Sur la route d'Erevan, retour au lac Sevan
Mardi 7 octobre. Avant de rentrer sur Erevan, je décide de faire un petit détour par le lac Sevan, tout simplement la plus grande réserve d’eau douce de cette région du Caucase.
Hélas, il est déjà trop tard pour visiter de nouveau le monastère de Sevanavank qui surplombe la partie nord du lac. Tant pis, je ne pourrais pas le faire découvir à mon amie.
Il est déjà tard, et nous allons nous arrêter le long de la voie rapide, près d’un des nombreux restaurants installés sur le rivage, pour assister au coucher du soleil sur le lac.
Pour ceux qui souhaitent assister à ce spectacle incroyable, je ne saurais trop leur conseiller de se rendre jusqu’au monastère de Noravank, qui permet d’admirer les falaises vertigineuses qui entourent le site, qui, alors, se couvrent de teintes rougeâtres accentuées par la lumière du couchant. Absolument divin quand les pierres mordorées des églises prennent un éclat lumineux.
Mais revenons à ce lac Sevan et à cette vue magnifique au soleil couchant, quand les montagnes qui l’enserrent se couvrent d’une belle lumière dorée. Quel spectacle incroyable !
Ce lac Sevan est l’un des plus grands lacs d’altitude du monde, situé à environ 1.900 mètres au-dessus du niveau de la mer. Surnommé la « perle bleue » du pays, cette immense étendue d’eau douce représente à elle seule la principale réserve hydrique de toute la région du Caucase méridional.
Alimenté par près de 28 rivières et fleuves, le lac se caractérise par ses eaux changeantes, passant du turquoise au bleu profond selon la météo et la course du soleil. Entouré par les hauts sommets spectaculaires de la chaîne de Geghama, le lac Sevan offre des paysages alpins à couper le souffle.
Il joue également un rôle écologique et climatique fondamental pour l’Arménie, en régulant les températures de la région et en abritant une faune aquatique riche, notamment la célèbre truite d’Ishkhan, une espèce endémique très prisée.
Au-delà de sa splendeur naturelle, le lac Sevan possède une importance historique, culturelle et spirituelle majeure pour le peuple arménien.
Le site le plus emblématique de la région est sans conteste le monastère de Sevanavank, un complexe monastique en pierre volcanique noire fondé en 874 par la princesse Mariam Bagratouni.
Initialement érigé sur une île isolée pour servir de refuge aux moines de la sainte ville d’Etchmiadzin, le monastère repose aujourd’hui sur une péninsule en raison de la baisse historique du niveau des eaux.
Les églises de Surp Arakelots (Saints-Apôtres) et Surp Astvatsatsin (Sainte-Mère-de-Dieu) dominent fièrement le lac, offrant aux visiteurs un panorama saisissant où l’architecture médiévale arménienne se mêle harmonieusement à l’immensité azur.
La région regorge également de khatchkars (croix de pierre sculptées), témoins silencieux d’un passé chrétien millénaire.
Au cours du XXe siècle, sous l’ère soviétique, le lac a été massivement exploité pour l’irrigation agricole de la plaine de l’Ararat et la production d’énergie hydroélectrique via la cascade de dérivation Hrazdan.
Ces interventions drastiques ont provoqué une baisse dramatique du niveau de l’eau de plus de 19 mètres, réduisant considérablement sa superficie et menaçant gravement son écosystème fragile.
Face à cette catastrophe écologique imminente, le gouvernement arménien a mis en place des mesures de sauvetage majeures à partir des années 2000, notamment la construction des tunnels de dérivation Arpa-Sevan et Vorotan-Arpa pour acheminer l’eau des rivières méridionales vers le lac.
Bien que le niveau de l’eau se soit stabilisé et montre des signes de remontée progressive, la préservation de la qualité de l’eau face au développement touristique et à la prolifération des algues reste un enjeu crucial pour l’avenir de ce trésor national.