qui intégrait notamment une université. Le Preah Khan (« épée sacrée » en khmer) était un complexe monastique bouddhiste nommé Jayaçri (« victoire glorieuse » en sanskrit) en l’honneur de la victoire sur les Chams de Jayavarman VII qui l’érigea en 1191.

Cette ville antique, capitale provisoire pendant la construction d’Ankgor Thom, tout comme le monastère fut terminée après que Jayavarman VII se fut installé dans son nouveau palais (1190). La ville était alors entourée d’immenses douves et son monastère abritait quelque 430 divinités. Son personnel engloutissait quelque 10 tonnes de riz par jour !

Aujourd’hui grignoté par quelques fromagers qui ont profité de l’abandon passé pour allonger leurs immenses racines au gré des ruines, ce temple était pourtant l’un des plus importants centres monastiques bouddhistes.

Les 5.324 villages alentour comptaient près de 100.000 âmes (97.840, précise une stèle) dont plus de 47.000 personnes étaient attachées à l’entretien du temple, 4.506 cuisiniers et 1.000 danseuses ! Les habitations étaient disséminées dans la forêt autour du temple.

Ce temple « à plat » est entouré d’une première enceinte d’environ 800 m sur 700 pour 5 m de haut, elle-même bordée de douves de plus de 20 m de large. Le complexe est formé d’une multitude de constructions réalisées à plat, dont l’enchevêtrement est assez complexe, du fait des diverses fondations religieuses qui y ont été édifiées.

Les chaussées dallées qui franchissent les douves sont, comme à Angkor Thom, ornées de balustrades composées de géants fabuleux (deva) tenant un nāga. Originalité, le soubassement de ces chaussées est orné de bas-reliefs.

Au centre du temple se dresse un magnifique lingam aux trois formes : rond en dessous pour Shiva, octogonal pour Vishnou et carré pour Brahma.

On pénètre dans le temple par l’entrée Est, où on longe une chaussée encadrée de plots où figuraient des bas-reliefs de bouddhas, tous détruits par les Brahamistes au XIIIe siècle.

Au centre de cette ancienne cité, le temple de Preah Khan (« L’épée sacrée du roi ») me rappelle le temple de Ta Prohm, notamment avec ces immenses fromagers qui grignotent les ruines.

Ici aussi, la végétation s’est développée parmi les dédales de pierres, mais avec moins de violence. Moins connu que le Ta Prohm, du coup celui-ci est quasi désert… et c’est tant mieux !

L’enceinte du temple comprend de nombreux édifices annexes dont une « salle aux danseuses », des bassins, des « bibliothèques », des « cloîtres » interconnectés par des galeries que l’on doit traverser pour atteindre l’enceinte du sanctuaire, lui-même un entrelacs dense de galeries et de salles à colonnades entourant la tour-sanctuaire centrale.

En clair, on se retrouve dans un véritable labyrinthe. Quel bonheur de se perdre, de se retrouver dans une impasse ou une cour fermée, de découvrir au hasard de magnifiques apsaras, danseuses divines à la féminité exacerbée.

Au XIIIe siècle, sous le règne du roi Jayavarman VIII qui imposa un retour à l’hindouisme, la plupart des représentations du Bouddha ornant le Preah Khan ont été détruites ou transformées.

Comme toutes les autres structures angkoriennes, le Preah Khan est le gardien de l’héritage culturel des Khmers. Toutefois, ce temple-là a marqué une étape majeure dans l’histoire d’Angkor, celle de la grande réforme religieuse qui, tout en tolérant l’hindouisme, institua le bouddhisme cambodgien.

Malgré les pillages dont il a été victime au cours des décennies passées, comme bien d’autres sites, le Preah Khan témoigne toujours de sa splendeur à travers ses magnifiques vestiges. Ses galeries voûtées sont d’une incroyable beauté, architecture qui n’a rien à envier aux grandes constructions occidentales.

Aujourd’hui, envahi par les racines de fromagers géants, Preah Khan demeure un exemple remarquable d’architecture de plain-pied dite de style « complexe monastique ».

Passé la deuxième porte du temple, on peut voir d’immenses fromagers embrasser et compresser le toit de la galerie. L’intérieur est couvert de bas-reliefs et de fausses fenêtres, colonnes sculptées et motifs végétaux.

Les apsaras sont partout. Il faut imaginer ici les mille danseuses qui chaque jour venaient divertir le roi dans son palais.

On peut aussi voir une succession de portes tout le long de la galerie qui mène jusqu’au centre du temple.

Et de fausses portes aussi. De superbes frises ciselées comme celle représentant le bouddha en char.

Autre scène remarquable : le bouddha attaqué par des démons. Il appelle la « déesse terre » à la rescousse. Celle-ci tire alors ses cheveux et les transforme en torrents, puis en mer qui noie les démons…

Les bibliothèques avec leurs magnifiques colonnes (ici embrasées par le soleil de cette fin de journée) sont d’une beauté architecturale sans nom.

En regagnant la sortie du temple, je m’attarde encore entre la 3e et la 4e enceinte. Les chaussées dallées qui franchissent les douves sont ornées de balustrades composées de géants fabuleux (deva) tenant un nāga.

Au nord du « Hall de danse » se dresse un bâtiment de deux étages avec de grandes colonnes circulaires. Ce serait les ruines d’un grenier à grains selon l’hypothèse la plus avancée.

La cour entre le « Hall de danse » et la deuxième enceinte abrite les vestiges de deux petites bibliothèques.

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