Ulciinj, une villa fortifiée à la beauté sensuelle

Ulciinj, une villa fortifiée à la beauté sensuelle

Jeudi 23 juillet. Enfin, nous voici à Ulcinj. Après bien des péripéties, des embouteillages monstrueux, un aller-retour rapide en centre-ville pour nous enregistrer (chose tout à fait inutile), nous pouvons enfin nous poser trois petites heures au cœur de cette magnifique ville fortifiée.

À ceux qui me demanderont si j’ai préféré Kotor à Ulcinj, je leur répondrais que mon cœur va à la seconde, car cette cité encore épargnée par le tourisme de masse possède un charme inouï, magnifié au moment du coucher du soleil, quand ses murs millénaires viennent se parer d’une belle couleur blonde.

Le temps de garer la voiture dans la rue principale qui mène à la forteresse (avec une amende à la clé !) et nous voici prêts pour nous perdre et nous laisser bercer par la beauté sensuelle de cette ville forte.

Toutes les villes fortifiées de la côte monténégrine sont magiques, mais Ulcinj l’est, à mon goût, plus que les autres. Pour commencer, sa vieille ville est encore habitée et même un peu délabrée, résultat du séisme de 1979.

Ses pavés inégaux, ses rues tortueuses, son éclairage sommaire, la « stari grad » a pourtant tout le charme d’une « vieille ville » authentique.

Tout proche de la frontière albanaise, Ulcinj est aussi la seule ville de la côte à majorité albanaise (61 % dont 68 % de musulmans). Les minarets et les mosquées découpent le ciel, héritage de 300 ans de présence ottomane.

Avant les Turcs, c’étaient les Vénitiens ; avant eux, les Serbes, les Byzantins, les Romains et les Illyriens, fondateurs d’Ulcinj. Tous ont laissé leur marque, de même que les pirates et les marchands d’esclaves qui s’y établirent pendant des siècles.

La vieille ville d’Ulcinj (Stari Grad) se dresse sur un promontoire rocheux escarpé, entourée de gigantesques remparts de pierre construits et fortifiés au fil des siècles.

Ce bastion médiéval, accessible par deux grandes portes fortifiées, offre une séparation nette entre l’animation moderne de la cité balnéaire et le silence solennel du passé.

En vous promenant le long de ses murs extérieurs, vous dominez directement le vide et la mer, profitant d’une vue panoramique imprenable qui servait autrefois à guetter les navires ennemis.

L’architecture de la vieille ville porte les cicatrices et la beauté de ses occupants successifs : les bases des remparts datent de l’époque illyrienne et romaine, les palais supérieurs rappellent la domination vénitienne, tandis que les détails des fenêtres et des portes témoignent de l’occupation ottomane. Ce mélange de cultures crée une atmosphère mystique, renforcée par les pierres patinées par les siècles.

Au cœur de la citadelle se trouve la célèbre place des Esclaves, qui rappelle l’époque sombre où Ulcinj était la capitale de la piraterie en mer Adriatique. Les corsaires locaux y vendaient les captifs capturés lors de leurs raids maritimes.

La légende locale la plus célèbre raconte que le grand écrivain espagnol Miguel de Cervantes y fut emprisonné pendant cinq ans au XVIe siècle après avoir été capturé par les pirates ; c’est ici qu’il aurait conçu son chef-d’œuvre Don Quichotte, donnant au personnage de Dulcinée le nom de la ville (Ulcinj étant appelée Dulcigno en italien).

Aujourd’hui, la vieille ville n’est plus un bastion militaire mais un lieu culturel et touristique préservé qui abrite un intéressant complexe muséal, comprenant une ancienne église-mosquée convertie en musée archéologique.

Les anciens palais vénitiens, comme le Palazzo Venezia et le Dvodi Balšica, ont été restaurés avec soin et transformés en hôtels-boutiques de charme et en restaurants. S’y attabler en fin de journée pour dîner au-dessus des remparts, face au coucher du soleil qui embrase l’horizon marin, est une expérience incontournable d’Ulcinj.

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