Mascate, autour du vieux port et de la vieille ville
Vendredi 10 février. Pour notre arrivée au golfe d’Oman, nous sommes vraiment gâtés avec ce sublime lever du soleil et cette lumière fantastique qui vient repeindre d’or les jets d’eau aménagés le long de la promenade du vieux port. Je vais réaliser là toute une série de photos dont je suis plutôt content.
Un peu d’histoire maintenant. Mascate, située sur la côte du golfe d’Oman, est l’une des plus anciennes villes du Moyen-Orient.
Des tombes de pêcheurs, remontant au VIe millénaire av. J.-C. sont retrouvées près du site.
De vieilles poteries suggèrent des contacts anciens avec la civilisation de la vallée de l’Indus et la cité de Harappa.
La ville portuaire est connue en Occident depuis le Ier siècle par le biais des cartes de Ptolémée, qui l’appelle Cryptus Portus (le port caché) et par Pline l’Ancien qui l’appelle Amithoscuta.
Mascate est ensuite prise par la dynastie sassanide, durant le IIIe siècle, sous le règne de Shapur Ier.
Elle passe ensuite sous influence de la dynastie des Banu Azd, puis sous celle d’un autre empire du Moyen-Orient, de la dynastie des Abbassides, jusqu’au XIe siècle.
Son influence grandit sur la mer, avec de nombreux liens commerciaux avec le sous-continent indien, ce qui l’éloigne des Omanais de l’intérieur.
Zheng He, dans son expédition de 1413 à 1415, visite la région.
En juin 1507, Mascate est attaquée et prise par le Portugais Afonso de Albuquerque, après un combat contre les Perses, et la perte de la plupart des habitants à la suite de massacres et des pillages.
La ville reste sous domination portugaise pendant un grand siècle, sauf pendant le bombardement en 1546 et la double capture de la ville en 1552 puis de 1581 à 1588 par les Ottomans.
En 1650, une révolte locale chasse les Portugais et lui redonne l’indépendance.
En 1749, commence le règne de la dynastie des Abu Saïd, au pouvoir jusqu’à nos jours : conquête du comptoir de Zanzibar au XIXe siècle, renommée du Sultanat d’Oman pour sa production d’épices et son implication dans le commerce d’esclaves.
Elle gagne ainsi le statut de puissance maritime régionale qu’elle perd définitivement à la fin du XIXe siècle, ainsi que l’ensemble de ses possessions africaines.
Tsi Levalou (ou Tsy Levalou) est un des derniers héritiers du roi sakalava (antakarana) de Boina à Madagascar.
Vers 1820, sous l’influence de ses conseillers Antalaotra, il se convertit à l’islam.
Entre 1822 et 1824 (prise de Majunga), il est vaincu par Ramanetaka, commandant des troupes de Radama Ier, le roi d’Émyrne (merina) soutenu par les Britanniques.
En fuite, puis placé en résidence surveillée à Marovoay, il continue cependant à fomenter des insurrections contre le roi merina et se rend à Zanzibar pour réclamer en vain l’aide de l’Imam de Mascate.
Voilà pour l’histoire simplifiée de cette ville de Mascate. Un petit mot maintenant pour évoquer le golfe d’Oman.
Ce golfe d’Oman un golfe de l’océan Indien qui relie la mer d’Arabie au golfe Persique.
Sur la côte nord se trouve l’Iran, sur la côte sud-ouest le sultanat d’Oman et les Émirats arabes unis à l’ouest.
Les principaux ports sont Sohar, Mascate et Sour du côté omanais, Jask et Chahbahar du côté iranien.
Il est relié au golfe Persique par le détroit d’Ormuz où près de 17 millions de barils de pétrole y transitent chaque jour, soit 2 400 pétroliers par an.
Le golfe est donc une voie de passage importante pour le transit des hydrocarbures des pays producteurs de pétrole du golfe Persique vers les marchés étrangers.
En suivant la route de la corniche, on arrive au vieux Mascate ou Mscat, dont l’entrée est symbolisée par une imposante porte aménagée en musée.
La route s’enfonce dans la ville tortueuse ; le sens giratoire tourne en rond, parallèlement aux fortifications de la cité royale.
Trois accès donnent accès à la partie fortifiée de la ville : l’une près du palais du sultan, une autre en face du musée franco-omanais, et une troisième depuis le port.
Là, on pénètre vraiment dans le vieux Mascate bordé par les eaux du golfe d’Oman et par les fortifications de la cité royale.
Les avenues se font plus large, on trouve même d’immenses pelouses à proximité, des bans où l’on peut se reposer un instant à l’ombre des palmiers, et de nombreuses places de parking qui permettent ensuite d’arpenter à pied les rues du vieux quartier.
Rémanence du passé, la cité royale occupe une bonne partie du Vieux Mascate, quartier historique le plus ancien de la ville avec celui de Mutrah.
C’est de ce petit port de pêche originel que Mascate est devenue la cité prospère qu’elle est aujourd’hui.
Les fortifications et bâtisses défensives, restaurées en 1979 à la demande du sultan Qaboos, datent du XVIe siècle, époque de la présence portugaise à Mascate.
On tombe vite sous le charme de ce petit quartier qui paraît un village soigné au cœur de la capitale : maisons rénovées, trottoirs fleuris, rues immaculées… un Eden au bord de la mer d’Arabie !
On comprend pourquoi y demeurent encore quelques ministères, comme celui des Finances avec sa porte en or.
L’ensemble des curiosités se tenant dans un périmètre assez restreint, on découvre la cité à pied, et pourquoi pas une seconde fois le soir quand la mise en lumière savante des bâtiments et des montagnes se prête particulièrement à une flânerie esthétique et paisible.
Sur place, trois monuments sont à ne pas manquer : les deux forts Al-Mirani et Al-Jalali, et le Qasr al-Alam, l’une des résidences de Sa Majesté feu le sultan Qaboos, désormais propriété du nouveau sultan Haïtham ben Tariq.
Ce dernier palais, assez étonnant et de style chargé, est précédé d’une immense esplanade encadrée par de longs bâtiments avec arcades.
Il ne se visite pas, mais son architecture extérieure flamboyante permet d’imaginer la somptuosité de ses espaces et décors intérieurs.
De grandes colonnes or et bleu s’élancent vers le ciel, cernées par de superbes massifs de bougainvillées orange et violettes, et des brassées de roses dont une variété porte le nom de l’ancien sultan.
Les trois monuments se tiennent en bord de mer, entre des roches de couleur ocre.
Pour y accéder, il faut passer l’une des portes (idéalement celle de Baba al-Mathaib, la plus proche) et se rendre jusqu’au bord de l’eau, au niveau de la corniche où se répartissent : à gauche, le port ; à droite, le fort Al-Mirani et le palais ; et, en face encore plus à droite, le fort Al-Jalali.
Fièrement dressées sur de petits escarpements, les deux citadelles ne se visitent pas non plus.
La première abrite aujourd’hui la garde royale, tandis que la deuxième est utilisée par l’armée.
De la corniche, on remarque, gravés sur la falaise bordant le port, les noms des navires de passage à Mascate et qui ont laissé là leur trace. L’inscription la plus ancienne date de 1876.