Sur la route d'Alaverdi, la magnifique cathédrale d'Odzun
Lundi 7 octobre. Avant d’arriver à Alaverdi, à quelques kilomètres de là, se dresse au milieu du village d’Odzun, une incroyable cathédrale élevée ici autour du Ve siècle.
Autant le dire tout de suite, dressé devant le canyon avec pour toile de fond les contreforts des monts du Caucase, le site est à couper le souffle.
Érigée à une époque charnière où le christianisme s’affermissait définitivement sur cette terre, sa fondation initiale remonte à la fin du VIe siècle.
La tradition locale et certaines sources religieuses rapportent que l’apôtre Thomas y aurait baptisé les premiers clercs de la région et y aurait enfoui les langes du Christ sous l’autel.
Au VIIIe siècle, l’édifice subit d’importants remaniements sous l’égide du célèbre théologien, philosophe et chef spirituel Hovhannes III Odznetsi (le Catholicos Jean d’Odzun), originaire du village, qui consolida sa stature de grand centre culturel et cultuel.
Ayant traversé les siècles, de violents séismes et les tumultes de l’histoire, la basilique a bénéficié d’une restauration majeure menée conjointement par des ingénieurs arméniens et italiens entre 2012 et 2014, sauvant sa coupole de fissures critiques et préservant son intégrité architecturale originelle.
Sur le plan architectural, l’édifice se distingue par sa structure unique de basilique à coupole inscrite, un type de transition très rare en Arménie qui préfigure les églises médiévales ultérieures à croix inscrite.
Bâtie de manière monumentale à l’aide d’un feldspath volcanique (felsite) aux nuances rose et brun châtain qui miroite sous le soleil, elle présente à l’intérieur de massives colonnes de basalte sombre.
Le plan rectangulaire extérieur abrite une vaste salle de prière à trois nefs séparées par des arcs robustes, s’achevant à l’est par une abside semi-circulaire flanquée de sacristies à deux niveaux.
Les façades nord et sud sont longées par d’insolites galeries extérieures à arcades couvertes de voûtes en berceau, qui servaient probablement d’espace pour les catéchumènes en attente du baptême.
Sa silhouette horizontale, bien plus étirée que celle des églises arméniennes classiques, est couronnée par un tambour à voûtes nervurées qui soutient la coupole centrale, tandis que deux clochers symétriques plus récents furent ajoutés à l’est au XIXe siècle.
La décoration sculptée de la cathédrale d’Odzun témoigne de la virtuosité et de la rigueur de l’art chrétien des VIe et VIIe siècles, caractérisé par des reliefs à la fois solennels et expressifs intégrés directement dans les murs de pierre.
La façade orientale arbore une magnifique sculpture détaillée du Christ tenant l’Évangile de saint Jean — soulignée par l’inscription biblique gravée « Je suis la Lumière du monde » —, encadrée par deux anges agenouillés sous la grande fenêtre centrale.
Sur la façade méridionale, de part et d’autre des ouvertures, on retrouve des figures angéliques aux ailes déployées entourant des motifs qui évoquent l’Ascension.
L’ornementation générale utilise abondamment des motifs végétaux stylisés, à l’instar de riches branches de vigne chargées de grappes de raisins, de motifs géométriques complexes et de croix encerclées.
À l’intérieur, au fond de la nef principale, l’autel est surmonté d’une icône représentant la Vierge Marie tenant l’Enfant Jésus sur ses genoux, s’inscrivant dans l’ambiance épurée et la lumière tamisée propre au recueillement paléochrétien.
À environ dix mètres au nord-est de la basilique se dresse un monument funéraire médiéval unique en son genre, qui n’a qu’un seul équivalent dans toute l’Arménie.
Érigée sur une haute plateforme de basalte accessible par plusieurs marches de pierre, cette structure monumentale se compose de deux arches jumelles abritant chacune une stèle rectangulaire (ou obélisque) en felsite poli d’environ quatre mètres de haut.
Les faces est et ouest de ces stèles sont entièrement recouvertes de bas-reliefs raffinés racontant des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, ainsi que des épisodes fondateurs de la conversion de l’Arménie au christianisme, mettant en scène le roi Tiridate III et saint Grégoire l’Illuminateur.
Les faces nord et sud sont quant à elles dédiées à des frises géométriques et florales d’une grande délicatesse.
Entouré d’un cimetière historique riche en dalles gravées et en khachkars (croix de pierre) s’étalant du XIIIe au XXe siècle, ce mausolée commémoratif symbolise avec majesté le triomphe précoce de la foi chrétienne au cœur de la vallée du Debed.