Stepanavan, les ruines de la forteresse de Lori Berd
Lundi 7 octobre. Aujourd’hui, nous prenons la route du nord de l’Arménie que je n’avais pas visité il y a quatre ans. Direction Alaverdi et sa magnifique région montagneuse.
En chemin, nous faisons un petit détour par Stepanavan et ses magnifiques ruines de la forteresse de Lori Berd.
Car si Stepanavan et son glorieux passé soviétique n’ont que peu d’intérêts, les ruines de Lori Berd, à l’écart de la ville, valent vraiment le détour.
Elles constituent l’un des témoignages les plus spectaculaires de l’architecture militaire et civile de l’Arménie médiévale.
Fondée au début du XIe siècle (vers 1005–1010) par le roi David Anhoghin de la dynastie des Bagratides, elle est rapidement devenue la prestigieuse capitale du royaume de Tachir-Dzoraget.
Idéalement située au carrefour des routes commerciales du Nord, non loin de la ville actuelle de Stepanavan, cette cité-forteresse abritait à son apogée une population d’environ 10.000 habitants.
Sa position stratégique exceptionnelle la rendait presque imprenable : elle s’élève sur un plateau triangulaire d’environ 35 hectares, perché à près de 1.500 mètres d’altitude.
Elle est naturellement protégée sur trois côtés par les canyons vertigineux et les gorges abruptes sculptés par les rivières Dzoraget et Urut (ou Miskhana).
Sur le plan architectural, les vestiges actuels mettent en lumière l’ingéniosité défensive de ses bâtisseurs. Pour fermer le seul accès terrestre vulnérable du plateau, une monumentale muraille de 214 mètres de long fut érigée en tuf noir et en basalte.
Ces remparts imposants, renforcés par des tours rondes et carrées, atteignaient par endroits une hauteur vertigineuse de 20 à 25 mètres et une épaisseur impressionnante allant jusqu’à 20 mètres.
Pour parfaire ce système de sécurité, un large fossé extérieur, alimenté en eau par des canaux souterrains, protégeait la porte voûtée de la citadelle.
Les fouilles archéologiques ont également révélé des infrastructures urbaines d’une étonnante modernité pour l’époque, notamment un réseau complexe de plomberie en argile qui alimentait en eau douce la cité, ainsi qu’un passage souterrain secret menant directement au lit de la rivière pour garantir l’approvisionnement ou l’évacuation en cas de siège prolongé.
Malgré cette configuration fortifiée exceptionnelle, Lori Berd n’a pas résisté aux vagues d’invasions successives qui ont jalonné l’histoire du Caucase.
Après avoir été assiégée par les forces géorgiennes au XIIe siècle, elle fut brutalement capturée, pillée et en grande partie détruite par les armées mongoles commandées par Chagatai en 1236, perdant alors ses immenses trésors princiers.
Ballotée au fil des siècles entre les dominations ottomane, persane et géorgienne, la forteresse a vu son rôle militaire décliner pour devenir un simple refuge avant d’être définitivement abandonnée par ses derniers résidents au début du XXe siècle en raison de problèmes d’accès à l’eau.
Aujourd’hui, les promeneurs qui parcourent ce site sauvage peuvent admirer, outre les pans de murailles restaurés, les vestiges de deux bains publics médiévaux coiffés de dômes, les ruines d’une église transformée, de sobres chapelles funéraires ainsi que de précieux khachkars (croix de pierre arméniennes).
En contrebas, un magnifique pont en basalte du XIVe siècle enjambe encore fièrement la rivière, parachevant l’atmosphère hors du temps de cette ville morte.